La chaîne franceinfo est-elle en train de "devenir CNews" ?

Pauline Bock - - Médias traditionnels - 76 commentaires

Syndicats, journalistes et téléspectateurices observent une "dérive" éditoriale

Michel Onfray débattant à l'antenne du "grand remplacement", le chroniqueur Paul Melun liant grand-banditisme et Seine-Saint-Denis, un reporter envoyé faire la promotion du dernier livre de Jordan Bardella... Franceinfo, chaîne d'info du service public, est de plus en plus souvent comparée à CNews. Comment en est-on arrivé là ?

Saviez-vous que la Seine-Saint-Denis - où vous habitez peut-être, comme une partie des journalistes de la rédaction d'Arrêt sur images - est "la plaque tournante de la nouvelle criminalité organisée" ? C'est en tout cas ce que l'on peut entendre sur franceinfo, chaîne d'info en continu du service public.

Le 26 octobre dernier, le chroniqueur Paul Melun, de l'émission Le pour et le contre, diffusée sur franceinfo en soirée les vendredis, samedis et dimanches depuis la rentrée, déclarait ainsi en direct : "Nous assistons à une nouvelle criminalité organisée dont la plaque tournante est devenue la Seine-Saint-Denis. C'est là qu'on trouve aujourd'hui une grande partie des grands voyous et des grands bandits." 

Personne en plateau ne rappelle qu'il n'existe pas de statistiques du grand-banditisme par départements, ni que la "criminalité organisée" en Seine-Saint-Denis n'est pas "nouvelle", puisqu'elle est étudiée depuis les années 1980. Son comparse Nathan Devers enchaîne sans relever le problème : "Il faut féliciter les enquêteurs qui ont retrouvé ces gens-là, ces voyous. Mais je me réjouirai quand on aura retrouvé les œuvres."

Des recrues venues de CNews en pagaille

Nathan Devers, 27 ans, présenté comme philosophe-essayiste, et Paul Melun, 31 ans, comme écrivain, forment le duo de chroniqueurs de l'émission Le pour et le contre depuis septembre 2025. Jusqu'à l'été dernier, le duo officiait depuis 2021 sur CNews, dans L'Heure des pros, où ils se sont rencontrés et "sont devenus amis", selon le Parisien, qui avait révélé leur transfert sur le service public. 

Tous deux se déclarent "de gauche", mais d'une "gauche" bien précise, comme ils l'expliquaient lors d'une conférence à la Sorbonne en janvier 2024 à laquelle avait assisté le JDD"Aujourd'hui", y déclarait Melun, "ce que fait la gauche contemporaine, y compris dans le milieu intellectuel, c'est l'assertion selon laquelle il y aurait des sujets de «droitard» face auxquels la solution serait des toilettes sèches et des pistes cyclables non genrées. Ces gens-là refusent de penser." En quittant CNews pour franceinfo, Nathan Devers expliquait que leur expérience sur la chaîne bolloréenne "a été enrichissante et formatrice pour nous car nous avons pu nous frotter à des idées parfois bien différentes des nôtres, mais désormais nous avons envie d'envisager autrement notre participation au débat public".

Ces deux-là ont donc été formés dans la sphère Bolloré, mais ils ont retrouvé à franceinfo d'autres ancien·nes collègues de CNews. En premier lieu, la présentatrice de leur émission Le pour et le contre, Claire-Elisabeth Beaufort, qui travaillait à iTélé lorsque la chaîne a été rachetée en 2016 par Vincent Bolloré pour la transformer en CNews, et qui, contrairement à une majorité de la rédaction partie en protestation, y est restée jusqu'en 2021. Les trois, contacté·es par ASI, n'ont pas souhaité répondre à nos sollicitations. 

Ils accueillent aussi régulièrement d'anciens collègues de CNews en plateau : ce fut le cas dans l'émission du 19 octobre, où l'invité du jour était Michel Onfray, celui-là même qui anime Face à Onfray sur CNews ; ou encore le 25 octobre, où Devers, Melun et Beaufort discutaient de la condamnation de Nicolas Sarkozy avec Florian Tardif, qui était lui aussi chroniqueur à L'Heure des Pros jusqu'en janvier dernier, et qui officie désormais comme journaliste politique à Paris Match.

En septembre, quelques semaines seulement après leur arrivée sur franceinfo, la patronne de France Télévisions Delphine Ernotte clamait que CNews est bel et bien "une chaîne d'extrême droite". Pourtant, et notamment depuis le recrutement de Devers et Melun, qui multiplient les sorties comme celle de Melun sur la Seine-Saint-Denis, les critiques s'accumulent autour de franceinfo, accusée de "devenir une nouvelle CNews" du service public.

"Franceinfo ressemble de plus en plus à CNEWS"

De plus en plus de téléspectateur·ices de la chaîne d'info en continu du service public s'indignent régulièrement des choix de franceinfo, qu'il s'agisse de décisions éditoriales, de propos non remis en contexte ou d'invité·es. "Pour la seconde fois ce mois-ci, 100 % du plateau de franceinfo était composé d'anciens de CNews", a noté une utilisatrice de X. "Le tournant réactionnaire du média public s'assume chaque jour un peu plus…" Cette comparaison avec CNews revient sans cesse : "Franceinfo semble de plus en plus décidée à devenir CNews", observe un internaute le 26 octobre ; "France Info ressemble de plus en plus à CNEWS", abonde un autre, le même jour. Le député LFI Thomas Portes, élu de la 3e circonscription de la Seine-Saint-Denis, a comparé lui aussi la chaîne d'info en continu du service public à celle de Bolloré, suite aux propos de Paul Melun. "Désormais c'est sur le service public qu'on insulte gratuitement la Seine-Saint-Denis", a-t-il écrit sur X. "Aucune source. Rien. Juste un racisme d'atmosphère pour tenter de faire de l'audience. Voilà où mène la stratégie de France Info consistant à faire les poubelles de CNEWS."

Dans un billet publié le 28 octobre sur le Club de Mediapart, l'autrice Sophie Trégan revient sur plusieurs séquences de l'année 2025 dans lesquelles la chaîne, estime-t-elle aussi, s'est illustrée comme "le nouveau CNews du service public".

"Franceinfo achève ainsi son processus de mutation en un organe de propagande d'extrême-droite", écrit Sophie Trégan. "Il est étonnant que CNews n'ait pas encore dénoncé ce flagrant plagiat." Auprès d'Arrêt sur images, Sophie Trégan explique qu'elle n'est pas journaliste, mais qu'elle réalise tous les jours une revue de presse pour suivre l'actualité. Depuis le début de l'année 2025, elle dit observer "une dérive progressive de franceinfo vers l'extrême droite" : "Il y a des invités plus que problématiques, par exemple Gilbert Collard [ancien cadre du RN et proche de Marine Le Pen, depuis devenu zemmouriste, ndlr] qui est présenté comme un «avocat sans filtre»", dit-elle, "et un travail journalistique qui n'est pas fait : les journalistes invitent Nora Bussigny sans aucune parole contradictoire, ils ne vont jamais creuser sa méthodologie, parce qu'en fait, elle n'en a pas." (Indépendamment de cet article, ASI s'en est chargé.) Elle observe une "accélération" des soucis éditoriaux, qu'elle liste dans son billet de blog, depuis l'arrivée de Nathalie Saint-Cricq à la direction de la rédaction de France Télévisions, dit-elle : "Ce que j'attends du service public, en tant que contribuable, c'est un minimum d'information. Là, ça n'est pas le cas."

Sophie Trégan explique avoir commencé son billet de blog en février, suite aux propos du professionnel du tourisme Franck Delvau, invité par la chaîne d'info dans l'émission L'heure américaine, en février dernier, pour discuter d'une potentielle future "riviera" qui remplacerait, selon les plans du président Trump, la bande de Gaza. "La bande de Gaza en Riviera, est-ce que ça a du sens pour le professionnel du tourisme que vous êtes ? La bande de Gaza a des atouts, on l'a déjà dit," lui demandait le journaliste de franceinfo Julien Benedetto. Et Delvau répondait : "Gaza, pourquoi pas, mais ça ne sera pas tout de suite, parce qu'il faut les infrastructures, un aéroport sûr, du personnel formé (...), il y a beaucoup de travail." La chaîne avait ensuite supprimé l'extrait, comme vous le racontait ASI alors. Sophie Trégan soupire : "J'avais l'impression de regarder CNews et d'entendre Pascal Praud parler de «la future Riviera»." Journalistes et syndicats de la chaîne du service public avaient collectivement fustigé une séquence "journalistiquement, éthiquement, déontologiquement et humainement […] déplorable et totalement inexcusable".

Onfray et Devers discutent tranquillement de "grand remplacement"

La semaine précédant les propos de Paul Melun sur le grand-banditisme en Seine-Saint-Denis, le 19 octobre, Michel Onfray était l'invité de Devers et Melun Ils se connaissent forcément un peu, puisque l'essayiste aussi officie sur CNews, et ce depuis mars 2024.

Vers 22 h 52, alors qu'Onfray parle depuis déjà un bon moment, Nathan Devers revient sur la notion d'"enracinement", discutée plus tôt dans l'émission. "Quand vous disiez, l'enracinement ça part de la volonté, vous êtes donc complètement opposé à un concept qui devient de plus en plus structurant, qui est celui du grand remplacement ?" Rappelons-le d'emblée : l'expression "grand remplacement" est une notion raciste popularisée par Renaud Camus qui n'a aucune réalité statistique.

Mais Onfray répond sans sourciller : "Je ne connais pas de gens qui ne soient pas pour le grand remplacement. Ça s'appelle la créolisation chez Mélenchon, ça s'appelle le grand remplacement chez Eric Zemmour, mais ils disent à peu près la même chose : il y a une démographie, elle existe, cette démographie, et le grand remplacement, oui, va avoir lieu, si on veut." Il précise qu'il "ne veut pas utiliser un mot qui serait connoté", parce qu'on "risque de dire qu'[il est] zemmourien". Et il ajoute : "Je ne suis pas non plus pour la créolisation. Je dis simplement que, quand une population fait des enfants, qu'une autre n'en fait pas, qu'il y a une immigration massive, culturelle aussi... Je fais mon deuil d'une France à l'ancienne, d'un monde judéo-chrétien, je pense que c'est fini." Ni la présentatrice Claire-Elisabeth Beaufort, ni Paul Melun, ni Devers qui a posé la question, ne rappellent qu'il ne s'agit d'un concept qui n'a rien de "structurant", puisqu'il n'existe pas dans les faits. Dans sa chronique "En léger différé", le journaliste de Télérama Samuel Gontier écrit que dans cette séquence, "franceinfo parodie CNews". Pour Gontier, sur le canal 16, sur lequel franceinfo a remplacé CNews depuis la rentrée, "difficile de faire la différence avec la chaîne de Bolloré" dans l'émission de Devers et Melun.

"J'ai été alerté en voyant Onfray, reçu sur franceinfo pendant une heure, sans contradiction parce que les chroniqueurs sont des anciens de CNews qui sont en admiration devant lui", explique à Arrêt sur images Samuel Gontier, qui précise que c'est la première chronique qu'il consacre uniquement à franceinfo. "Non seulement Nathan Devers ne l'interroge pas sur ce qu'il dit sur le «grand remplacement», mais il légitime lui-même le concept."

Le compte X de la chaîne d'info a même isolé la séquence dans un post dédié, titré des mots "grand remplacement", là non plus sans guillemets ni remise en contexte. Le post X est resté en ligne moins d'un jour avant d'être supprimé par le compte de franceinfo. Mais pas assez vite pour éviter qu'il ne soit enregistré par le Média, qui en a parlé dans l'émission de son chroniqueur Mourad Guichard dès le lendemain.

Guillaume Le Gouic, journaliste et élu syndical SNJ-CGT, explique à ASI être à l'origine du retrait d'un autre tweet, plus récent encore : celui qui mettait en exergue les propos de Paul Melun sur la "nouvelle criminalité organisée en Seine-Saint-Denis". "J'ai contacté le président de la commission de déontologie, qui est aussi le directeur délégué de l'information, Pascal Doucet-Bon, pour dire : «Je ne savais pas qu'il existait des statistiques sur les gens qui commettent des infractions selon leur département»", raconte-t-il. "Et je pense aussi aux collègues, par exemple ceux de France 3 qui ont un bureau en Seine-Saint-Denis, que ce genre de propos peut mettre en danger."

Direct au lancement du livre de Jordan Bardella, "hommage" à Charlie Kirk, tapis rouge pour Laurent Alexandre...

Si les critiques pleuvent sur l'émission de Devers et Melun, elles ne s'y limitent pas pour autant. Le 29 octobre, la chaîne a ainsi choisi de dépêcher un reporter pour assister... au lancement du deuxième livre de Jordan Bardella. "Et pour l'occasion, Jordan Bardella a décidé de mettre les petits plats dans les grands ?", demande la présentatrice au journaliste Kévin Helies, posté en duplex du théâtre Marigny, où il décrit le "lancement en grande pompe" du nouvel opus du président du RN. "L'enjeu est financier, car son premier livre avait très bien fonctionné", dit-il, "et surtout politique, puisque l'idée c'est de s'offrir une posture présidentielle." Jusqu'ici, la séquence comporte peu d'information mais propose une analyse. La suite aurait cependant pu être écrite par l'équipe de communication de Bardella : "Jordan Bardella, qu'on décrivait comme pas assez expérimenté ou trop jeune, qui a couché sur le papier le témoignage de nombreux Français rencontrés au cours de ses fameuses séances selfies un peu partout en France... Il retourne dès demain sur le terrain pour des séances dédicaces avec les Français et garde en tête la possibilité de l'inéligibilité de Marine le Pen pour 2027."

Intérêt informationnel : zéro, puisque l'on n'entend même pas Bardella faire son discours pendant que le journaliste parle. Celui-ci ne rappelle jamais non plus les accusations à l'encontre de Bardella lui-même concernant de possibles faux documents. Le journaliste à Politis Guillaume Deleurence s'est indigné de la séquence : "Et donc, franceinfo envoie une équipe couvrir la soirée de lancement du nouveau livre du président du parti fasciste français. Surtout ne changez rien..." Samuel Gontier de Télérama remarque que des quatre chaînes d'info, l'événement n'a été abordé que sur franceinfo et sur CNews, qui a retransmis l'intégralité du discours de Bardella. "Le reporter de franceinfo, on dirait qu'il est enthousiaste devant la candidature de Jordan Bardella, qu'il fait le service promotionnel", observe Gontier. "Et tout ça, bien sûr, sans que ne soient jamais prononcés les mots «extrême droite»."

Gontier cite une autre séquence récente : le 29 octobre, franceinfo a choisi d'inviter la personnalité médiatique Laurent Alexandre dans l'émission Tout est politique. Il était alors présenté comme "spécialiste de l'intelligence artificielle" selon le bandeau. 

"C'est vrai que «chirurgien urologue - chef d'entreprise - capital-risqueur domicilié au Luxembourg - militant transhumaniste - énarque - multimillionnaire - résident fiscal belge - défenseur de l'eugénisme», ça faisait long pour le bandeau. Mais ça avait l'avantage d'être factuel, franceinfo", a ironisé sur Bluesky notre chroniqueur Thibault Prévost. 

Laurent Alexandre est en effet invité à propos de son dernier livre, qui conseille aux jeunes de ne pas faire d'études et de devenir "complémentaires de l'IA", sans qu'il ne soit jamais rappelé qu'il est également actionnaire de sociétés d'intelligence artificielle - ou qu'il conseille Jordan Bardella sur ce même sujet. Gontier, qui a visionné la séquence, décrit "une demi-heure de délire" : les journalistes en plateau, Gilles Bornstein et Nathalie Saint-Cricq, "ne questionnent jamais le bien-fondé de ses théories" et "ne posent jamais une question sur les conséquences sociales et environnementales de l'IA."

Le journaliste à Télérama ne compte plus les incidents récents qui l'ont fait tiquer sur franceinfo : "Il y a eu plein d'alertes ces derniers temps. Des choses pointées par les médias, mais aussi les syndicats, ou les internautes." 

Pour les syndicats, "une sorte de dérive"

Contactée par Arrêt sur images, la Société des Journalistes de franceinfo, pourtant directement concernée par ces nombreux soucis éditoriaux, ne nous a pas répondu malgré nos nombreuses sollicitations. Les syndicats de la chaîne, en revanche, ont accepté de nous parler. Élus CGT comme SNJ-CGT s'inquiètent de cette "dérive éditoriale". "On prépare une alerte en commission déontologique", dit l'élu CGT François Badaire à ASI. "Mais systématiquement, la direction botte en touche en considérant que ce n'est pas notre rôle, mais celui de la SDJ." Sauf que la SDJ n'a, selon nos informations, pas communiqué sur ces inquiétudes éditoriales depuis son renouvellement, il y a deux mois.

Guillaume Le Gouic, élu au SNJ-CGT, note lui aussi "une forme de dérive" :"Il y a de plus en plus de débats, de moins en moins de reportages, de décryptages. On est en train de singer les chaînes concurrentes, mais en pire." Lui souligne que franceinfo, en particulier, parce qu'elle est une chaîne de service public, se doit de faire mieux : "On est très observés, on se doit d'avoir une certaine éthique. Quand on entend ce genre de propos sur nos chaînes, qui ne sont pas démentis ou recadrés par ceux et celles qui animent les débats, ça nous inquiète." 

Selon son collègue du SNJ-CGT Georges Pinol, suite à l'incident, en février, des propos sur "la riviera à Gaza", des mesures ont tout de même été prises : "Il y a eu une réorganisation de la chaîne de validation", dit-il, "avec une double validation de ce qui passe à l'antenne, un panorama général, commun à toute la rédaction, avec tous les gens invités. On a ajouté des strates de décision éditoriale. Mais on se rend compte que ça ne suffit pas, parce que ce sont aussi des commentateurs, des journalistes qui dérapent. Même avec des nouvelles strates, franceinfo n'a toujours pas les moyens de ses ambitions." 

Les élus syndicaux déplorent "une image de marque dégradée", et un malaise en interne qui se répand : "Il y a des gens qui sont mal à l'aise, qui sont complètement désabusés par ce qui se passe." François Badaire, à la CGT, dénonce le "fonctionnement vertical" de franceinfo, "dans lequel il n'y a plus de débat démocratique et où les journalistes sont traités comme des exécutants"Selon un·e journaliste, bien que les équipes restent très discrètes, chacune des"sorties de route"à l'antenne, dans l'émission Le pour et le contre ou ailleurs, sont commentées en interne et parfois remontées à la SDJ. Des journalistes regrettent une "atteinte à la neutralité de la chaîne", qui contrevient à l'identité que franceinfo s'était forgée à ses débuts, celle d'une chaîne plurielle, une chaîne "pour tout le monde"Pour Georges Pinol, "France Télévisions a voulu transformer cette chaîne en reprenant le modèle de la chaîne de talk, comme BFM ou CNews. Mais cela comporte un danger très grand de dérapages et de dérives." 

Mais alors, pourquoi franceinfo fait-elle "comme" CNews ? Est-ce une course à l'audience, pour tenter d'égaler la chaîne de Bolloré, désormais première "chaîne d'info" de France ? Est-ce une volonté politique, comme l'estiment certains interlocuteurs d'ASI, de se présenter comme une chaîne qui parle à tout l'électorat - jusqu'à l'extrême droite ? "J'ai l'impression que franceinfo elle-même ne sait pas quelle est sa stratégie éditoriale", analyse Samuel Gontier, en soulignant par exemple que la couverture de l'incarcération de Nicolas Sarkozy par la chaîne d'info a été "plus équilibrée" que ses concurrentes. "Ce que je ne comprends pas", ajoute le journaliste à Télérama, "c'est que franceinfo, c'est France Télévisions, soit la plus grosse rédaction de France, avec des antennes partout en région. Bêtement, je me dis qu'avec tout ça, on peut faire une chaîne d'info plus variée, centrée sur les faits. Ils ont tout sous la main pour faire une chaîne d'info différente, et ils ne le font pas." Parmi les journalistes de la chaîne, "certain·es dans la rédaction ont le sentiment que la direction flirte avec la bête immonde pour tailler des croupières à CNews et faire monter ses audiences", souffle-t-on. L'élu syndical Georges Pinol soupire : "On a affaire à des apprentis-sorciers. Franceinfo se retrouve prise dans un étau politique qui se referme sur elle."

Difficile d'obtenir une réaction de la part de la direction de la chaîne concernant les critiques et les comparaisons dont elle fait l'objet. Nos messages à la direction de la communication de franceinfo sont restés lettre morte, tandis que nos appels sont "transférés vers la messagerie"Contacté par ASI, le directeur délégué de l'information et président de la commission de déontologie de franceinfo, Pascal Doucet-Bon, nous a déclaré : "Je suis ravi que vous vouliez discuter avec moi, mais moi, je ne tiens pas à discuter avec vous." En tant que président de la commission de déontologie, a-t-il expliqué, il "intervien[t] dans un organe interne", et n'a "pas envie de discuter avec Arrêt sur images de cette histoire". Il a conclu notre appel en nous suggérant d'"oublier son numéro"

Nathan Devers, Paul Melun et Claire-Elisabeth Beaufort, contacté·es tous les trois, ne nous ont pas répondu. Malgré nos nombreuses relances, le président de la SDJ de franceinfo ne nous a, lui non plus, jamais répondu, tout comme la direction de la communication de franceinfo. 

Après publication du papier, Nathan Devers est revenu vers nous, assurant n'avoir pas "vu" notre texto. À propos du concept de grand remplacement, il assure : "Le concept de Renaud Camus, je l'ai cinquante mille fois dénoncé comme complotiste, raciste, etc. Mon objet était justement de confronter Michel Onfray à la confusion de ses propos à ce sujet. Mais pendant que je posais ma question on m’indiquait dans l’oreillette qu’il fallait rendre l’antenne dans 45 secondes. Et j’ai donc dû l’écourter."

Concernant le reste de notre article, il écrit n'y reconnaître "nullement" son émission, assurant que celle-ci n'a "rien à voir" avec CNews. Ajoutant, puisqu'il sera prochainement reçu dans l'émission Je vous ai laissé parler : "Mais j'aurais je crois l'occasion de parler de tout cela chez Daniel Schneidermann". 

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