Perraud-Lancelin : une engueulade "soutenue", et ce qu'elle révèle

Daniel Schneidermann - - Nouveaux medias - Le matinaute - 296 commentaires

Qui a dit que Twitter appauvrissait le débat ? Quand deux brillants journalistes de l'ancien monde s'en mêlent, au moins les insultes montent d'un cran.

Mediapart, pour ses dix ans, ayant annoncé (outre sa nouvelle charte de déontologie) son intention de fonder une chaîne de télé, Aude Lancelin, journaliste au Media, a aussitôt fondu sur l'occasion.

"Déchainement ininterrompu ?" Certains journalistes de Mediapart (dont Edwy Plenel) avaient, en effet, retweeté des tweets relatifs à l'éviction de Aude Rossigneux, et aux démissions consécutives. A quoi Antoine Perraud, journaliste "culture" à Mediapart, a aussitôt répondu :

Et donc, Lancelin, à son tour :

"Stipendiée", "inepte", répugnant" : au-delà de la concurrence, désormais déclarée, pour la place de la première web-télé de gauche, entre Insoumis et "gauche non autoritaire", au-delà de cette joute entre deux virés de l'ancien monde (Perraud a été licencié de Télérama, et Lancelin de L'Obs), ce qui frappe est cette résurrection de l'insulte soutenue, qui rappelle les années 30 et 50, où l'on s'insultait gaiement d'un journal à l'autre, sur fond de goulag et de fascisme. On n'en est pas encore à se traiter de vipères lubriques, mais pas loin. En doublant le nombre de caractères autorisés, Twitter a permis le déploiement de cet art de l'insulte. Ecrasés, les sempiternels "journalope" et "gauchiasse" de la fachosphère.

Accessoirement, la vague de départs du Media clarifie le paysage : de haut en bas, de la "haine juste et saine des medias" de Mélenchon au "répugnant" de Lancelin, la galaxie Insoumise se resserre sur sa base. Sophia Chikirou annonçait l'autre soir que la crise avait apporté à sa jeune télé un millier de nouveaux "socios", et quelques nouveaux milliers d'euros. Ce que Le Media aura perdu en espoir d'élargissement politique, il le gagne en cohérence, et en intensité de mobilisation -dont la radicalisation du discours de Lancelin est un signe frappant. En route donc pour la constitution d'une "contre-société", cohérente, solidaire, et chaleureuse pour ses membres, à l'image du PCF des Années 60. Cela n'a plus rien à voir avec l'ambition de départ, mais à court terme, ce n'est pas forcément une mauvaise affaire pour lui. Celui qui doit s'en réjouir, c'est Macron. Pendant ce temps, il est tranquille.


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