Le tuyau jaune : pourquoi vous (ré)abonner, et nous soutenir !

Daniel Schneidermann - - Initiales DS - 144 commentaires

Je voudrais vous parler d'un tuyau d'arrosage. C'est celui que l'on voit, derrière le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, en fond d'une de ses dernières vidéos de campagne. Dans notre dernière émission, nous nous sommes longuement arrêtés sur ce tuyau jaune. Si vous l'avez manquée, voici l'extrait.

Je vous parle de ce tuyau, parce que ce dévoilement, par nos invités, de la manipulation des couleurs du drapeau brésilien par Bolsonaro, m'a donné, une fois de plus, le sentiment d'apprendre quelque chose. Que l'on m'aidait à mieux voir ce que j'avais déjà vu. Que je me suis senti "au cœur de la mission d'Arrêt sur images". La même mission depuis 23 ans. Et ça fait du bien.

D'autant plus de bien que, disons-le sans détour : depuis le mois de janvier, et la mise en ligne chaotique de notre nouveau site,nous avons perdu un gros paquet d'abonnés. Près de 9000. Pas de panique, nous en avons regagné quelque 5000 nouveaux dans la même période, ce qui nous place à environ 20 000 abonnés actifs. Reste un manque à gagner de 4000. Et où sont passés ces 9000 ? Pourquoi nous ont-ils quittés ?

A ces 9000 disparus, nous avons envoyé un questionnaire à choix multiples, pour comprendre. Un petit millier ont eu la gentillesse de répondre. Ces réponses sont instructives. D'abord, plusieurs... n'ont pas vraiment compris qu'ils n'étaient plus abonnés, n'ayant pas vu passer nos mails de relance. Et il est vrai que le système des mails de relance a souffert de la mise en ligne de notre V2. Ce système est maintenant rétabli, mais ces abonnés perdus sont dans la nature.

les images qui portent le monde

Parmi les réponses qui reviennent le plus souvent, 20% des disparus se plaignent du nouveau site (maquette, ergonomie). Parmi ceux-là, combien savent que ce nouveau site propose des fonctionnalités nouvelles ? (reprise des vidéos en cours de lecture d'un support à l'autre, division des contenus en grandes thématiques, etc). Peu sans doute. Parce que nous ne l'avons pas assez fait savoir. Nous allons nous y appliquer. A celles et ceux qui nous suivent par Facebook, nous allons expliquer comment ils peuvent nous permettre de rester présents sur leur fil d'information malgré les changements d'algorithme qui pénalisent les médias.

Une autre minorité de "disparus" évoque des motifs politiques. Et quand je parle de motifs politiques, ils se cristallisent autour d'un nom : Mélenchon. Dans cette minorité-là, une moitié nous trouve trop critiques avec La France Insoumise. La seconde moitié nous juge trop complaisants avec les mêmes. Je livre ce constat à la méditation générale.

Parfois, je me demande quelle est, dans le paysage médiatique qui voit naître, chaque jour ou presque, des projets nouveaux, parfois enthousiasmants (dernier en date, le site indépendant d'investigation Disclose), la spécificité qui nous reste. Eh bien voilà. Le tuyau d'arrosage de Bolsonaro, le tuyau jaune. Aider à comprendre, en regardant de plus près les images qui portent le monde.

En cet automne, c'est plus nécessaire que jamais. A peine étions-nous sortis du climat d'effondrement, auquel nous avons consacré notre série d'émissions d'été (elle est là), que s'est alourdie, en quelques mois, une atmosphère d'effondrement démocratique. Sans doute, au sujet des Trump, Salvini, et maintenant Bolsonaro, on peut estimer la critique des médias secondaire, par rapport à l'exigence de compréhension du monde, ou simplement d'action. On peut estimer que l'urgence est ailleurs. Erreur fatale !  A nos yeux, le monde autoritaire mutant qui émerge est indissociable des médias si cool qui le racontent -et le brouillent. Le monde des Trump, des Salvini, des Macron, des Bolsonaro, est aussi celui des fake news sur WhatsApp, des colères virales sur YouTube, et des plans com' sur Facebook live. Les maîtres d'aujourd'hui nous parlent à hauteur d'homme, ils ne demandent pas seulement nos votes mais nos likes et nos re-tweets. C'est du fond de leur jardinet, ou même de leur lit, qu'ils assoient leur emprise. Prenez cette image-ci.

Voilà. Penser Matteo Salvini, c'est aussi penser ce que cette image du ministre italien d'extrême-droite vient chercher en nous. Quant au Brésil, justement, nombre d'entre vous ont salué notre dernière émission, comme permettant de mieux comprendre l'élection de Bolsonaro, au-delà des slogans ou du prêt à penser. Fierté ! Deux semaines plus tôt, nous étions la seule émission à réserver un accueil critique aux auteurs du fameux livre mutant "Inch'Allah", Fabrice Lhomme et Gérard Davet. Fierté, là encore ! Du côté des articles, citons cette enquête inédite, qui a passionné nombre d'entre vous, sur les soi-disant "17 jours d'absentéisme annuels" des salariés français, étude biaisée qui a fasciné les médias, et n'était autre que l'argument de vente d'un consultant.

"PAS LE TEMPS"

Dans le questionnaire envoyé à nos 9000 disparus, deux réponses reviennent le plus souvent :

1) Ayant dû réduire mon train de vie, je n'ai pas les moyens de maintenir mon abonnement

2) Je vous adore, c'est très bien ce que vous faites, surtout ne changez rien, mais vous publiez trop, je n'ai pas le temps de tout lire et de tout écouter.

Que faire de ces deux réponses ? A tous ceux qui trouvent trop élevé le montant de l'abonnement (4 euros par mois ou 45 euros par an), je rappelle qu'existe, sur simple déclaration, un tarif "précaires et chômeurs" (il est ici) de 22 euros par an. De même, pour les vraiment fauchés, est disponible notre bon vieil "abonnement ami fauché", au prix symbolique de 1 € pour 1 an (il est là). Depuis le début, nous ne souhaitons pas qu'une barrière financière interdise l'accès à Arrêt sur images.

Quant au "manque de temps", souvent allégué, j'ai peine à y croire. Ce que j'entends surtout derrière cet argument, c'est quelque chose comme "il y a plus nécessaire que vous", "il y a plus important que de déconstruire les narrations médiatiques". Ceux-là, nous allons tout faire pour les convaincre du contraire.

De ce petit sondage, nous allons tirer des conclusions. Sous la houlette de notre rédactrice en chef Emmanuelle Walter (et elle vous en parlera bientôt directement), nous allons nous concentrer sur des enquêtes plus nécessaires, plus approfondies, prenant davantage de temps. Le prototype, c'est cette enquête sur le vrai coût (raisonnable) des factures de Sophia Chikirou. Qui, hormis Arrêt sur images, peut aujourd'hui travailler sur ce sujet, sans être suspect de corporatisme journalistique ni de complaisance pour la France Insoumise ? Quelques jours plus tard, nous consacrions une enquête équivalente aux factures de la campagne de Benoit Hamon. Voilà où est notre place. Dans une totale indépendance.

Sur l'argument le plus récurrent avancé par les réponses à notre sondage ("je n'ai pas les moyens"), nous avons besoin de votre aide. Nous souhaitons maintenir nos tarifs d'abonnement actuels et ne pas les augmenter.

pour nous soutenir sans culpabiliser : le don !

Deux possibilités donc.

Si vous êtes en cours d'abonnement, vous pouvez tout de suite renouveler votre abonnement en abonnement de soutien (montant illimité, lâchez-vous). Vous reculerez d'autant la date de votre prochaine échéance.

Mais il y a une autre possibilité. Vous n'êtes pas abonné, et ne souhaitez pas le devenir, persuadé que vous n'aurez pas le temps de tout lire ou de tout regarder. Mais vous souhaitez tout de même nous soutenir (si si, je sais que le cas peut se présenter). Alors vous pouvez nous faire un don. Unique ou mensuel. Solution idéale, pour nous soutenir sans porter la culpabilité de ne pas nous consulter ! C'est sur J'aime l'info, plateforme de la presse indépendante en ligne et de son syndicat, le SPIIL, que ça se passe. Et le montant en est déductible de vos revenus, à hauteur de 66% du don effectué (et même pour "l'année blanche" 2018, comme expliqué ici)Attention : pour être déductible des revenus 2018, le don devra avoir été effectué avant le 31 décembre. Pour que tout le monde puisse profiter du tuyau jaune, c'est parti !

Lire sur arretsurimages.net.