Rima Hassan et ASI : quand "Franc Tireur" réécrit l'histoire
Robin Andraca - - Déontologie - Sur le gril - 41 commentairesToutes les semaines, l'édito médias envoyé dans notre newsletter hebdomadaire gratuite, Aux petits oignons : abonnez-vous !
Lisez-vous Franc-Tireur ? Nous oui. Nous le recevons même toutes les semaines à la rédaction, et le déposons généralement sur le bureau d'Élodie Safaris qui, parmi nous, en apprécie visiblement le plus la lecture.
Cette semaine, Franc Tireur, dirigé par Caroline Fourest, dont le slogan est "La raison est un combat", nous a consacré un court article, annoncé dès la Une de l'hebdo, et titré : "Rima Hassan : Arrêt sur copinage" (vous l'avez ?).
Si vous lisez ASI, vous aurez vite compris de quoi il est question : notre émission tournée le 24 avril dernier avec Rima Hassan, qui s'est mal terminée puisque la députée européenne a quitté notre plateau au bout de 28 minutes (nous poussant à une longue introspection collective, et à une décision difficile, racontées en détail sur notre site le 19 mai dernier).
À l'époque, ce billet - pourtant en accès libre - était plutôt passé inaperçu. Mais très récemment, le 7 juillet, à la veille du procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme, Mediapart est revenu sur cet épisode, reprenant en grande partie les explications que nous avions fournies à nos lecteurs à l'époque. C'est là-dessus que Franc-Tireur déboule.
Dans ce court papier de trois paragraphes signé Nora Bussigny (que les lecteurs d'ASI connaissent bien aussi), Franc-Tireur réussit l'exploit d'enchaîner approximations et grossières erreurs factuelles alors même que toutes les informations sont sur la table depuis des mois. Ce qui témoigne, dans le meilleur des cas, d'un manque de vérification et, dans le pire, d'une réelle forme de malhonnêteté.
Ainsi débute ce papier, tel qu'on peut encore le lire dans tous les kiosques : "On n'est jamais mieux trahi que par les siens. À quelques jours de son procès pour apologie du terrorisme (renvoyé, depuis, en octobre), Rima Hassan a, au bout de vingt-huit minutes d'entretien, claqué la porte du plateau d'Arrêt sur images."
Presque tout est faux dans ces deux phrases : notre émission avec Rima Hassan a été tournée le 24 avril, soit plus de deux mois (!) avant son procès, qui s'est tenu le 7 juillet (et a été renvoyé en octobre).
Mais le plus ennuyeux est à venir : "Plus révélateur encore : la rédaction, qui donne des leçons de journalisme à tout Paris, s'est couchée, a obtempéré, a renoncé à diffuser l'entretien. Et n'en a même pas parlé sur son site ! C'est le média Mediapart, souvent sur les mêmes positions, mais rival d'Arrêt sur images, qui nous l'apprend", pouvait-on aussi lire dans la première version de l'article, en ligne.
Non seulement c'est encore très faux - nous avons été les premiers à révéler cette histoire sur notre site - mais cela prouve surtout que l'autrice du papier n'a même pas lu l'article de Mediapart, qui nous citait abondamment et évoquait plusieurs fois notre billet à ce sujet. Le "journalisme" selon Franc Tireur et Nora Bussigny, dont nous avions déjà épinglé les nombreuses affirmations erronées de son livre Les Nouveaux Antisémites : ne surtout pas trop creuser, au risque de devoir se confronter aux faits, et à la vérité, qui se mettent si souvent en travers des histoires que l'on écrit à l'avance.
Après un message de ma part sur les réseaux, Franc-Tireur s'est résolu à corriger son erreur la plus manifeste, incriminant au passage l'un de ses secrétaires de rédaction en note de bas de page : "Entre canicule et fatigue de fin d'année… le secrétariat de rédaction prie les rédactrices de l'excuser pour une reformulation induisant en erreur - qui lui incombe - et qui a été vite corrigée ici."
Dernière curiosité de cette "affaire" : l'article, retitré depuis pour faire disparaître le nom de Rima Hassan, est désormais signé par... deux personnes. "Pauline Monais avec Nora Bussigny". Nom d'emprunt ou premier article de cette personne ? Son nom n'apparaît en tout cas nulle part, que ce soit sur le site de Franc-Tireur, ou ailleurs.
Malgré les corrections, le projet de Franc-Tireur, qui n'en est pas à ses premières intox, semble bien apparaître au creux de ce court article, et ces trois paragraphes. Il n'est pas simple à nommer, mais on doute très sérieusement que la raison soit leur véritable combat.