Joker (aussi) sur la pub ?

Daniel Schneidermann - - Publicité - Le matinaute - 114 commentaires

Heureusement, dans l'anarchie citoyenne ambiante, il reste quelques ministres responsables. Quelques heures à peine après que les citoyens tirés au sort ont rendu leur rapport, Bruno Le Maire a "écarté" une de leurs propositions : l'interdiction de la publicité pour les voitures très polluantes. Je dis "écarté", car c'est l'intitulé du tweet des Échos, qui reprend les déclarations du ministre de l'Économie sur BFM. Le titre de l'article lui-même est plus modéré, indiquant simplement que Le Maire "prend ses distances" avec la proposition (l'URL rappelle pourtant que le "écarte" figurait dans le titre initial). Dans le verbatim de l'émission enfin, Le Maire s'est encore plus modestement déclaré "plus réservé" sur la mesure, proposant qu'on "ouvre le débat". Pour sa part, plutôt qu'une interdiction, le ministre de l'Économie préférerait que les publicités pour les 4x4 "mentionnent" simplement leur impact environnemental -à la manière des gentilles mentions "mangez bougez", pour les produits gras, et sans doute avec le même succès escompté.

Mus peut-être par un désir inconscient, Les Échos ont donc forcé les paroles du ministre. Mais sur le fond, l'interdiction de la pub pour les produits très polluants est une des mesures des 150 qui devrait le plus faire consensus. Elle ne va rien coûter au budget de l'État. Elle ne "khmerverte" aucune liberté : elle n'empêchera pas les amateurs de SUV d'acheter le monstre de leurs rêves pour partir à l'assaut des trottoirs des villes. Elle trace simplement une ligne rouge indiscutable entre le besoin et le désir, ne portant atteinte qu'à la consommation d'impulsion et de pulsion, au superflu écocidaire (oui oui, écocidaire, autant se familiariser avec le concept, il ne s'usera que si on ne s'en sert pas).

Cette mesure devrait donc largement faire consensus. Les vaillants et inlassables militants de l'association Résistance à l'Agression Publicitaire devraient être généreusement invités sur tous les plateaux à faire sa promotion. Le rôle toxique de la pub pour l'écologie et la santé publique devrait être universellement souligné. Ce qui pose la question : pourquoi n'est-ce pas le cas ? Je ne peux pas croire que la raison en soit le fait que tous les médias traditionnels qui pourraient donner de l'écho à ce débat sur la toxicité de la pub vivent eux-mêmes sous perfusion publicitaire. Non, vraiment, connaissant l'épaisseur de la muraille qui, dans un média digne de ce nom, sépare la rédaction de la régie publicitaire, je ne peux pas croire à une telle trahison de la mission d'informer. Mais alors pourquoi ?


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