Amazon bloqué : ce qu'auraient pu dire Legrand, Seux, et Haski

Daniel Schneidermann - - Silences & censures - Nouveaux medias - Numérique & datas - Le matinaute - 42 commentaires

C'est une information qui n'a aucune chance de se hisser jusqu'aux médias majuscules (au hasard, la Matinale de France Inter) : quelque 200 personnes, militants écologistes et Gilets jaunes, ont bloqué hier le siège d'Amazon à Clichy, près de Paris. Si la plupart des médias mainstream, comme Le Monde, se contentent d'un compte-rendu succinct de ce blocage, les reportages les plus détaillés sont à lire sur deux médias indépendants,Reporterre, et Numerama (Reporterre nous annonce par ailleurs une enquête en trois volets sur le géant).

A plusieurs titres, cette occupation aurait pourtant mérité les honneurs conjugués des chroniques Thomas Legrand, Dominique Seux, et Pierre Haski. Côté Legrand : cette action a été menée par des militants écolos et des Gilets jaunes, côte à côte. "J’habite en province, j’ai des poules dans mon jardin, un système de phyto-épuration, j’ai des enfants et je n’ai pas envie qu’ils se retrouvent dans un monde où on a sans arrêt les 45 °C qu’on a eu ce week-end et juste des ordinateurs et des robots pour gérer le quotidien" explique par exemple à Reporterre Sand, Gilet jaune bourguignonneAvec 200 personnes, on n'est pas encore dans le phénomène de masse, mais c'est symboliquement important. "Fin du monde fin du mois, même combat !" : le slogan reçoit une première application.

Pour sa part, Dominique Seux aurait pu tenter de répondre à cette question : mais pourquoi Amazon ? me demanderez-vous Nicolas. D'abord parce que Amazon détruit de l'emploi. Bien sûr, c'est de bonne guerre, le géant communique et surcommunique sur les emplois (en CDI, s'il vous plait !) qu'il va créer dans les nouveaux méga-entrepôts dont il parsème, dans le plus grand secret, le territoire français.  Mais dans l'ombre, il détruit des emplois de petits commerces, de petits réparateurs. 

Ensuite parce qu'en encourageant la consommation instantanée, Amazon détruit la planète. Ô miracle de la livraison instantanée par Amazon Prime ! Amazon prospère sur notre impatience. Tout tout de suite, de plus en plus vite ! ordonne notre meilleur ennemi le striatum (Le Monde consacrait voici quelques jours à cette impatience une passionnante enquête). Oui, nous tous. Ne faisons pas les malins. Et toujours avec les meilleures raisons du monde. Je peux bien faire mon coming out : jamais je n'aurais pu écrire mon Berlin 1933sans commander, sur Amazon, des livres d'occasion de souvenirs de journalistes étrangers à Berlin, tout droit venus de chez quelques bouquinistes américains.

La face cachée du miracle, c'est évidemment le développement de la flotte aérienne affrétée par Amazon. Déjà locataire de quarante Boeing 767 pour ses livraisons aux USA, et de cinq Boeing 737, Amazon va louer quinze 737 supplémentaires, apprenait-on ces tout derniers jours. Soyons objectifs : comme tout géant qui se respecte, Amazon a un "plan climat". Défense de rire, le voici : Amazon, quand c'est possible, expédie dans l’emballage d’origine (au lieu d’ajouter un autre carton inutile). Amazon s'est enfin fixé pour objectif de réaliser 50 % de ses livraisons à vélo d’ici 2030. A ses employés, qui souhaitaient intensifier ce plan, les actionnaires ont imposé une fin de non-recevoir. (A propos d'aviation, je n'ai toujours aucune nouvelle de la réclamation envoyée au site du RIP, suite à mon impossibilité de signer. Fin du message de service).

Quant à Pierre Haski, lui aussi chroniqueur sur France Inter et par ailleurs président de Reporters sans Frontières, il aurait pu méditer dans sa chronique du jour sur ce joli cas d'effet Streisand : c'est parce que la police a bloqué le reporter Rémy Buisine, qui souhaitait filmer le blocage (et le déblocage, voir ci-dessous) du siège d'Amazon, que j'ai eu la tentation ce matin d'aller voir ce qu'on m'interdisait de voir. 

A noter que la police, à la différence du Pont Sully, n'a pas utilisé cette fois ses brumisateurs lacrymo. En revanche, le quota réglementaire de quatre policiers pour un bloqueur n'est pas toujours respecté.  Bref, remerciements spéciaux à Christophe Castaner, et bisous la police.

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