Planning familial : les anti-trans, "cautions progressistes" des réacs

Pauline Bock - - 110 commentaires

Derrière Marguerite Stern et Dora Moutot, une galaxie d'idéologies conservatrices, réactionnaires et d'extrême droite

Deux militantes anti-trans, Marguerite Stern et Dora Moutot, demandent le "recadrement" du Planning familial suite à une affiche montrant un homme trans enceint. Une panique morale qui leur a valu une tribune dans "Marianne" et une invitation à l'Assemblée. Petit guide de leur "femellisme" qui nie la transidentité, et de la galaxie de complotisme, d'ultra-conservatisme et d'idées proches de l'extrême-droite qui l'infusent.

"Au Planning, on sait que des hommes aussi peuvent être enceints." Il a suffi d'une affiche destinée à informer les patient‧es du Planning familial - précisément les hommes trans qui vivent une grossesse - pour pousser deux militantes à réclamer le "recadrement" du Planning familial. 

"Femelles adultes humaines"

Dans une tribune publiée dans Marianne le 22 août, Dora Moutot et Marguerite Stern, deux militantes connues pour leurs positions anti-trans, s'adressent à Elisabeth Borne pour "alerter" sur "la dérive idéologique" du Planning familial et "les problématiques que soulève l'idéologie transactiviste qui est en train de parasiter cette institution"

Selon elles, "seules les femmes, c'est-à-dire les femelles adultes humaines peuvent être enceintes". Sauf que les hommes trans qui sont nés femmes et ont transitionné sans faire une ablation de l'utérus peuvent toujours être enceints et accoucher. Pour Moutot et Stern, c'est inacceptable : avec cette affiche, le Planning est "parasité par l'idéologie transactiviste". Elles écrivent qu'"affirmer que les femmes ne sont pas nécessairement des femelles et vice versa relève de la croyance, pas de la biologie" et qu'"une idéologie qui relève de la croyance n'a pas à s'immiscer dans la politique du Planning familial" qui est financé par des fonds publics. Pourtant, le Planning familial est dans l'obligation légale d'accueillir les personnes trans, comme toutes les autres. Mais Stern et Moutot concluent en "s'inquiétant de ce que devient cette institution historique"

"Recadrer" le planning, "du pain bénit pour ceux qui veulent s'en débarrasser"

"Si nous sommes entendues, le Planning familial subira un recadrage et ne perdra aucune subvention si celui-ci arrête de glisser sur ce terrain idéologique qui relève de la croyance," ajoutait Dora Moutot sur Twitter le 23 août.

Ce n'est pas la première fois que des militantes anti-trans questionnent les subventions du Planning : en janvier dernier, le collectif "Féminicides par compagnons ou ex", alors indigné du décompte des féminicides que le collectif Nous Toutes souhaitait "plus inclusif" – pour inclure les personnes trans, comme nous vous le racontions ici – s'indignait du soutien du Planning familial envers Nous Toutes et concluait :"Fuyons cette structure qui ne mérite pas ses subventions." 

Suite à leur tribune, Marguerite Stern et Dora Moutot ont été reçues à l'Assemblée par la présidente de la majorité LREM, Aurore Bergé, le 30 août. Celle-ci a saluéles militantes, reprenant leur élément de langage sur la soi-disant "invisibilisation des femmes"En 2021, Moutot avait déjà été reçue par Marlène Schiappa au ministère de l'Intérieur.

"Le Planning est une institution importante, c'est aussi son rôle d'accompagner les personnes trans", soupire auprès d'ASI Genetix, une militante LGBT et femme trans (qui a souhaité rester sous pseudonyme). Les appels de Moutot à "recadrer" l'institution, dit-elle, sont "du pain bénit pour ceux qui veulent s'en débarrasser" et "ouvrent une brèche". Selon Genetix, "ça serait une catastrophe pour tout le monde : si des élus RN s'en emparent, ils ne se limiteront pas aux mecs trans ! Demain, ce sera les anti-IVG." Karine Espineira, sociologue spécialisée dans les questions de genre, explique à ASI que "questions de genre, procréation et droits des femmes" sont des "thèmes corrélés pour les groupes conservateurs", qui "en arrivent toujours à questionner le droit à l'avortement"

Dora Moutot et Marguerite Stern sont les plus ferventes incarnations en France du mouvement qu'elles nomment "femelliste" et que beaucoup de féministes rejettent pour sa transphobie. Dans leur sillage, on retrouve des groupes ultra-conservateurs promouvant les thérapies de conversion, des complotistes et des proches de l'extrême droite. À Marianne, Kévin Boucaud-Victoire, qui gère la rubrique Débats et idées, explique à ASI que c'est Marguerite Stern qui lui a proposé cette tribune. "C'est un sujet qui mérite le débat, les deux côtés méritent d'être entendus", dit-il en soulignant avoir également publié la tribune d'une femme trans, Olivia Ciappa (qui a été cyberharcelée et menacée de mort suite à son texte). "Un homme peut-il être enceint, c'est la question sur laquelle je les ai publiées. Je ne peux pas répondre de leurs autres faits." Il avoue pourtant ne pas "voir exactement tout ce à quoi elles font référence", notamment sur le collectif Ypomoni, un groupe conservateur cité dans leur tribune.

Alliance avec des "groupuscules conservateurs"

Stern et Moutot écrivent avoir "discuté avec des mères du collectif Ypomoni (collectif de parents inquiets pour leurs enfants en transition)". Le collectif Ypomoni s'est créé en 2021 pour militer pour la suppression de la notion d'identité de genre dans la loi interdisant les thérapies de conversion, ce qui signifierait que ces thérapies de conversion "humiliantes" continueraient à exister pour les personnes trans. Sur Instagram, Dora Moutot a également milité pour supprimer cette notion de la loi. Ypomoni était cité en mai dernier dans une enquête de Mediapart.

Mediapart se penchait sur Ypomoni et l'Observatoire de la petite sirène, soulignant les liens étroits entre ces groupes et la Manif pour tous : une membre de l'Observatoire est "prochede la Manif pour tous" et s'est "positionnée contre la PMA pour toutes", une autre "est intervenue lors d'une manifestation du collectif «Marchons enfants»", une autre encore, initialement listée comme cofondatrice, était "très investie dans la Manif pour tous". "Ces petits groupes, qui partagent souvent leurs membres, sont à l'origine de beaucoup des tribunes qu'on voit publiées dans Marianne, Le Figaro, Charlie Hebdo", note le collectif pour la défense des droits des trans Toutes des femmes. La Manif pour tous a d'ailleurs relayé la tribune de Stern et Moutot sur Instagram. Suite à cette tribune, elles ont été interviewées sur Sud Radio les 23 et 30 août. Stern y relaie des éléments de langage similaires à ceux de ces collectifs, comme des rumeurs sur "le fait que le Planning familial serait en train de recruter des psychiatres pour faire effectuer des transitions de genre""Dora Moutot et Marguerite Stern relaient et soutiennent Ypomoni et l'Observatoire de la petite sirène", assure à ASI Constance Lefebvre, militante du collectif Toutes des femmes.

La contraception, une "excision psychique" pour Dora Moutot

Ces groupes ne sont pas les seules influences de Stern et Moutot. Sur son compte Instagram, Dora Moutot partage des pétitions anti-trans mais aussi son soutien à des figures controversées. Début août, elle est ainsi "partie arroser le potager en woofing d'une autre personne très cancel dont j'ai toujours apprécié les contenus […], le très décrié Thierry Casasnovas." 

Le naturopathe anti-médecine Thierry Casasnovas, "gourou de la santé" que nous vous présentions ici et dont le compte YouTube – où il répandait de la désinformation sur le Covid-19 – est notamment dans le viseur de la Miviludes, qui lutte contre les dérives sectaires et "a reçu plus de 600 signalements à son sujet depuis 2016". Surtout, Casasnovas est ouvertement anti-avortement. Dans une vidéo visionnée par francetvinfo et depuis supprimée, il déclarait : "Je suis intégriste au possible, traditionnaliste… J'ai l'air cool comme ça, mais c'est un cheval de Troie. […] Le mouvement de la libération sexuelle, fomenté par la CIA, comme les mouvements égalitaristes [sont] une arnaque totale."Dans une vidéo toujours en ligne, il décrit l'avortement comme un "symptôme" d'une société de "débauche sexuelle".

Si Dora Moutot ne se dit pas "intégriste" ou "traditionnaliste", elle a également un discours très conservateur et essentialiste sur les questions de contraception et d'avortement. En avril dernier, dans une interview sur le compte YouTube Radicalement nuancé, elle déclarait sans sourciller que la contraception est une "excision psychique" pour les femmes. 

Soutiens aux masculinistes

Des féministes – même "femellistes" – qui discutent et encensent les théories de masculinistes conservateurs d'extrême droite, c'est plutôt étrange. Pourtant, l'influenceur Julien Rochedy lui-même l'a confirmé dans une vidéo : lui et Marguerite Stern "discutent de temps en temps". Dans plusieurs tweets de 2018, Stern le surnomme "Mister Rochedy" ou "Juju". Julien Rochedy a dirigé le Front national de la jeunesse, est toujours actif à l'extrême droite et propose des "formations" masculinistes

En juillet sur Instagram, Dora Moutot a défendu le polémiste conservateur Jordan Peterson, proche de l'alt-right américaine, roi des "incels" et "pape des masculinistes".

Elle considère que les féministes qui qualifient Peterson de "masculiniste" (il nie l'existence du patriarcat et appelle les hommes à "s'endurcir", car leur "féminisation" est un danger) lui ont collé une "nigaude étiquette pour le disqualifier sans même regarder vraiment ce qu'il fait". Peterson, selon elle, ne fait qu'"expliquer aux hommes COMMENT AVOIR DES VALEURS" (sic). Peterson est par ailleurs proche du mouvement anti-trans au Canada : en 2016, il s'est opposé à la loi C-16 protégeant les personnes trans"De plus en plus ouvertement, Dora Moutot, qui était très branchée lifestyle, développement personnel et ésotérisme, a des affinités avec des théories qui valorisent des rôles genrés traditionnels au sein du couple, explique Constance Lefebvre. C'est un discours très essentialiste, qui flirte vraiment avec le masculinisme." 

Théorie du complot sur le "financement du lobby trans"

Dora Moutot partage aussi ses recherches sur le "financement du lobby pharma trans". Sur Twitter, note Constance Lefebvre, elle "relaie beaucoup Jennifer Bilek, une blogueuse américaine qui s'est prise de passion pour le soi-disant financement des mouvements trans et de leur 'idéologie' par des milliardaires". Moutot considère en effet que "certains financent le «T» de LGBT", et partage une enquête de Bilek sur "les milliardaires transhumanistes derrière le lobby trans"Des internautes ont aussi remarqué queBilek cite ouvertement des néonazis. Dora Moutot – qui est juive – défendait pourtant Bilek sur Twitter pas plus tard que le 19 août dernier.

La thèse de Bilek, résumée par le magazine américain xTra, ressemble davantage à une théorie du complot : ces "milliardaires transhumanistes", comme George Soros ou Warren et Peter Buffett, auraient "infiltré la communauté gay" pour "créer une industrie prédatrice du genre et convaincre les personnes cisgenres qu'elles doivent transitionner, avec pour but ultime de […] mettre l'humanité en esclavage en fusionnant homme et machine." La militante trans Genetix soupire : "Ce qu'on vit, en tant que personnes trans, ce sont des ruptures régulières de stock d'hormones, et on ne sait jamais pourquoi il y a des pénuries. Alors, Big Pharma qui financerait les trans, faut arrêter…" Karine Espineira abonde : "J'ai transitionné il y a trente ans, et je n'ai jamais entendu des discours aussi violents que ceux d'aujourd'hui. Le «lobby trans», s'il existe, j'attends toujours qu'on me le présente !"

De la transphobie à la suprématie blanche

L'idée de l'existence d'un "lobby trans" – financé ou non par des milliardaires juifs – est très prégnante dans la vision du monde défendue par Marguerite Stern et Dora Moutot en France, et par d'autres militant‧es anti-trans à l'étranger. C'est ce qui fait dire à la journaliste Lucie Ronfaut que "les transphobes sont des complotistes" dans sa newsletter pour Numerama du 30 août"De la même manière que la droite et l'extrême droite ont agité l'épouvantail du «lobby LGBT» ou de la «théorie du genre» pendant le débat sur le mariage pour tous et toutes, la «question trans» est construite, in fine, pour contrôler nos corps et nos libertés, en réduisant la femme à ses éventuelles fonctions de reproduction."

"Je ne pense pas que Stern et Moutot soient d'extrême droite, tempère Claire Vandendriessche, militante à l'association Acceptess-T. Mais elles sont très transphobes, et leur transphobie est poreuse avec le fascisme." Sur Twitter, Marguerite Stern se défend de tout lien avec l'extrême droite, retournant ces critiques comme des arguments visant à la décrédibiliser. "«Extrême-droite» is the new «pas d'accord avec moi», écrivait-elle le 19 août. Ça me rend dingue cette malhonnêteté intellectuelle."Ou encore : "Les femmes ont des besoins spécifiques basés sur leurs sexes. Cette idée n'est pas d'extrême droite, elle est universelle." Pourtant, c'est justement dans cette vision essentialiste du sexe, qui nie l'identité de genre, que les "femellistes" contribuent, même involontairement, à partager des idées sur lesquelles se développe l'extrême droite. 

"Ces liens, avec des groupes comme Ypomoni, des figures comme Casasnovas, cela veut dire quelque chose, explique Karine Espineira. Ce n'est pas juste de la rhétorique anti-trans, c'est beaucoup plus profond. De Trump à Bolsonaro et à Orban, il n'y a pas un seul régime totalitaire qui ne s'en soit pas pris aux LGBT et aux personnes trans. C'est une certaine vision de la société qui s'exprime dans ce débat : pas de trans, pas de LGBT, et une réification de la société patriarcale." Toutes les inspirations et alliances des militantes anti-trans, dit-elle, convergent autour de l'idée d'un "monde qui perd ses repères"Le 18 août, quatre jours avant la publication de la tribune de Stern et Moutot dans Marianne, le magazine américain The Nationtraçait un lien direct entre idéologie transphobe et extrême droite, en écrivant que "la transphobie est au cœur du mouvement pour la suprématie blanche". 

Le 12 septembre 2022, après la publication originale de cet article, Libération a également couvert le sujet dans un article sur les "passerelles idéologiques" et le "même combat antitrans" des "féministes Terf [pour Trans-Exclusive Radical Feminists]" et de l'extrême droite, citant ASI. Libération conclue que "si tout semble, a priori, opposer les féministes antitrans et l'extrême droite, ils se retrouvent sur plusieurs points : leur essentialisme, leur obsession teintée de complotisme d'un «lobby transactiviste» qui serait «financé par George Soros», et leur «critique du genre» qui renvoie directement aux marches LGBTphobes de la Manif pour tous."

Parce que les droits des personnes trans sont "les derniers arrivés" dans la lutte pour les droits LGBT, "on s'attaque à [eux] en premier" analyse Claire Vandendriessche : "C'est une reconquête des droits à l'envers, ils s'attaqueront à d'autres droits ensuite." Dans une vidéo, le collectif Toutes des femmes lance une alerte similaire : "Les droites et extrême-droites se saisissent de la transphobie pour créer une panique morale, mettre en place des mesures contre les droits des personnes trans dans de nombreux pays, et rassembler autour d'elles tous les transphobes." Les militantes qui se disent féministes mais militent contre les droits des personnes trans, regrette le collectif, ne parviennent qu'à devenir "les cautions progressistes de bons vieux mouvements réactionnaires".

Contactées, Dora Moutot a refusé de répondre à nos sollicitations ; Marguerite Stern ne nous a pas répondu.

Droit de réponse de Marguerite Stern et Dora Moutot

Suite à la publication de cet article, Marguerite Stern et Dora Moutot ont souhaité exercer leur droit de réponse, que nous reproduisons ci-dessous. Nous maintenons pour notre part l'ensemble de nos informations et ajoutons, sous ce droit de réponse, un dernier commentaire.

Cet article nous attaque de façon fallacieuse en jouant sur le discrédit par association et les sophismes. Il repose sur des informations sorties de leur contexte, quand elles ne sont pas parcellaires, et répond à un unique objectif : compromettre nos réputations en nous associant à l'extrême droite jusqu'au "fascisme", que nous combattons sans faillir, plutôt que de répondre à nos arguments. 

Ce texte, sous l'apparence d'une enquête multipliant les liens hypertextes et les citations, consiste en réalité en une somme d'accusations infondées égrenées notamment par des témoignages tous recueillis auprès de transactivistes, qui nous sont notoirement défavorables, et ce dans l'unique but de le faire pencher dans le sens vraisemblablement voulu par son autrice. C'est parce que ce biais transparaissait déjà de manière évidente dans les questions qui nous ont été adressées et compte tenu du délai particulièrement court qui nous avait été imparti pour y donner suite, que nous n'avions pas jugé possible d'y répondre.

Le fil conducteur de cet article, qui consiste, dès son titre, à nous présenter comme étant "anti- trans", est dénué de tout fondement et nous le récusons. Aucun de nos écrits n'exprime ni ne traduit un rejet des individus transsexuels et du droit de chacun à l'égalité. A cet égard, nous envisageons de saisir la justice de cette imputation infondée et que nous ne pouvons accepter.

Ce que nous assumons parfaitement, c'est la critique des dérives du transactivisme, de l'idéologie qui lui est sous-jacente et la dénonciation de leurs conséquences pour le combat féministe dans lequel nous nous sommes, chacune depuis longtemps, engagées. Notre constat c'est que la lutte féministe s'est vue se fragmenter et s'affaiblir à mesure que certains transactivistes nous ont enjoint de nous censurer, y compris dans l'usage du terme même de "femme".  En réaction, nous avons choisi, au contraire, de défendre le femellisme.


Être femelliste, c'est se battre contre le sexisme, c'est-à-dire contre les oppressions que subissent les femmes en raison de leur sexe : féminicides, violences sexuelles, violences obstétricales, restriction du droit à l'avortement, excision, GPA, écarts de salaire, manque de représentation en politique et dans les médias, etc.

Il est plus aisé de tenter de nous disqualifier en nous traitant abusivement de transphobes, quand d'autres nous traitent déjà de TERF, plutôt que de nous contredire sur le fond. Il est plus facile de tenter de nous discréditer par une argumentation procédant par association plutôt que de répondre sur les faits et sur nos écrits. Enfin, il est plus commode de nous annuler en procédant par réductio ad hitlerum plutôt que d'entamer un débat que nous appelons de nos vœux.

Ces procédés ne sont évidemment pas sans conséquences sur nos vies personnelles, professionnelles et militantes puisque nous sommes déjà quotidiennement harcelées et menacées et avons été violemment prises à partie, y compris physiquement, par les activistes que nous critiquons, ce qu'omet malheureusement de mentionner l'article.

Notre opposition à l'idéologie de l'auto-détermination qui voudrait que n'importe quelle personne qui se déclare femme soit considérée comme telle ne se réduit ni à la transphobie, ni à l'extrême droite. Notre combat est foncièrement universaliste et nous sommes tout à fait ouvertes à la discussion sur ce qui nous conduit à le penser et à l'exprimer tel que nous le faisons, en priorité avec ceux qui ne partagent pas nos opinions.

Or, la philippique de Pauline Bock vise au contraire à nous tenir écartées du débat plutôt que d'y contribuer. A ce titre, l'on doit à la vérité et à l'honnêteté quelques égards, et, entre autres évidences :

- Discuter avec une personne ou la citer ne revient pas à épouser l'exhaustivité de ses points de vue.
- Nos positions largement exprimées et assumées pour la constitutionalisation du droit à l'IVG, pour le partage des tâches domestiques, pour la reconnaissance de la Shoah, contre l'antisémitisme, pour l'accueil des réfugiés, pour le mariage gay et lesbien sont antinomiques avec l'extrême-droite et le fascisme.
- Nous présenter comme des idiotes utiles ayant prêté allégeance à d'autres hommes, pêle- mêle, des élus RN, des complotistes, des masculinistes, de l'extrême-droite, de la Manif pour tous, des anti-avortements, des néo-nazis, révèle un argumentaire étonnamment "genré", voire misogyne.
- Dora Moutot a appelé les sénateurs à "éclaircir la notion d'identité de genre". Dans sa lettre, elle explique pourquoi certaines transitions peuvent s'apparenter à des thérapies de conversion de personnes homosexuelles. La lettre entière est disponible ici.
- La simple écoute de la totalité du passage dans lequel l'expression "excision psychique" a été employée permet aisément de comprendre qu'il ne s'agit absolument pas "de défendre un discours très conservateur et essentialiste sur les questions de contraception et d'avortement" et le lien hypertexte met sciemment de côté le passage dans lequel Dora Moutot affirmait juste sans équivoque "soyons claires, je suis pour la contraception et l'avortement". La vidéo est disponible ici.

Finalement, faut-il faire de la compartimentation de la société et de ceux qui la compose une condition du débat : d'un côté les trans, de l'autre les "cis", d'un côté les "racisé-x-es", de l'autre les blanc-x-hes, d'un côté ceux et celles avec qui l'on est d'accord, de l'autre les "anti-trans", etc. ? Il nous semble que de telles étiquettes entravent davantage la réflexion plutôt qu'elles ne l'alimentent et tuent à petit feu le vivre-ensemble auquel nous aspirons.

Notre commentaire

ASI regrette que Dora Moutot et Marguerite Stern n'aient pas souhaité nous répondre lorsque nous les avons contactées avant la publication de cette enquête. Nous les avons sollicitées le matin du 1er septembre et avons publié cette enquête le 5 septembre au soir. Il est de rigueur, à ASI, de toujours laisser le temps aux personnes évoquées dans une enquête de répondre aux questions que nous souhaitons leur poser. 


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