Economistes hétérodoxes vs orthodoxes : la guerre se poursuit en librairie

Anne-Sophie Jacques - - 0 commentaires

Dans la guerre qui oppose les économistes orthodoxes et hétérodoxes, la bataille se poursuit en librairie. Suite à l’abandon par le gouvernement de la création d’une nouvelle section au Conseil national des universités plébiscitée par les économistes hétérodoxes qui appellent à davantage de pluralisme dans leur discipline, ces derniers continuent le combat à travers un ouvrage à paraître le 13 mai (Ed. Les liens qui libèrent) et titré A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose.

La glace entre les économistes orthodoxes et hétérodoxes est loin de se briser. Comme nous le racontions cet hiver, le gel entre les deux camps, s’il ne date pas d’hier, a pris une vive tournure quand le gouvernement a finalement renoncé à créer une nouvelle section au Conseil national des universités (CNU) qui aurait pu accueillir les économistes hétérodoxes – à savoir ceux qui n’appartiennent pas au courant mainstream. En effet, à ce jour, il existe au sein du CNU une seule section – la 5 – baptisée "Sciences économiques". Une section trustée par les tenants d’une vision néolibérale de l’économie. Alors que le ministère de l’enseignement supérieur avait tout d’abord soutenu la demande de création d’une nouvelle section qui devait être nommée "Institutions, économie, territoire et société" ou encore "Économie et société", devant le tollé soulevé par les orthodoxes et notamment par Jean Tirole, notre récent nobélisé par la banque de Suède, le gouvernement a fait marche arrière.

Après le lancement d’une pétition et différentes tribunes signées par des membres de l’Association française d’économie politique (AFEP) qui regroupe les économistes hétérodoxes, la bataille se poursuit en librairie avec la sortie d’un ouvrage intitulé A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose, dont les bonnes feuilles ont été publiées dans Marianne cette semaine. Ce manifeste – soutenu notamment par Frédéric Lordon, Gaël Giraud, André Orléan mais aussi James K. Galbraith ou Steve Keen – développe les arguments déjà déployés cet hiver afin de démontrer l’urgence du nécessaire pluralisme dans leur discipline. Ils rappellent l’enjeu autour de la création de cette nouvelle section, indispensable selon eux pour recruter des professeurs issus du courant hétérodoxe.

Les hétérodoxes s’attardent également sur l’ineptie du classement en fonction des publications des économistes dans les revues scientifiques : "pour juger de l’excellence d’un économiste, il suffirait, nous dit-on, d’observer dans quelles revues il a publié ses travaux de recherches. S’il a publié dans des revues prétendument excellentes, il est de facto excellent; s’il a publié dans des revues classées moyennes, il est moyen; dans des revues en bas du classement, il est médiocre. […] C’est la clef de voûte de tout le système que nous dénonçons. […] Notons qu’il s’agit d’une exception en sciences sociales puisque presque toutes les autres sections du CNU opèrent avec une liste non hiérarchisée de revues". Et de se moquer de ce mode de sélection : "il est vrai que l’abandon de la hiérarchisation des revues a une conséquence douloureuse: pour évaluer un dossier, il va falloir lire les travaux qui le constituent !"

Hétérodoxes contre orthodoxes ? L’occasion de relire notre article sur la guerre ouverte entre les deux camps ou de plonger dans notre dossier Expertisons les experts.

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