Bégaudeau, une passion politique d@ns le texte
La rédaction - - 163 commentaires Voir la vidéoFrançois Bégaudeau est ce qu’on appelle un «écrivain médiatique» qui a même poussé le vice jusqu’à bavarder quelquefois en «chroniqueur multicartes». Dans les contrées un peu sauvages où j’aime à gambader, ces appellations suffiraient à l’exclure a priori du champ des écrivains "lisibles". Ce qui est un préjugé deux fois idiot; d’abord comme préjugé, ensuite comme vrai mensonge, puisque la lecture d’Entre les murs m’avait déjà instruite qu’il y avait dans cette écriture-là autre chose que des poses d’intello creux : à la parution du livre j’avais été saisie, physiquement, par la justesse de son écriture qui rendait si parfaitement la musique dure et bizarre d'une salle de classe. Devant le film j’avais pleuré pendant à peu près une heure (la salle du MK2 Beaubourg riait souvent pourtant), pouvant enfin laisser libre cours aux émotions que m’inspiraient les salles de classe bien réelles, mais devant lesquelles en vrai on ne saurait faire autre chose que face.
Quand le patron m’a suggéré de me pencher sur Deux singes, ou ma vie politique, édité chez Verticales, («il y a une musique, vraiment»), j’ai failli l’envoyer paître («ohla, c’est à des années lumière de ce que j’explore en ce moment»), mais quand même je me suis penchée. Devant les 440 pages de cette enquête autobiographique explorant une à une les déterminations psychologiques d’une passion politique, je suis restée inclinée: façon diagonale – entre la raideur verticale de celle qui s’agace de certains énoncés à prétention générale, et l’abandon à l’horizontale, comme sur le divan des psychanalyses les plus sincères, les plus impavides, les plus exigeantes. Dans ce suspens oblique, il y avait la plus chouette des matières à débat, et la p...