Danger des écrans pour les tout-petits : "Jusqu'où caricaturer pour alerter ?"

La rédaction - - Numérique & datas - 155 commentaires

Anne-Lise Ducanda et Serge Tisseron sur notre plateau


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Alerte : les écrans peuvent provoquer de grands troubles pour les jeunes enfants, comme l'ont affirmé récemment plusieurs émissions ou articles. Mais quels sont vraiment les dangers des écrans pour les tout petits ? Pour en débattre sur notre plateau, Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI et membre du collectif surexposition aux écrans, et Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, qui travaille sur la question depuis de nombreuses années.

Quels dangers ?

Après une vidéo virale datant de mars 2017 et publiée sur Youtube, Anne-Lise Ducanda a été très présente sur les plateaux de télévision, pour alerter : la surexposition aux écrans engendre des "troubles importants sur les jeunes enfants", comme elle a pu le constater lors de ses consultations de PMI. Sur notre plateau, elle explique que ce phénomène s'est accentué ces dernières années, avec l'explosion des smartphones et des tablettes destinées aux bébés. 

Dans les reportages consacrés à la question, un mot revient régulièrement, celui d'addiction. Mais selon Serge Tisseron, qui définit l'addiction par le syndrome de sevrage et le risque de rechute, les écrans ne peuvent être comparés à des drogues. Si ! répond Ducanda, qui décrit des enfants se levant la nuit pour aller jouer sur le smartphone de leurs parents.  Elle souligne que l'OMS va bientôt reconnaître les écrans comme source d'addiction. Autre élément de preuve avancé par le numéro d'Envoyé spécialdiffusé sur France 2 consacré à la question : l'utilisation de smartphone ou tablette produirait de la dopamine dans le cerveau. Mais pour Tisseron, la dopamine ne suffit pas pour provoquer l'addiction. Et de souligner le danger de la reconnaissance de l'addiction aux écrans : "les laboratoires sont en embuscade, ils ont les molécules prêtes" pour soigner ce nouveau trouble.

Nos invité.e.s sont-ils au moins d'accord sur le message de fond, qui est de limiter les écrans pour les jeunes enfants ? Pour Tisseron, la question est de savoir "jusqu'où a-t-on le droit de caricaturer pour alerter ?" Selon lui, parler d'addiction médicalise le problème, et dédouane les parents de leurs responsabilités éducatives.

peut-on parler d'autisme virtuel ?

Pour alerter sur les dangers des écrans, Anne-Lise Ducanda parle dans sa vidéo Youtube et sur le site de son collectif "d'autisme virtuel" ou de "symptômes proches des troubles autistiques". Repris par les journalistes, cela devient parfois plus caricatural, comme lorsque Xavier de Moulins dans 66 minutes sur M6, fait un lien direct entre écrans et autisme. Pour Tisseron, Ducanda mélange des signes reconnus de l'autisme et des signes très banals, comme l'intolérance à la frustration ou l'agressivité. Il souligne que la France est déjà en retard sur le diagnostic des enfants autistes. Ducanda reconnaît qu'"il faut trouver un terme" pour qualifier ces enfants, dont les troubles sont, assure-t-elle, identiques aux troubles autistiques. "C'est toujours contre-productif d'utiliser un mot qui risque d'être compris de travers", insiste Tisseron. Et où en sont les études sur le sujet ? Elles sont quasiment inexistantes pour l'instant, Ducanda appelle à mener des recherches sur la question.

Les écrans peuvent-ils être éducatifs ?

Si le discours majoritaire aujourd'hui est celui de l'alerte, il n'en était pas de même il y a quelques années. En 2013, un sujet du JT de France 2 était même intitulé "les écrans, c'est bon pour les enfants", en s'appuyant sur l'avis de l'Académie des sciences, auquel Tisseron a participé. Ducanda relève qu'il y était noté que les tablettes pouvaient être bénéfiques pour l'enfant dès 6 mois. Tisseron reconnaît que l'avis est ambigü, car il a fallu contenter toutes les parties prenantes. Le numérique peut-il tout de même avoir un intérêt pour les petits ? Selon Ducanda, les tablettes sont inutiles pour les jeunes enfants. "La seule interaction dont le petit a besoin, c'est l'interaction humaine", insiste-t-elle. Tisseron , quant à lui, expose sa méthode 3 - 6 - 9 - 12 qui donne des repères pour chaque âge : il s'agit pour lui surtout d'accompagner les enfants. 

Mais qui doit agir sur la question ? Dans le numéro d'Envoyé spécial consacré aux écrans, Ducanda visite un salon du jeu pour enfants, où l'on vend des smartphones pour jeunes enfants.  Nos deux invité.e.s abondent pour demander une réglementation et des messages de prévention. Mais au fait, que regardent les jeunes enfants ? Exemple avec une petite comptine diffusée sur Youtube. Un jeu innocent ? "Si c'est votre maman qui chante la comptine, ça n'a rien à voir", affirme Ducanda, car cela permet des interactions humaines. Pour Tisseron, l'important est de savoir si l'usage des écrans est accompagné ou pas. "Ce qui est caricatural n'est pas suivi", prévient-il. Et de conclure : "Maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?"

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