Présidentielle 2027 : vous aussi, portez-vous "officiellement candidat"
Loris Guémart - - Médias traditionnels - Déontologie - Sur le gril - 2 commentairesToutes les semaines, l'édito médias envoyé dans notre newsletter hebdomadaire gratuite, Aux petits oignons : abonnez-vous !
En mai 2026, quand la presse a déclaré Jean-Luc Mélenchon "officiellement candidat" à l'élection présidentielle 2027, l'auteur de ces lignes n'a pas tiqué – l'homme fort de LFI ayant toutes les chances de récolter ses 500 parrainages d'élu·es. Quand les mêmes rédactions ont sacré Gabriel Attal "officiellement candidat" quelques jours après, on s'est dit que la formule tenait également, vu qu'il avait lui aussi un raisonnable espoir de décrocher les fameuses "500 signatures". Quand "le cheminot" Anasse Kazib (sauf dans le Monde qui préférait "le militant trotskiste") avait déclaré sa candidature au même moment, aucun média ne le faisait "officiellement candidat" malgré ses 122 parrainages en 2022.
Il semblait donc y avoir, dans les rédactions, une vague ligne de conduite éditoriale liée à la potentialité d'une candidature plus ou moins "officielle" à l'élection présidentielle. Et puis vint l'annonce de Francis Lalanne, chanteur devenu militant du Frexit soutenu par Dieudonné. Lui aussi se déclare candidat. Enfin, pardon, "officiellement candidat", dixit le groupe Ebra, le Parisien, CNews ou Paris Match – liste non exhaustive. Voilà comment un échafaudage théorique tombe par terre, faute d'imaginer, même avec toute la bonne volonté du monde, qu'un nombre supérieur à une poignée d'élu·es accordent leur parrainage à Francis Lalanne, à moins que le fantôme de Coluche ne me fasse mentir.
Par contre, si les rédactions s'empressent de publier un article à chaque communiqué reçu d'un candidat potentiel à l'élection présidentielle, je vous suggère, si l'envie vous prenait de vouloir exposer vos idées pour le pays, de leur en envoyer un. Je suis moi-même à deux doigts de me faire moi aussi "officiellement candidat" en plaidant pour le rétablissement des ordonnances de 1944 sur la liberté de presse et en annonçant la tenue d'un premier meeting dans mon hall d'immeuble. Qui ne tente rien...
Plus sérieusement, comment traiter les candidatures plus ou moins susceptibles d'aboutir "officiellement", c'est-à-dire avec la possibilité de voter pour la personne concernée ? D'une part, il pourrait être judicieux de réserver le terme "officiel" à la principale acceptation de sa définition, donc au moment où les signatures auront été récoltées et validées, comme le suggère judicieusement la journaliste politique Rachel Garrat-Valcarcel. Et, d'ici là, de se contenter d'indiquer que la candidature est "déclarée", "annoncée", "confirmée" ou "rendue publique".
Loin de moi l'idée d'enjoindre les médias à devenir encore plus qu'ils ne le sont déjà les arbitres des candidatures considérées ou non comme respectables. L'élection présidentielle, dans cette Ve République, reste en effet l'incontournable moment de visibilité politique pour les partis n'ayant habituellement les honneurs ni du pouvoir ni des médias. Par contre, je me soucie de la surcharge informationnelle causés par la saison des "candidatures officielles" lancée depuis quelques mois. Avec la multiplication d'articles mettant in fine sur le même plan un Anasse Kazib, responsable politique et syndical de longue date, avec, en effet, un Francis Lalanne inéligible pendant 18 mois faute d'avoir déclaré ses comptes de campagne aux dernières élections législatives, et par ailleurs proche des identitaires lyonnais.
Quelques rédactions montrent la voie, en résistant à l'attrait du clic facile capté par les annonces de candidatures les moins probables. Parfois par simple éloignement, c'est le cas de la télévision publique belge qui se moque gentiment du voisin français en listant 43 candidat·es potentiel·les – jusqu'à Teddy Riner et Matthieu Pigasse. Mais c'est aussi le cas des deux cousins que sont le Monde et le Nouvel Obs. On n'y a pas trouvé d'article "officialisant" la candidature de Francis Lalanne, mais deux longues listes continuellement mises à jour des candidat·es à l'élection présidentielle 2027. On pourrait appeler ça la "méthode Wikipedia", et ça évite de polluer les fils d'actualité. Ce dont on va avoir bien besoin pendant les dix prochains mois, qu'on préfèrerait dominée par des débats et choix politiques plutôt que par l'habituelle course de petits chevaux.