Violences, silences, dénis : dans les zones grises

Daniel Schneidermann - - Ciné, séries & docus - Scandales à retardement - Le matinaute - 69 commentaires

D'un côté, recueillis par Libérationhuit témoignages de femmes, dont seulement un anonyme. De l'autre, de l'incrédulité, des démentis, du déni, ou... un lourd silence. En jetant de larges chaluts pélagiques dans l'entourage professionnel de PPDA, accusé par huit femmes de viols ou d'agressions sexuelles à l'époque de sa toute-puissance à TF1, l'enquête de Marine Turchi, dans Mediapart, plonge dans une profonde perplexité. Comment est-il possible qu'ielles soient si nombreux et nombreuses à ne rien avoir entendu, y compris parmi ses deux assistantes, qui travaillaient dans le bureau voisin ?

"Certains propos d’anciens de TF1 montrent les préjugés qui imprègnent encore ces affaires dans la société" avance Turchi, préjugés dont "la vision du viol et des agressions sexuelles, qui se feraient forcément dans les cris, les coups, le bruit, et non dans le silence, la contrainte (morale ou économique) ; la sidération, alors même que plusieurs plaignantes relatent justement n’avoir «pas hurlé», et pour certaines même «pas bougé»". Ce silence, cette sidération, cette immobilité, sont certainement un élément d'explication, parmi bien d'autres.

Non, l'agresseur sexuel type, on le sait maintenant, n'opère pas dans une rue sombre, armé d'un couteau. Oui, agresseur et agressée peuvent être liés par des rapports de domination intellectuelle, d'emprise, d'admiration, d'amitié, de tendresse, d'amour. Sur cette zone grise du consentement, il faut écouter cette vidéo de la youtubeuse Concrètement moi, titrée "Mon agression sexuelle". Les rapports avec celui que tout en nommant son agresseur, elle admire, et dont elle aimerait tant mériter en retour l'admiration. Les oscillations du consentement d'abord donné avec bonheur, puis repris, puis extorqué par la diabolique puissance des mots.

Dans le domaine de la fiction, je pense au très efficace personnage du mari maltraitant d'Alex, l'héroïne de Maid, la belle série à succès du moment sur Netflix. Sean, le mari donc, est engagé dans une lutte poignante contre l'alcoolisme. Sean n'est pas une brute. Il effectue sur lui-même de pathétiques efforts pour "s'en sortir", afin de "reconquérir" sa compagne Alex, qui a fui le domicile conjugal. Au cours d'un très bref retour d'Alex, il est montré à l'écoute attentive de son consentement à elle. Après le coup de cymbale des dénonciations, c'est l'immense apport des récits post-MeToo, médiatiques ou de fiction, de déployer la troublante diversité, et complexité, des situations de la vie. 

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