Une guerre pour rire

Daniel Schneidermann - - Le matinaute - 85 commentaires

Et dans l'instant, Twitter inventa la blague de confinement, comme il y a les blagues juives du ghetto, ou les blagues d'occupation ou même certainement, je veux le croire, les blagues de déportation. Rire de ce qui nous angoisse, nous oppresse, ou simplement nous pèse. Rire de l'absurdité des scènes où nous plongent les tragédies. Rire pour assumer notre rôle de figurants d'une tragicomédie. Rire pour se libérer de la solennité des chefs qui font mine de cheffer. Rire est essentiel à la vie de la nation, pour parler comme ceux qui ne rient pas.

Rire jette un pont entre nos solitudes de distanciés sociaux. Rire allège nos promiscuités parfois lourdes de co-confiné.e.s. De quoi ris-tu ? Tiens, regarde ! Rire de ce solennel chef de guerre nommé Macron, qui parvient à prononcer six fois le mot guerre, mais pas une seule fois le mot confinement, sans doute parce que cela pourrait donner le sentiment que la maladie serait douloureuse. Mais si, Manu. Ca s'appelle comme ça. C'est même plus court à prononcer que pé-ni-bi-li-té. On est des grands garçons et filles. On peut entendre. 

Ne disons pas de mal de Manu. Il vient de suspendre la réforme de l'indemnisation du chômage, et celle des retraites. Attention : j'ai bien dit suspendre, et non enterrer. Cette réforme de l'assurance chômage, par exemple, qui va réduire en moyenne de 22% les indemnisations des précaires, premières victimes sociales du Covid-19, cette réforme n'est que "suspendue", et s'appliquera, théoriquement, le 1er septembre. Sauf si à la prochaine allocution...

Rions encore. Devant les yeux des Parisiens en départ précipité vers les charmes du confinement rural, se présentent ces publicités pour une exposition sur l'exode de 40.  Publicités décalées, pour expo désormais interdite. Mais rappel opportun, et qui donne à penser. 

L'exode de 40 des civils affolés, comme le rappelle un membre hétérodoxe du fameux "conseil scientifique" de Macron, (notre enquête ici) a fait davantage de morts français que les combats du front, pendant la même période. J'ai vérifié, tant cela me semblait incroyable. C'est vraisemblable. On évalue le bilan des morts civils à 100 000 personnes. Il est vrai que les Stukas allemands avaient puissamment aidé, alors qu'aujourd'hui, "l'accompagnement des besoins naturels" , comme dit Castaner, d'un animal de compagnie vaut sauf-conduit pour les rebelles du couvre-feu. Comme quoi, malgré tout, la civilisation progresse.



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