"Sarkozy je te vois" : naissance d'un théorème
Daniel Schneidermann - - Le matinaute - 49 commentaires Télécharger la videoTélécharger la version audio
"Sarkozy je te vois" : depuis quelques jours, le web bruisse
de l'aventure de ce prof de philo marseillais, trainé devant le juge de proximité, pour avoir crié théâtralement, à deux reprises, "Sarkozy je te vois", lors d'un contrôle d'identité tendu auquel il assistait, dans la gare Saint-Charles à l'heure de pointe.
Et ce matin, France Inter donnait la parole au prof, poursuivi pour "tapage injurieux diurne", qui expliquait qu'il avait fait preuve de pédagogie, comme on peut le faire dans un cours, en sortant une plaisanterie pour détendre l'atmosphère. A première vue, l'affaire semble une nouvelle démonstration du théorème suivant : dès que le nom de Sarkozy surgit dans un fait-divers ou un incident de voie publique, il est naturel que la Justice et lémédias soient amenés à en connaître. L'avocat envisage de demander une reconstitution, pour mesurer l'impact sonore de la double exclamation dans un hall de gare à l'heure de pointe. Cela s'impose en effet. Reste un mystère judiciaire. Sur l'aspect "tapage" de l'incrimination trouvée par l'ingénieux juriste de Marseille, Eolas a dit mieux que moi ce qu'il fallait dire. Mais où est donc l'injure ? Et à l'égard de qui ? A l'égard de Sarkozy ? Mais non. Alors le prof aurait été poursuivi pour outrage. A l'égard des fonctionnaires de police ? Mais il n'est pas injurieux de suggérer que leur contrôle se conformait à la politique pénale impulsée par le président de la République, et mise en oeuvre avec diligence par le gouvernement. Estimer que des fonctionnaires appliquent la politique du gouvernement n'est pas leur faire injure. A la place du juriste créatif qui a trouvé ce motif de poursuite, on se méfierait. C'est peut-être l'imputation d'injure, qui est injurieuse elle-même. Et il ne serait pas étonnant qu'il soit lui-même poursuivi un jour. Poursuites qui seront certainement médiatisées, en application du théorème sus-cité. |
