Élection et climat, quelques débats choquants

Daniel Schneidermann - - Alternatives - Le matinaute - 304 commentaires

C'est un article de Franceinfo publié le 16 avril qui a fait scandale hier, en cette journée bien peu fériée du lundi de Pâques. La version initiale est titrée : "Et si on limitait le vote des personnes âgées qui pèsent si lourd dans les urnes" ? L'enquête, qui donne la parole à de nombreux sociologues et constitutionnalistes, part de paroles de colère entendues dans les manifestations écologistes, ou l'occupation de la Sorbonne, qui ont suivi le premier tour. Les "vieux" auraient "volé" l'élection aux jeunes. On connaît le constat statistique. Les "jeunes" ont voté majoritairement Mélenchon, les "vieux" ont voté majoritairement Macron. Entre les deux, les actifs ont voté majoritairement Le Pen. Ajoutons que les jeunes s'abstiennent davantage que les vieux, et on a le tableau : arrivent au second tour deux candidats qui n'ont pas "métabolisé" profondément l'urgence climatique, portés par un électorat relativement âgé, qui n'aura pas à subir durablement les conséquences du dérèglement.

Survient ce qui doit survenir :  un "shitstorm" (tempête de merde) sur Twitter, contre l'article, et contre Franceinfo. Non seulement, objecte-t-on, toute limitation du droit de vote d'une catégorie de citoyens serait inconstitutionnelle, mais resurgit immédiatement le spectre de Soleil vert, film de 1973, dystopie d'une société euthanasiant ses vieux dans le respect et l'amour, pour les transformer en pilules nutritives à usage des plus jeunes. Implicitement accusée de velléités d'euthanasie, Franceinfo retitre alors sagement son enquête, "Pourquoi l'idée d'un âge limite pour le vote des seniors en convainc certains (et scandalise les autres)". Reste l'enquête  elle-même, mesurée, contradictoire, où s'exprime toute une série d'hypothèses, moins "choquantes" que celle d'un impossible âge-couperet : par exemple une surpondération du vote des jeunes, l'instauration du vote obligatoire (serpent de mer), etc.

Ces débats doivent-il être interdits ? Ils sont bien entendu choquants, mais si je puis me permettre, la perspective de l'extinction de notre propre espèce est elle aussi légèrement… choquante. À noter d'ailleurs que l'ouverture de ce débat rejoint un constat tout aussi "choquant", dans ses conséquences, formulé froidement par un des auteurs du Giec, le chercheur François Gemenne, au lendemain du premier tour : "Trois Français sur quatre ont adressé un signal très clair et voté pour un programme incompatible avec les objectifs de l'Accord de Paris. Dans ce contexte, je pense qu'il est normal de s'interroger sur la légitimité démocratique de cet Accord."

En d'autres termes, pour sauver la planète, Gemenne en tire la conclusion qu'il n'y a plus rien à attendre d'élections démocratiques. Pour lui, preuve est faite que le sursaut éventuel passera ailleurs que dans des élections nationales. Au niveau local ? Dans les entreprises, comme il semble le croire ? Tous ces sujets sont fortement dérangeants, et j'en suis le premier perturbé, mais si on ne parle pas de ça, de quoi parlerons-nous ?


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