Climat : filtrer sans filtre, la méthode Macron

Daniel Schneidermann - - Coups de com' - Le matinaute - 88 commentaires

Plouf ! Et la belle initiative de la "convention citoyenne" contre le dérèglement climatique sombra corps et biens, dans l'indifférence générale. C'était vendredi soir. Emmanuel Macron était venu plancher devant les 150 citoyens tirés au sort, lesquels débattent depuis la rentrée, sous la "garantie" de garants, dont Cyril Dion, que nous recevions dans notre émission à l'automne.  En l'installant, Emmanuel Macron avait promis que le gouvernement reprendrait "sans filtre" les propositions de cette convention. C'était même sa raison d'être, ce qui garantissait que ce ne serait pas un comité blabla supplémentaire. Or donc, après deux heures trente deux "d'échange", Emmanuel Macron livra enfin sa nouvelle conception du "sans filtre". La voici, telle quelle, sans filtre :


"Ce que je peux vous proposer, c'est de venir vous rendre compte personnellement à vous-mêmes de ce que je ferai de toutes ces propositions (...) Moi personnellement. Je viendrai débattre avec vous de pourquoi je décide d'en faire ceci ou celà, en toute transparence (...) Parfois je vous dirai là-dessus c'est pas possible du tout pour telle ou telle raison".

Réaction de Cyril Dion : nous serons "vigilants". Mais non, Cyril. C'est joué. C'est fini. Ca s'est joué vendredi soir, après deux heures trente deux de show. Et de grâce, Cyril Dion, ne vous laissez pas prendre au nouveau machin à six pattes sorti du chapeau : ce référendum consultatif où l'on fourrera de la carpe et du lapin. Si vous voulez soutenir un référendum, il y en a un qui est encore possible, un vrai, un décisionnaire, un dont le gouvernement ne veut pour rien au monde, et avec plein d'écologie à l'intérieur, le référendum contre la privatisation d'ADP.

On pourra dire que la promesse était de toutes manières illusoire.  Et l'avocat Arnaud Gossement, dans ce fil, explique clairement pourquoi. Pourquoi la rédaction de textes juridiques contraignants nécessite des armadas de juristes, d'assistants parlementaires, de conseillers de cabinets ministériels, dont "les 150" ne dont pas dotés. Sans doute Emmanuel Macron n'était-il pas au courant de la manière dont ça fonctionne.

Et moi ? Traitez-moi de naïf. Traitez-moi de perdreau de l'année : j'y avais cru. J'y croyais sans y croire, mais je voulais y croire. Plus précisément, je pensais que dans l'urgence, c'était bon à prendre. Tout est bon à prendre, dans l'urgence. En même temps que "l'entourloupe" sur le retrait de l'âge pivot" (lire notre article), voici donc l'entourloupe du "sans filtre". Oui, traitez-moi de ce que vous voudrez. Je le mérite.

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