Adèle Van Reeth : pas touche à la vie privée !

Daniel Schneidermann - - Médias traditionnels - Le matinaute - 89 commentaires

On ne touche pas à la vie privée. C'est une des lignes rouges du journalisme d'investigation traditionnel. L'investigation "s'arrête à la porte de la chambre à coucher", disait-on traditionnellement, au siècle dernier, au Canard enchaîné. Limite parfaitement saine. Au printemps dernier, à France Inter, la placardisation de Charline Vanhoenacker et de son équipe d'humoristes était restée nimbée des brumes de justifications parfaitement professionnelles : l'audience était en baisse. Il fallait évoluer. Les informé·es savaient certes, par ailleurs, que la nouvelle directrice était la compagne du polémiste proche du Printemps républicain Raphaël Enthoven. Mais on n'est pas responsable des opinions de son compagnon. On savait aussi que Sibyle Veil, la pédégère du groupe Radio France, qui a nommé Van Reeth à France Inter, se trouvait être une camarade de promotion à l'Ena d'Emmanuel Macron. Mais (au refrain) : Pas touche à la vie privée.

Sauf qu'une audacieuse enquête signée Aude Dassonville, du Monde, ne craint pas de franchir la sacro-sainte ligne rouge de la chambre à coucher, ou plutôt du bar à cocktails. Au milieu de notations sympathiques sur sa grande taille, et son caractère enjoué illustré par une photo de la directrice à vélo (touche écolo), on apprend que "une à deux fois par an, Adèle Van Reeth organise des soirées mémorables, où elle réunit des personnes qui «connaissaient Raphaël avant», proche de cette gauche dite «laïcarde», comme l'éditorialiste Caroline Fourest, l'avocat Richard Malka, ou encore l'ancien directeur de la publication de Charlie Hebdo, Philippe Val". N'en tirons aucune conclusion. Ces "soirées mémorables" sont strictement privées. Si les trois convives cités sont d'ultra-médiatiques piliers de l'aile dure du printemps républicain, c'est sans doute un hasard (et après tout, ils viennent peut-être à vélo). Et puis, précise la directrice, "leurs qualités humaines m'importent beaucoup plus que de savoir s'ils ont voté Mélenchon ou Macron". Elle a parfaitement raison. Même dans les vapeurs d'une "soirée mémorable", le vote est une affaire privée. "Adèle est dans une forme de grande neutralité", précise dans la même enquête l'ex-directrice de France Culture Sandrine Treiner.

Ex-directeur de France Inter lui-même, poste qu'il avait décroché grâce à son amitié avec Carla Bruni-Sarkozy (oups, pas touche à la vie privée), Philippe Val a confié à Aude Dassonville, à propos de Vanhoenacker : "On ne lui demandait pas d'être de gauche, mais de distraire, d'éduquer, d'être drôle. Pas d'être le club des amis de Clémentine Autain." Est-ce la personne privée Philippe Val qui s'exprime ainsi ? Est-ce l'ex-directeur de France Inter ? Quiconque prétendrait en tirer la conclusion définitive que la bande à Charline a été victime de l'épuration politique d'une certaine gauche macrono-compatible, qui s'est perdue dans l'obsession de l'islam, serait gravement coupable d'empiètement sur la vie privée.

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