A la découverte d'Europe 1, et du blacfrailledet

Daniel Schneidermann - - Publicité - Financement des medias - Le matinaute - 60 commentaires

La grève de Radio France contre le plan d'économies - qui souhaite récompenser son succès en rognant ses moyens - me laissant esseulé, j'ai vécu hier dangereusement : j'ai risqué une incursion dans une station de radio privée, nommée Europe 1. On bascule dans un autre monde. Premier contact : l'égaré qui se risque dans ce milieu étrange est aussitôt assailli par un essaim de messages publicitaires où revient sans cesse le nom "blacfrailledet", essaim mutant, qui résiste manifestement à tous les insecticides.

Et le black friday (ne me prenez pas pour une bille, je me suis renseigné entre temps, ça s'écrit comme ça), une sorte d'orgasme consommatoire d'une semaine entière comme son nom ne l'indique pas, n'a pas seulement pris possession de tous les espaces publicitaires de la radio. Il est aussi le sujet unique du jour. J'ai reconstitué le drame d'hier. La ministre des transports et de l'écologie, Elisabeth Borne, ayant émis le matin des réserves sur le phénomène, toutes les divinités d'Europe 1 se sont aussitôt liguées (ici, ou ici, ou ici), pour tenter de contenir le sacrilège.

La ministre de l'Ecologie était l'invitée de l'interview matinale de la station, interview menée par la journaliste Sonia Mabrouk. Pure coïncidence : au même moment, pour Arrêt sur images, Loris Guémart était en train d'enquêter sur les interviews matinales de Sonia Mabrouk, et leur caractère politique monocolore (5 invités étiquetés à gauche sur 57 invités depuis le 26 août). A peine l'enquête publiée (Loris Guémart avait auparavant tenté de joindre Sonia Mabrouk, mais la direction de la communication d'Europe 1, sans doute occupée à honorer le black friday, n'avait pas transmis la demande), Mabrouk nous appelle. Pour nous expliquer (en substance) que si elle n'invite que des élus de droite, c'est parce qu'il est très difficile de trouver des élus de gauche (je caricature à peine, lisez vous-même). Mais elle souhaite fortement ré-équilibrer.

Partons du principe que Sonia Mabrouk est sincère. Partons du principe qu'elle vient seulement de prendre conscience du déséquilibre, et que l'omniprésence du macronisme et de la droite dans l'interview matinale d'Europe 1 n'est pas seulement la conséquence directe du poids économique et idéologique de la pub sur les contenus de la station. Alors Sonia Mabrouk, si vous voulez trouver des invités qui aient des choses intéressantes à dire, je pense ce matin à ces enseignants du lycée d'Alembert, à Aubervilliers, qui viennent de rédiger une lettre poignante déplorant leur manque de moyens. Ou tiens, si vous voulez des élus, je pense à l'ancienne ministre Delphine Batho, à l'origine d'une loi pour interdire notre surconsommation anti-écologique et antisociale (votre station en a elle-même parlé). Vous resterez dans le sujet. Ne me remerciez pas, c'est de bon cœur.

Lire sur arretsurimages.net.