Hors formats, avis de recherche

Daniel Schneidermann - - La vie du site - 148 commentaires

Télécharger la video

Télécharger la version audio

Et si on parlait formats ?

Depuis près de cinq ans, ici-même, on joue à cache-cache avec les formats. Création (puis disparition) de nouvelles émissions, de nouvelles chroniques, changements de périodicité de nos contenus, création de rubriques: nous avons bien pris soin de ne pas nous laisser graver dans le marbre.


Pour tous les journalistes qui, comme moi, viennent des médias traditionnels, cette totale liberté par rapport à tout format imposé est la première griserie d'Internet. Ce qui étouffe l'information, ce qui la rend grise, suiviste, conformiste, sans doute autant (ou davantage ?) que les pressions politiques ou économiques, ce sont les formats imposés. Format d'une minute trente pour un sujet de JT, nombre imposé de signes pour un article ou une chronique dans la presse écrite. Or logiquement, ce devrait être le contraire. C'est le sujet de l'enquête ou du reportage, les exigences de l'argumentation, qui devraient imposer longueur et périodicité, et pas l'inverse. Le principal danger, c'est quand le format commence à diriger le sujet.

Les médias traditionnels, d'ailleurs, et ceux qui sont le plus soumis aux contraintes économiques, ne sont pas les seules victimes de l'esclavage du format. Quand on y réfléchit, le média le plus formaté, aujourd'hui, n'est-ce pas Twitter ? Cette longueur maximale de cent quarante signes, que s'imposent les Twittos, à quoi rime-t-elle ? Pourquoi s'y soumettre ?

Bref. Dépassant les formes canoniques du quotidien, de l'hebdomadaire, de l'émission d'investigation, du journal radio, ou même du site d'info, dernier canon en date, peut-on inventer de nouvelles formes médiatiques ? Quand on se donne comme mission d'informer, comment s'affranchir des contraintes, des formats traditionnels ? Jusqu'à quel point peut-on le faire sans dérouter le public, qui aime bien ses pantoufles, et apprécie aussi les rendez-vous et les repères ?

Ce sera le sujet de nos émissions d'été. Après nous être intéressés, les étés précédents, aux humoristes, ou au journalisme de guerre, nous aimerions donner un coup de projecteur sur quelques-uns de ces médias qui tentent des aventures non formatées.

Sur nos plateaux de cet été, on aimerait échanger avec quelques confrères expérimentateurs en déformatage. Sur leurs réussites, leurs doutes, leurs échecs. Confrères exerçant sur Internet, évidemment, mais pas seulement. On a bien sûr quelques idées d'invités, je ne vais pas vous dire le contraire. Mais on n'a pas encore arrêté la liste. Pour cela, on compte un peu sur vous. Certaines expériences originales, dans les coins, dans les niches, ont pu nous échapper. Aidez-nous. Donnez-nous des pistes. Sans formater vos suggestions !

Lire sur arretsurimages.net.