Pourquoi les ostréiculteurs sont en colère contre "Midi Libre"

Loris Guémart - - Médias traditionnels - Scandales à retardement - 6 commentaires

Le quotidien régional a multiplié les contenus, parfois anxiogènes, suite à une interdiction tardive de consommation de coquillages contaminés

La critique des médias peut-elle se traduire par le siège des bureaux d'un média ? Le 5 janvier, la réponse a été oui concernant le quotidien Midi Libre, pour certains ostréiculteurs de l'étang de Thau –dont un candidat RN aux municipales. La raison ? "Le traitement considéré comme «à charge» des journalistes de MidiLibre sur la suspension de la commercialisation des coquillages de l'étang de Thau", expose un article fouillé de Challenges

Dans l'article de Midi Librerapportant le siège du journal, le directeur de la rédaction Olivier Marino s'insurge. "Leur grief ? L'exactitude des faits, le respect du contradictoire. Leur cible ? Non pas un bâtiment, mais une atteinte injustifiable à la liberté de la presse. Rappeler l'interdiction sanitaire de consommer des huîtres du bassin de Thau n'est pas une opinion, c'est un devoir d'information et de santé publique." 

Dans un communiqué, le SNJ du quotidien régional estime que "si, au cours des dernières années, des manœuvres d'intimidation ont parfois été menées contre des agences locales de Midi Libre, l'opération conduite ce lundi soir contre le siège du journal franchit un pas supplémentaire". S'ajoute à l'émoi de la rédaction un courrier interne de la Société des journalistes de Midi Libre (Sojomil), consulté par Arrêt sur images : "La critique du traitement médiatique est légitime dans un État de droit ; elle doit cependant s'exprimer par la voie de la discussion, du droit de réponse et de l'échange, et non par la contrainte ou l'intimidation."

Les conchyliculteurs, eux, défendent la légitimité de leur colère, notamment sur les réseaux sociaux, ou par l'intermédiaire de leurs représentants. Leur Comité régional reproche ainsi, au lendemain de l'action, "une mauvaise presse systématique à l'égard de notre filière" – qui ne semble pas attestée par la couverture de Midi Libre hors des périodes d'interdiction de consommation. Le Comité regrette aussi l'absence de "sujets de fond permettant de comprendre notre mal-être collectif" à propos d'une interdiction édictée pour la période économique la plus cruciale de l'année, "en complément des articles anxiogènes qui font vendre". Le Comité régional conchylicole de Méditerranée souhaiterait ainsi des articles pour "expliquer les dispositifs de traitement et d'analyse des toxi-infections alimentaires collectives, afin de déterminer si les causes sont réellement liées à la consommation de coquillages, à d'autres produits, ou tout simplement à des épidémies saisonnières de gastro-entérites", ou titrés "comment la filière et les acteurs du territoire œuvrent au quotidien pour garantir un produit de qualité".

Un article en particulier a mis le feu aux poudres : il rapportait le témoignage d'une famille imputant aux huîtres et aux couteaux de l'étang de sévères désordres intestinaux ayant suivi leur soirée de réveillon. Publié le 3 janvier, il faisait suite à un autre publié le 30 décembre, relatant quelques témoignages d'intoxications là encore imputés aux coquillages. Ce premier article précisait aussi que "la direction de la communication de l'hôpital de Sète constatait bien «une recrudescence des intoxications alimentaires ou gastro-entérites», mais «rien d'exceptionnel compte tenu de la période»", ce que celui publié le 3 janvier ne fait pas. D'après nos informations recueillies auprès de la rédaction, celle-ci a reçu de nombreuses interpellations de lecteurs et lectrices victimes d'intoxication alimentaire. Ces deux articles venaient en contrepoint d'un autre mettant en avant les soutiens apportés aux ostréiculteurs. 

Le tout fut encadré par d'autres textes liés directement aux interdits préfectoraux, aux titres là aussi plutôt anxiogènes : "En raison de la présence de norovirus, des huîtres et des moules de l'étang de Thau, sorties de l'eau après le 19 décembre, sont interdites à la vente durant 28 jours", relayait ainsi le quotidien... le 30 décembre. De quoi comprendre les nombreuses intoxications attribuées par les consommateurs locaux aux coquillages éventuellement mangés à Noël. Un regret des ostréiculteurs semble cependant mériter que l'on s'y attarde : les causes de cette contamination ostréicole. Dès son article du 30 décembre, Midi Libre écrit que "la présence de ces norovirus dans l'étang a une origine toute trouvée : ce sont les fortes pluies de la semaine dernière qui en lavant les sols ont amené ces micro-organismes dans la lagune de Thau"

Le quotidien régional citait alors un ostréiculteur qui, lui, remontait à la cause véritable : "Sète a beaucoup d'évacuations en réseau unitaire et quand il pleut beaucoup, l'apport des eaux pluviales dans le réseau d'eaux usées fait tout déborder et cela finit dans l'étang." Avant de poursuivre : "Nous, ce que l'on demande désormais, c'est que ce soit les pollueurs qui soient les payeurs. Cet épisode met à mal toute la filière et frappe aussi les consommateurs. On veut que les travaux de modernisation de l'assainissement aillent plus vite. Que l'Agglo qui a en charge ces travaux aille plus vite." Une question de politiques publiques en effet cruciale, qui touche d'ailleurs l'ensemble des zones de culture d'huîtres dans le pays, traitée par les rédactions... mais toujours moins que les alertes en cas d'interdiction de consommation.

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