Non, Soral et Chouard ne sont pas des "équivalents" de BHL !

La rédaction - - 255 commentaires

Par Arnaud Romain, @sinaute

Télécharger la video

Télécharger la version audio

Quelle importance doit-on accorder aux Soral, Chouard et Bricmont ? Pour IT, un @sinaute, ce serait des équivalents, mais version web, des "baudruches médiatiques" que sont BHL, Finkielkraut ou Fourest. Ce n'est pas l'avis d'un autre @sinaute, Arnaud Romain, dont nous publions la contribution.

Bonjour IT.

Je reprends une phrase liminaire de votre contribution : "Autant je suis scié par l'omniprésence des baudruches médiatiques à la BHL, Fourest, Ferry, Finkielkraut, Zemmour, etc, autant je m'afflige du poids de leurs équivalents dans la contre-culture internaute : les Soral, les Bricmont, les Chouard, et tous ces machins. Je pense qu'il faut avoir sévèrement la tête dans le clavier pour les gratifier d'un telle importance."

Je me permets d'intervenir parce que je vois tellement d'impensés et de fausses équivalences qui fondent l'intégralité de votre article, que je souhaiterais attirer votre attention sur deux ou trois bricoles.

Ma première réfléxion, c'est le mot "équivalents"... "leurs équivalent dans la contre-culture internaute"... Et là, je dis non. Certainement pas. On ne peut pas faire l'impasse sur la différence entre PUBLICITE et ADHESION. J'entends "publicité" dans le sens de : ce qui est rendu public.

BHL est certes omniprésent, partout, tout le temps, sur tous les sujets... MAIS, sa présence est décidée par une poignée d'amis de son réseau qui ont le pouvoir de rendre effective cette présence. Le public qui le voit partout n'en peut mais. Il ne l'a pas choisi. BHL bénéficie d'une grande "publicité" en ce sens qu'il est très présent dans l'espace public.


Maintenant, les millions de vues cumulées sur des tas de sites, les centaines de milliers de places de spectacle vendues ces dix dernières années, les centaines de milliers de DVD vendus des spectacle de... Dieudonné, et ce malgré un manque de "publicité" appellent un autre terme dans la description du phénomène... et c'est ADHESION. (L'ironie du sort étant que tout ceux qui ont voulu justement lui couper toute "publicité", rendre invisible sa présence dans l'espace public en terme artistique lui en ont fourni une dans tout le champs médiatique, mais alors ! Somptueuse ! C'est franchement à se taper sur les cuisses)

Donc, le terme "équivalents", je dis non.

Et je vais plus loin... pour ça, autant prendre la quintessence, la synthèse la plus chimiquement pure de la dichotomie et poursuivre la métaphore filée. Retour à BHL. Depuis un quart de siècle, son omniprésence médiatique, politique, et même artistique est sans doute sans équivalent. Ce qui lui vaut (comme vous semblez également tendre à penser en notant "équivalents") le titre glorieux de "leader" d'opinion. Alors voyons ce qu'en pense l'opinion.

BHL : de la publicité partout, mais pas d'adhésion de l'opinion



Afin d'éviter les répétitions, un mot : sur un plan général, cette large "publicité" fait que chacune des productions intellectuelles ou artistiques de Bernard Henri Lévy est accompagné d'un plan média pléthorique... un tapis de bombes médiatique. Quand BHL sort un livre, un film, une pièce, personne, du lecteur de Ouest France au fin fond du Finistère à l'adepte de France Culture après 23 heures ne peut l'ignorer. Encore moins les lecteurs de Ouest-France adeptes de France Culture ! C'en est impressionnant... Alors regardons l'effet de cet impact public, médiatique, promotionnel sur l'intérêt du public... en ajoutant que le regard critique dans les dispositifs promotionnels, c'est comme un grain de caviar dans un Big Mac... c'est pas au menu.

Cinéma : Deux films notables :

- "Le jour et la nuit", 1997 ! Budget énorme (3.5 millions amenés rien que par l'avance sur recette dirigée en 97 par... BHL lui-même, c'est accessoire), retour de Delon, l'immense Loren Bacall à l'affiche, scénario de deux cerveaux féconds : BHL et Jean-Paul Enthoven, une promo du Diable.... résultats : 73 000 entrée France ! Si certains voient mal à quoi ça correspond, un petit premier film fait sans budget, sans acteur connu, à l'arrache et distribué dans 40 salles en France ferait un four avec un score pareil... Il n'y a donc pas de qualificatif pour décrire ce que ça représente pour le film de BHL. C'est au delà (ou en deçà) des mots.

- "Le Serment de Tobrouk", plus récent, je développe pas. "Sa" guerre libyenne. La Libye. Qui a monopolisé tous les médias pendant des mois. Qui a fait tomber et exécuter en direct le plus honni, le Diable en personne... Voilà qu'arrive le film de l'homme qui a rendu ça possible... première semaine d'exploitation : 1475 entrées France. Le nombre global, je l'ai pas trouvé, mais il doit approcher les 2000 quoi... avec 1475 en première semaine, on peut pas tomber très loin...

Ses derniers livres (en première édition) :
- Pièces d'identité : 3721 exemplaires vendus.
- De la guerre en philosophie : 5282
- La guerre sans l'aimer : chiffre 3 mois après la sortie : 10 000

Pas de commentaire.

Moment théâtre :
- "Hotel Europe". Peu de commentaires ici aussi : par mon boulot, j'ai accès aux recettes déclarées par les théâtres quotidiennement à la SACD. Alors bon, je peux juste dire que, même si la salle semblait bien pleine durant les premières semaines, le flot d'invitations n'y était pas pour rien... mais les recettes...! Il faut toujours comparer ce qui est comparable, et comparer les recettes d'un spectacle de troupe à l'Essaïon ou au Guichet Montparnasse (60 places) et de "Roméo et Juliette" au Palais des sports ne permet pas d'établir un "classement du succès"... mais compte tenu de l'auteur, de l'acteur, de la taille et de la notoriété du théâtre, et de l'écrasante promotion, je peux juste dire qu'on avait rarement vu des chiffres pareils : un échec pareil, c'est au-delà de l'explicable... une déroute totale.

... et c'est ma conclusion sur ce point : tout artiste bénéficiant d'une grande notoriété (comparable à celle de BHL), lorsqu'il présente son travail au public, et même lorsque ce travail ne satisfait pas, déçoit, est "en-dessous" des attentes ou de sa qualité habituelle, ce qui va enrayer le "bouche à oreille"... même dans ce cas-là, il glane tout de même les curieux de la première heure... au moins les "sympathisants" et de toute façon, les "fans", les inconditionnels ! On comprend que, même si Arditi, au théâtre, propose une pièce catastrophique dans laquelle il fait une prestation minable, il se trouve tout de même quelques milliers d'aficionados qui viendront dans les premiers jours, les premières semaines... avant que la nouvelle se répande et que peu à peu la salle se vide ! MAIS dans le cas de BHL, qu'il livre un essai, une pièce, un film... en dehors du cercle de ses larges relations... personne. Personne ! Ces chiffres de vente reflétant l'intérêt intellectuel ou artistique qu'il suscite sont très étonnamment et au sens premier du terme "monstrueux"... anormaux... comparables avec rien d'existant... hors norme. Quand il pérore à la télé, personne n'écoute... la France entière attend que ça passe ! On en a tellement l'habitude qu'on le relève à peine... et ça passe. Il passe de plateau en plateau et ça n'intéresse personne hors les médias et St-Germain des prés !

Bref, BHL est beaucoup de choses... (des choses que j'ai en tête, des qualificatifs qui me viennent, mais que je tairai ici parce que ça détournerait le but de ma petite contribution vers d'autres sphères pas vraiment opérantes en l'occurrence), mais si on se réfère à "l'Opinion", on ne saurait le qualifier de leader... c'est un "looser", dans le fin fond des classements de ceux dont la pensée semble avoir prise sur ceux à qui elle est adressée. Mais si on accole cette conclusion difficilement réfutable au constat que cet homme (qui n'est rien) a le pouvoir de déclencher des guerres, d'être à l'origine d'orientations fondamentales de la politique extérieure de la France (Juppé s'en souvient encore dans l'affaire libyenne je pense, pour ne pas parler de l'Ukraine), alors là, on pointe le vrai soucis. Et il va bien au delà du chiffon rouge Dieudonné ou Soral agité devant nos yeux, semblant désigner où serait le danger... Quelle blague.

Soral, Bricmont, Chouard : pas des équivalents de BHL



Et on en revient à Bricmont dans son entretien à Maja : oui, le danger, l'impérieux danger, c'est bel et bien un BHL, un Kouchner, capables de déclencher ou de légitimer des guerres illégales au nom des droits de l'homme ou du droit d’ingérence humanitaire (qui en terme de droit international est un DELIT et pas un DROIT), quitte à sacrifier sur cet autel démentiel des millions d'humains, des mômes, des femmes, des vieux, des innocents, des pans entiers de population... Ex-Yougoslavie, Kosovo, Lybie, Palestine, etc... Et le danger serait Dieudonné ? "Équivalents" vous dîtes ?

Tout ça me rappelle une tartufferie à la mécanique comparable : "Je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance."...

Ca me rappelle quelqu'un, qui ne représente rien, que personne n'a choisi ou désigné pour l'investir du moindre rôle, d'une quelconque mission... et qui pourtant dans une certaine mesure, gouverne. Et il ne s'appelle pas Dieudonné ou Bricmont ou Soral... "Equivalents" ?
On fait pareil avec Fourest ? Qui la lit ?
Barbier : il est partout, mais sans les millions d'argent public déversés année après année sur son journal pour combler le manque criant d'intérêt du public pour ses écrivailleries, qui serait-il ? Qui le lit ?
On continue la liste ? Leader d'opinions ?

A partir de là, je décroche de tout votre texte, pardon.

Lire sur arretsurimages.net.