Karachi : révélation de courriers à Chirac et Sarkozy
La rédaction - - 0 commentairesDe nouveaux documents sont publiés à propos de Heine, société offshore créée en 1994 avec l'accord de Nicolas Sarkozy pour faire circuler des commissions sur des contrats d'armements français. Cette société attire les projecteurs dans l'enquête sur l'attentat de Karachi.
Après plusieurs révélations de Mediapart (dont nous vous parlions notamment ici), c'est Le Parisien qui met à jour des courriers troublants émanant de Heine.
L'un des courriers révélés par le Parisien, écrit le 29 novembre 2006 à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, laisse supposer une relation entre celui-ci et Heine. "Votre lettre du 28 septembre dernier nous est bien parvenue. Mais à ce jour elle n'a pas été suivie d'effets", lui écrivent ses administrateurs pour qui "il y a une grande urgence à agir". Pour l'AFP, qui cite "plusieurs protagonistes de l'affaire", les dirigeants de Heine se seraient livré à un chantage auprès de la DCN et de ses autorités de tutelle, en vue d'obtenir une somme de 8 millions d'euros qui, selon eux, leur était due.
Dans une lettre à Jacques Chirac datée du 26 avril 2006, l'un des administrateurs, Yves Schmidt, rappelle que "de très gros montants ont circulé entre DCN et Heine SA" : "J'attire votre attention sur la personnalité des destinataires, des sommes versées", écrit-il, énigmatique. Une manière de menacer discrètement de révéler que des rétrocommissions ont été versées ? Peut-être.
Lors de la création de cette société, le système des commissions, notamment versées par la DCN au Pakistan pour emporter un contrat de construction de sous-marins, était légal (jusqu'en 2000). Mais on soupçonne également Heine d'avoir servi à faire transiter des rétrocommissions, illégales, qui auraient pu servir à financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur de 1995, dont Sarkozy était le porte-parole.Rappelons tout de même que c'est Jacques Chirac qui, une fois arrivé au pouvoir en 1995, a demandé l'arrêt du versement des commissions. Selon certains, il agissait justement pour empêcher les réseaux de son rival Balladur de toucher de l'argent. Pourquoi alors menacer Jacques Chirac ?
Marc Trévidic, le juge d'instruction qui enquête sur cette affaire, se demande si ce n'est pas cette interruption qui a déclenché l'attentat sur le chantier des sous-marins pakistanais, qui a fait 14 morts, dont 11 Français, en 2002.
