Concert interrompu de Barbara Butch : les angles morts du récit médiatique (2/3)
Élodie Safaris - - Médias traditionnels - 193 commentairesC'est un emballement médiatique qui cristallise quelques uns des sujets les plus inflammables : Gaza, Israël, LFI, l'antisémitisme et la liberté d'expression. Dès lors, pas si étonnant que le concert de la DJ Barbara Butch qui s'est déroulé à Grenoble samedi 18 juillet et sa perturbation par une foule de militants et citoyens engagés contre sa venue, aient largement occupé le champ médiatique toute la semaine suivante. ASI s'est penché en détail sur le traitement médiatique de cette "affaire", et s'est entretenu avec plus d'une vingtaine de personnes qui étaient présentes ce soir-là. Parmi eux, des militants, des journalistes, ou des spectateurs. Dans une première partie nous analyserons l'emballement médiatique hors norme autour de cette soirée. Puis dans une seconde, les biais et angles morts de ce récit médiatique. Avant de donner la parole, dans une troisième et dernière partie à des militants et citoyens qui ont pris part à la manifestation.
Presque deux semaines après le set interrompu au Cabaret Frappé à Grenoble, l'emballement autour de "l'affaire Barbara Butch"
ne semble pas terminé. Libé,
qui a publié la semaine passée quatorze contenus sur le sujet, a même remis une pièce dans la polémique avec une tribune signée Eric Piolle s'adressant à Jean-Luc Mélenchon et le sommant de "
reconnaître une erreur"
.
Approximations
Dans cette tribune, l'ancien maire de Grenoble reprend à son compte une série d'approximations et d'erreurs qui ont émaillé le récit médiatique.
Piolle écrit que "la réalité"
a été "transformée"
pour "créer l'adversaire (communication ambiguë sur une pseudo-participation de Barbara Butch à la Pride de Tel Aviv)"
. Dans la tribune de Libé
signée par "plus de 300 artistes et universitaires"
évoquée dans notre premier volet, il est également écrit "les faits qui lui sont reprochés : avoir joué à la Pride de Tel-Aviv en 2025" puis "la DJ n'a en réalité pas joué à la Pride, qui n'a d'ailleurs pas eu lieu, mais dans une soirée privée à l'ambassade de France en Israël". Idem dans le billet du club de Mediapart relayé par Edwy Plenel ("La neuvième faute est que LFI Grenoble et Allan Brunon ont menti sur la participation de Barbara Butch à la pride de Tel Aviv en 2025 : cette pride n'a jamais eu lieu").
Contrairement à ce qui est énoncé et présenté comme un mensonge, LFI Grenoble n'a pas sciemment diffusé cette information. Il est vrai qu'en mai, dans leur premier communiqué (toujours en ligne sur Instagram), la section locale affirmait que "Barbara Butch animait la pride de Tel Aviv en tant que DJ, en plein génocide". Une erreur rectifiée dans les communications qui ont suivi comme ici dans une vidéo publiée dès le 28 mai.
"On a fait l'erreur d'envoyer le communiqué sans vérifier l'info de la pride à Tel Aviv en 2025" reconnaît d'ailleurs l'élu grenoblois Abdelnour Djebbouri auprès d'ASI : "Effectivement elle n'a pas été à la pride". "On paye aujourd'hui ce mauvais communiqué du début mais c'est du détail vu que c'était dans le cadre du mois des fiertés donc la même logique de pinkwashing en Israël", concède l'élu.
Autre récit fallacieux : Dans son article particulièrement offensif à l'égard "des Insoumis"
, l'Express
écrit "« Que faisiez-vous le 12 juin 2025 à Tel-Aviv ? », l'a molestée face caméra un Insoumis à la Nuit Blanche, dont elle fut la directrice artistique. Une édition perturbée par les intégristes de Civitas, qui contestaient la présence de Barbara Butch,
« élevée dans la religion juive
»". Au-delà de la confusion du paragraphe, le magazine affirme donc que l'Insoumis (il s'agit de l'élu LFI de Grenoble Abdelnour Djebbouri) a maltraité - physiquement (sens le plus courant du terme) ou "en paroles
" - l'artiste alors que la séquence a été filmée par les élus insoumis grenoblois et que rien n'indique, à la vue des images, qu'ils l'ont "molestée"
ni dans un sens ni dans un autre. Abdelnour Djebbouri lui a seulement posé une question, celle citée par l'Express, alors que sa collègue Kenza Doukhi filmait. C'est, à l'inverse, le "staff"
de Butch qui a violemment repoussé les insoumis, au point de faire tomber leurs téléphones, selon les deux élus. Si une définition plus ancienne du mot indique "importuner,
tourmenter (quelqu'un) par des exigences, des tracasseries, des critiques"
, l'on peine à comprendre cette curieuse formulation choisie qui peut, a minima
, induire le lecteur en erreur. Contacté par ASI, L'Express n'a pas répondu à nos sollicitations.
Erreurs et omissions
Libé
est le seul des quatre médias ayant interviewé Barbara Butch depuis la soirée de Grenoble à lui avoir posé une question sur sa participation à la soirée organisée dans la résidence de l'ambassadeur de France à Tel Aviv le 12 juin 2025. Libé
ne lui a, en revanche, pas demandé pourquoi elle avait affirmé - dans un message publié sur le site du club où elle devait mixer - être retenue à Paris pour un "imprévu personnel", afin de justifier l'annulation de sa participation à une soirée de la Pride de Nantes prévue le samedi 14 juin 2025. Pour les élus insoumis, elle était forcément retenue à Tel Aviv où elle avait mixé le 12 au soir chez son ami l'ambassadeur, comme ASI a pu se le faire confirmer par une personne qui participait à cette soirée. Pourquoi n'aurait-elle pas pu se rendre à Paris entre le 13 et le 14 ? Les Insoumis rappellent que l'attaque de missiles israéliens sur l'Iran le 13 juin avait provoqué la fermeture de l'aéroport Ben Gourion de Tel Aviv.
Pris indépendamment les uns des autres, ces éléments peuvent sembler anecdotiques. Mais la façon dont ils sont racontés, occultés ou déformés, participe à construire un récit médiatique fallacieux qui diabolise les élus LFI et les dépeint comme des personnes violentes ou comme des politiques malhonnêtes qui diffusent sciemment des fake-news
.
Focale sur LFI et Invisibilisation des autres organisations
Une tribune publiée sur le site Regards
le 24 juillet ("Pour une pratique queer-féministe-antiraciste de l'adversité politique"
) entend alerter "sur les logiques antisémites, misogynes et punitives qui peuvent traverser la gauche"
et plaide "pour une éthique queer, féministe et antiraciste de la lutte politique"
. Le texte indique "Brunon est là, au concert de Barbara Butch, accompagné d'une foule et de nombreux hommes cisgenres — tous semblant se réjouir de l'humiliation d'une lesbienne juive et grosse sur scène".
Une affirmation fausse qui ne correspond ni aux témoignages qu'ASI à pu récolter, ni aux dizaines de vidéos de la soirée que nous avons pu visionner. Surtout, ce narratif occulte complètement le fait que des dizaines d'organisations (féministes et queer comprises) avaient appelé aux actions contre la venue de Barbara Butch.
Pendant plus d'une semaine, l'écrasante majorité des médias français qui ont traité de "l'affaire" l'ont fait en s'appuyant majoritairement sur les déclarations de Barbara Butch, de la mairie et des services de police. Le contradictoire n'a été donné qu'à LFI qui cristallise tous les maux et toutes les responsabilités. Alors que non seulement les dirigeants et figures du mouvement n'avaient pas du tout relayé ces appels au boycott, mais ces actions sont bien le fruit d'un travail collectif de plusieurs dizaines d'organisations différentes.
Dès début juin, 25 organisations avaient signé un communiqué unitaire "contre la venue de la sioniste Barbara Butch au Cabaret Frappé"
parmi lesquels des collectifs de juif.ves décoloniaux comme Tsedek ou Kessem, des organisations queer comme l'Organisation de Solidarité Trans (OST), les inverti.e.s, Queers for Palestine, L'Union communiste libertaire (UCL), l'Organisation Autonome Isère (OIA) ou encore des associations féministes comme Nous Toutes.
"Même avant l'affaire Barbara Butch, la médiatisation était déjà centrée sur LFI parce qu'il y a un agenda politique"
, estime auprès d'ASI Alice Vaude, la porte-parole d'une autre organisation signataire de ce communiqué, l'Organisation de Solidarité Trans (OST). Pourtant, à part Mediapart, aucun média n'a contacté l'OST, nous assure Alice. La section nationale de Nous Toutes, qui est également signataire de cet appel, nous a également affirmé n'avoir pas non plus "
reçu de demandes médias sur cet appel, ni avant, ni depuis le concert".
Le jour J, les élus et militants LFI étaient pourtant largement minoritaires par rapport au reste des manifestants. Auprès d'ASI,
Abdelnour Djebbouri évoque la présence de cinq élus LFI de Grenoble accompagnés d'une dizaine de militants LFI "non masqués et pacifiques"
."Leurs militant·es étaient là, abonde la militante Kapik Namias-Muntlak, mais c'est clairement pas elleux qui ont mené l'action plus que d'autres".
"C'est important de replacer cette mobilisation dans son contexte"
Autre constante du récit médiatique : la décontextualisation de l'action du 18 juillet. Elle s'opère à deux niveaux : concernant le jour de la prestation de Barbara Butch, d'abord. Auprès d'ASI, Lucia d'Urgence Palestine Grenoble détaille : "le jour du concert, nous avons publié
un texte
intitulé « Le "vivre ensemble" et les bons sentiments face à la Palestine — lettre ouverte à la gauche morale grenobloise », qui réagit au communiqué de l'association assurant la programmation du festival publié la veille du concert"
.
La militante propalestinienne évoque ensuite un "tractage pour sensibiliser le public aux enjeux politiques de cette programmation"
. Si elle a pu observer "quelques réactions hostiles"
, elle estime que les gens étaient "globalement réceptifs"
. Même son de cloche du côté des autres militant·es d'organisations qui ont tracté ce jour-là. "J'ai vu pas mal de gens qui prenaient le tract mais avaient déjà l'air de savoir"
, poursuit Lucia. Ce qui selon elle n'est "pas étonnant parce que la discussion était en route depuis des mois dans beaucoup de cercles sensibilisés à la Palestine et aux questions de pinkwashing, de fémo- et homonationalisme, de féminisme aussi globalement"
.
Hasard du calendrier : une autre action en soutien à la Palestine était organisée le même jour par EuroPalestine dans le cadre de leur "
Palestine Tour
"
, avec le soutien du collectif Palestine en Isère. Au menu "une action d'information sur les produits et les marques à boycotter"
, une reconstitution de checkpoint "pour donner une petite idée de la vie des Palestiniens en Cisjordanie occupée"
et une chorale, le tout avec un stand et des prises de parole. L'occasion de revenir aussi sur l'action prévue le soir même au Cabaret Frappé. Des évènements qui se sont déroulés dans le calme selon plusieurs témoins (dont deux journalistes) et qui expliquent en partie pourquoi tant de spectateur·ices étaient déjà sensibilisé·es à l'action prévue - et donc si volontaires, aussi.
"C'est important de replacer cette mobilisation dans son contexte, c'était loin d'être le seul truc fait à Grenoble cette année
, commente également Salomé, une militante de l'AG Féministe. Il y a
des manifs de soutien à la Palestine très régulièrement"
. L'activité militante propalestinienne à Grenoble est "très vivante"
confirme Lucia d'Urgence Palestine : "il existe pas mal de groupes actifs, les militant·es sont issu·es de milieux et de générations divers·es"
. "Riche et assez constante depuis plusieurs années, la mobilisation s'est intensifiée avec cette phase génocidaire"
poursuit la militante. "Avec d'autres collectifs anticolonialistes et antiracistes locaux, Urgence Palestine Grenoble organise régulièrement des manifestations, des rassemblements, des activités culturelles et sportives, des actions de sensibilisation auprès des salariés des industries et des étudiants des institutions académiques impliquées dans des collaborations avec Israël, ou encore de simples moments conviviaux… Bref, on s'efforce de créer une dynamique de vie grenobloise au rythme de la Palestine"
.
Un contexte militant complètement absent des médias nationaux qui ont traité "l'affaire", alors qu'il permet de mieux comprendre comment ce boycott et cette manifestation ont pu fédérer autant de gens, par-delà les militants les plus impliqués.
Des discours et débats militants absents des médias
Alors que la semaine suivant la soirée au Cabaret Frappé a vu fleurir les tribunes et autres éditos unanimes pour condamner les manifestants de Grenoble, les sphères militantes de gauche s'activaient tout autant sur les réseaux sociaux (Instagram en tête).
À part les soutiens surmédiatisés à Barbara Butch de personnalités comme Sandrine Rousseau, et à part la thématique du boycott dans les milieux culturels qui a fait l'objet de quelques articles (comme dansLibéou Mediapart), les discours plus nuancés ou construits, portant sur l'action, le boycott, Barbara Butch ou plus largement le militantisme et ses conditions pratiques et matérielles, n'ont pas fait l'objet de reprises. Pourtant, ils ne manquaient pas.
Comme ici chez l'autrice Fiona Schmidt, ou là dans une "tribune Instagram" titrée "Non Barbara, nous ne sommes pas antisémites"
; ou encore sous ce post du compte "vilain syndicaliste"
qui dit avoir "changé d'avis concernant Barbara Butch"
après "discussion avec des camarades"
et estime que "si on devait mener la bataille numérique, tournant au harcèlement, contre chaque personne qui soutient le projet sioniste on ne va pas s'en sortir"
et qui pense que "c'est contreproductif"
; mais aussi sur le compte de la chercheuse indépendante Marie Peltier qui dénonce les "ravages de la dépolitisation des harcèlements"
et estime que "choisir pour cible une femme queer, grosse et juive n'est jamais anodin même si on ne l'attaque pas pour ça"
car "cela vient brasser toutes les haines envers les minorités"
et qui affirme que "ne pas le voir, c'est le signe d'un aveuglement politique"
; ou bien encore celui de l'autrice féministe Bettina Zourli qui propose des "ressources pour penser la violence"
et "pense qu'un jet de cailloux sur une artiste pro-sioniste par un groupe militant n'est pas une action éthique (ces actions n'ont cependant pas été vérifiées), alors que scander un slogan pour l'obliger a quitter la scène et ainsi interrompre son concert l'est" ;
mais aussi comme ce billet du collectif juif antisioniste, antiraciste et décolonial Tsedek, qui propose une approche critique de ce qu'il appelle "le concernisme".
De même que le communiqué unitaire d'une quarantaine d'organisations pro-palestiniennes, trans, féministes, syndicales, anti-impérialistes, antifascistes, handi et politiques (parmi lesquelles certaines qui étaient à l'initiatives actions du 18 juillet) qui exprime un "soutien total aux militants pour la Palestine"
n'a été repris nulle part. Pas plus que celui de l'Union Communiste Libertaire Grenoble (UCL) ou encore celui d'Urgence Palestine ("
mixer à Tel Aviv ou à Grenoble, il faut choisir"
).
"Imaginez une seconde : si l'énergie médiatique mise au service de la condamnation des actions militantes avait été mise dans des sanctions contre Israël ?" peut-on lire sur ce communiqué d'Urgence Palestine.
"Nous dénonçons l'hypocrisie du battage médiatique"
Ces communiqués publiés en plein emballement médiatique pointent tous ce traitement. "Nous dénonçons l'hypocrisie du battage médiatique : défendre Barbara
Butch sous prétexte qu'elle est lesbienne, juive et grosse n'est qu'une forme d'essentialisation de son identité qui la déresponsabilise voire l'infantilise"
pointe le communiqué de l'UCL qui estime également que "
ce cadrage invisibilise la continuité et la cohérence de son soutien à un régime colonial et génocidaire".
Dans un communiqué publié une semaine après le set interrompu de Barbara Butch (et repris dans Place Gre'net), le collectif Palestine en Isère, l'union syndicale Solidaires Isère, l'UJFP ou encore l'AG Féministe 38 et d'autres, dénoncent également un"déferlement de mensonges médiatiques".
"Nous ne sommes pas dupes de la couverture médiatique apportée à cet évènement, inversant la charge de la violence". Auprès d'ASI, le collectif Palestine Isère estime que "dans cette affaire, il y a un parti pris d'office : le ressenti de BB est devenu LA
réalité. Il y a eu une propagation des informations émanant de la part de BB, sans preuve".
"On a affaire à une rumeur médiatique déferlante"
dénonce le collectif pour qui "c
ette brutalité médiatique globale utilisée fait appel à une charge émotionnelle réservée
autrefois à la presse à scandale".
"Recherche témoignages sur le DJ set interrompu de Barbara Butch"
Partageant ces constats, Juliette, créatrice de contenus militants sur le compte @macho.boulot.dodo (135 mille abonnés) et Habibitch, artiste activiste queer décoloniale (78 mille abonnés), ont lancé des appels à témoins dès le milieu de semaine sur leurs comptes Instagram. "Recherche témoignages sur le DJ set interrompu de Barbara Butch, si vous étiez présent·e ou que vous pouvez nous aider à contacter d'autres témoins"
lançait Juliette dans une story indiquant "nous avons déjà des témoignages qui contredisent le récit officiel".
"Quand j'ai vu ce qu'il s'était passé, je me suis dit « la pauvre », c'est jamais agréable de subir un boycott et si elle s'est pris des bouteilles et du gravier, ça dépasse la limite d'une action politique pacifique",
explique Habibitch auprès d'ASI avant d'ajouter qu'elle se "serait désolidarisée de cette action s'il y avait eu ce genre de violences"
. "Sauf que j'ai commencé à recevoir ces messages qui me disaient « on y était c'est pas ce qu'il s'est passé », une quinzaine de messages qui se disaient scandalisées, alors je me suis dit que j'avais de bons relais sur cette plateforme et que ce serait intéressant d'avoir davantage de témoignages".
"J'ai eu l'idée de lancer cet appel à témoignage car je suis tombée par hasard sur un long commentaire d'une personne qui expliquait que sa version des faits était complètement différente et qu'elle et ses camarades étaient très choqués de voir le récit médiatique"
nous raconte de son côté Juliette, du compte Macho Boulot Dodo
. "J'en ai recueilli plus d'une vingtaine en 24 heures, des retours de personnes diverses et c'était le même son de cloche à chaque fois : un ressenti très différent du récit ultra-violent vu dans les médias"
. La militante déplore "un énorme emballement médiatique avant même qu'il y ait une enquête sur les faits"
et "une volonté évidente de sauter sur l'occasion pour essayer de criminaliser le mouvement pour la Palestine et nuire à LFI - constante dans les médias mainstream, un peu comme pendant l'affaire Quentin Deranque"
..
Lorsqu'on leur demande si elles n'ont pas peur que la mise en doute de l'existence de jets de projectile - en particulier concernant les bouteilles en verre -, participent à faire monter les discours complotistes, elles n'ont pas la même réponse. "Non, j'ai pas spécialement peur,
nous répond Juliette, le discours officiel a souvent besoin d'être remis en question, dans les medias mainstream on voit une orientation politique, des erreurs et des fakes-news très régulièrement"
. "Si, moi ça me fait peur pour l'agenda antisémite, queerphobe et lesbophobe, c'est le risque de ce genre d'emballements médiatiques, bien sûr que ça réveille l'antisémitisme qui est recrudescent par ailleurs",
regrette de son côté Habibitch.
Si cette remise en cause de l'existence des violences et de projectiles visant Barbara Butch le soir du 18 juillet est évidemment une conséquence de la défiance généralisée à l'égard des médias, elle est également le fruit de la surmédiatisation de cette soirée et de la diffusion par le Parisien d'un montage vidéo dans lequel on voit tourner en boucle la même scène (sombre et floue) d'une bouteille qui vole et atterrit sur la scène du set de Butch. Autre conséquence délétère : cette fixation de l'attention médiatique sur la personne de Barbara Butch (déjà harcelée depuis des années) et cette surenchère médiatique ont aussi pour conséquence la production de contenus moqueurs, mèmes et autres détournements qui peuvent largement être assimilés à du harcèlement.
Dans une troisième partie, publiée lundi 3 août, nous donnerons la parole à des militants et citoyens qui ont pris part à la manifestation de Grenoble.
Contactées, Barbara Butch et son agente n'ont pas répondu à nos sollicitations.
Photo d'illustration de l'article prise par "Fabien", qui a participé à l'action, et nous a autorisé à reproduire sa photo.