Concert interrompu de Barbara Butch : un emballement médiatique hors norme (1/3)
Élodie Safaris - - Médias traditionnels - 202 commentairesC'est un emballement médiatique qui cristallise quelques uns des sujets les plus inflammables : Gaza, Israël, LFI, l'antisémitisme et la liberté d'expression. Dès lors, pas si étonnant que le concert de la DJ Barbara Butch qui s'est déroulé à Grenoble samedi 18 juillet et sa perturbation par une foule de militants et citoyens engagés contre sa venue, aient largement occupé le champ médiatique toute la semaine suivante. ASI s'est penché en détail sur le traitement médiatique de cette "affaire", et s'est entretenu avec plus d'une vingtaine de personnes qui étaient présentes ce soir-là. Parmi eux, des militants, des journalistes, ou des spectateurs. Dans une première partie nous analyserons l'emballement médiatique hors norme autour de cette soirée. Puis dans une seconde, les biais et angles morts de ce récit médiatique. Avant de donner la parole, dans une troisième et dernière partie à des militants et citoyens qui ont pris part à la manifestation.
Peu de journalistes étaient présents ce 18 juillet pour couvrir le concert de Barbara Butch, invitée par la ville de Grenoble dans le cadre du festival du Cabaret Frappé, une institution locale. Un "set"
interrompu au bout de vingt minutes alors qu'une bonne centaine de militants étaient venus manifester contre la présence de la DJ accusée d'être une "sioniste"
et un "soutien d'israël"
après avoir signé une pétition en faveur de la loi Yadan, et être allée mixer dans une soirée privée à Tel Aviv, en plein génocide, en juin 2025.
Dans son compte-rendu, publié le lendemain, alors que la polémique n'existe pas encore, le journaliste du Dauphiné écrit : "Lorsque Barbara Butch est entrée sur scène, des chants et slogans antifascistes, et en faveur de la Palestine, ont été proclamés. Des bouteilles étaient jetées sur la scène, l'artiste devant quitter celle-ci". Il évoque aussi les prises de parole en faveur de la Palestine des deux artistes se produisant avant Barbara Butch, Ditter et Piche.
ICI Isère diffuse un sujet radio d'un peu moins de deux minutes et décrit "des drapeaux palestiniens, des pancartes, slogans et sifflets" mais pas de projectiles et raconte qu’après "vingt minutes, la musique se coupe, le concert est interrompu".
De son côté, le média local Place Gre'net propose un reportage vidéo où l'on peut voir le court discours qu'Alexis Monge, adjoint à la vie culturelle et aux arts à la mairie de Grenoble, a tenu après que Barbara Butch est sortie de scène. Il y défend, sous les huées, la décision de maintenir la prestation de la DJ pour des "raisons de liberté de programmation, liberté de création" avant de "regretter
" qu'une "femme queer LGBT ait reçu des projectiles à la figure alors qu'elle faisait son travail d'artiste
".
Enfin, un reportage de Libération évoque des "doigts d'honneur
" et mentionne sans autre précision que "des projectiles sont jetés
".
Accusations d’antisémitisme
C'est finalement une vidéo d'ICI Isère, vue plus d'un 1,7 million de fois,qui met le feu aux poudres. Une grande partie du personnel politique s'en empare immédiatement, et sans retenue : de Yaël Braun-Pivet ("Révoltée que Barbara Butch soit une nouvelle fois victime d'attaques antisémites sous couvert de militantisme
") à Eric Ciotti ("L'extrême-gauche est un véritable danger pour la liberté dans notre pays !
") en passant par l'aile droite du PS comme Pernelle Richardot ("
on
cible une juive qui a osé parler"
), Karim Bouamrane - qui ira jusqu'à faire poser une banderole sur la façade de sa mairie de Saint-Ouen en soutien à l'artiste -, ou Laurence Rossignol ("dans les livres d'Histoire on retiendra qu'en France en 2026, une organisation politique nommée LFI, s'est spécialisée dans la chasse aux artistes juifs"),
jusqu'à Sébastien Chenu du RN ("LFI porte en elle la violence, la haine, la bêtise et la censure
").
Ces commentaires donneront le ton d'un traitement médiatique hors normes qui durera plus d'une semaine. L'accusation d'antisémitisme s'appuie notamment sur une photo d'un tract distribué par les élus LFI-Grenoble et présenté par l'Opinion
comme une "info maison". On y voit Barbara Butch en train de mixer, recouverte de tâches de sang devant un drapeau LGBT+ avec une étoile de David.
Un tract qui "ne laisse à vrai dire guère de doute"
pour le Point
qui dénonce une "essentialisation de l'artiste en « sioniste » : parce que juive"
et qui "en dit toutefois plus long sur les griefs faits à l'artiste : ses origines et sa sexualité"
pour la Dépêche.
Dans un billet du Club Mediapart, relayé sur les réseaux par Edwy Plenel, co-fondateur du site, ce même tract est pointé comme une "faute"
. Celle "d'avoir produit un visuel qui assimile la personne de Barbara Butch ainsi que sa pratique artistique à une identité juive et à la cause LGBT (l'étoile juive est à la fois au-dessus de la tête de l'artiste et sur le drapeau LGBT) et au génocide des palestiniens (le sang macule le corps de Barbara, sa table de mixage et le drapeau)"
. Un "tract purement antisémite"
dénonce également Barbara Butch sur BFM. "On ne débat plus de ce qu'elle pense – ou ce qu'on lui prête ; on décrète ce qu'elle est : comptable et coupable d'une guerre, comme si être juive obligeait à en répondre" déplore également la tribune que l'artiste signe avec son avocate Audrey Msellati, dans les colonnes du Monde, dès le mardi 20 juillet. Titrée : "L'antisionisme invoqué n'a été, à Grenoble, que le vêtement de l'antisémitisme
".
"C'est le drapeau que Tel Aviv a utilisé pendant la pride"
a répondu sur X l'élu insoumis grenoblois, Abdelnour Djebbouri. C'est lui que l'on voit régulièrement apparaître sur les réseaux sociaux de LFI Grenoble depuis le lancement en mai de leur campagne d'appel à déprogrammer et boycotter Barbara Butch. Contacté mi-juin par ASI, il répondait au sujet du visuel qu'il ne l'avait "pas choisi"
et que les tâches de sang servaient à "appuyer que ça se passe en plein génocide".
Interrogé sur ce qu'il répond aux accusations d'antisémitisme, Allan Brunon, conseiller municipal LFI de Grenoble, nous rétorque : "J
e réponds aux gens de se renseigner : c'est le drapeau utilisé par les personnes qui font la Pride à Tel-Aviv
".
L'élu LFI précise également à ASI que "les personnes qui ont réalisé ce visuel sont des personnes concernées", qu'il s'agissait de "symbolisme" et que cela fait partie de la "controverse politique". Pas même un peu outrancier d'apposer le visage de Barbara Butch aux côtés de celui de Benjamin Netanyahu, lui demande-t-on."Tant qu'il n'y a pas de discrimination, il n'y a pas d'outrance, nous réplique Brunon, l'outrance c'est la production du cabaret et le fait que la mairie de Grenoble baisse la tête sur le génocide en laissant la ville jumelée avec une ville israélienne, et qui cède aux pressions du Crif".
Interrogée sur le sujet par BFM, Mathilde Panot a, elle, reconnu "un mauvais tract", mais réfute qu'il puisse être antisémite. Dans la plupart des commentaires médiatiques (et c'est le cas de cet entretien sur BFM), le drapeau du visuel est décrit comme s'il était le fruit d'un montage cherchant à stigmatiser Barbara Butch pour son identité queer et juive alors qu'il s'agit, de fait, du drapeau LGBT juif (qui combine le drapeau arc-en-ciel de la fierté et l'identité juive) que l'on retrouve très fréquemment dans les prides à Tel Aviv.
Sabotage
La "violence"
: le terme revient souvent dans le récit médiatique de la soirée. La militante Hanna Assouline (des Guerrières de la paix) partage sur Instagram dès le dimanche, un message poignant reçu de son "amie, la courageuse et talentueuse DJ Barbara Butch" : "J'ai l'impression de m'être fait rouler dessus".
Dès le dimanche soir, Laurence Ruffin, maire de Grenoble, publie un communiqué et parle également de "violence
" et d'événements "d'une extrême gravité
". Elle y déclare : "une artiste a été prise pour cible en plein spectacle par des jets de bouteilles et divers projectiles dirigés vers la scène. Des actes de sabotage des installations électriques ont également été commis, mettant en danger le public, les équipes techniques et les artistes
".
Aux plus hauts sommets de l'État les condamnations unanimes évoquent également de l'antisémitisme comme le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez, ou encore Aurore Bergé, ministre de la lutte contre les discriminations qui multipliera les commentaires en ce sens sur RFI, RMC, ou encore TF1, ainsi que sur ses comptes Instagram et X.
"Nuit de cristal locale"
Dès lors, c'est un festival d'outrances et d'instrumentalisations politiques. Sophia Aram évoque "une milice antisémite menée par un homophobe"
(en référence à un incident mettant en cause Allan Bruno). Éric Naulleau affirme que "LFI lapide les lesbiennes juives à Grenoble
". Jean Quatremer qualifie l'action de "nuit de cristal locale
".
Les médias Bolloré relaient abondamment les déclarations du Crif comme celle de son vice-président qui estime que "Barbara Butch a été vilipendée en tant que artiste juive". "La révolution dévore toujours ses enfants" lance Eliot Deval à l'antenne de Cnews. Même son de cloche au Figaro qui en profite pour dérouler ses obsessions habituelles : "Gaëlle Atlan-Akerman : «Barbara Butch, victime d’une gauche progressiste qui finit toujours par dévorer ses enfants »"
; "Amir, Barbara Butch, Joann Sfar, Lahav Shani... Quand le militantisme propalestinien fait la chasse aux artistes juifs
" ; "Barbara Butch va-t-elle comprendre que c'est "son propre camp" qui nourrit l’antisémitisme ?
".
Pour Gabrielle Cluzel, rédactrice en chef du site d'extrême droite Boulevard Voltaire et habituée du plateau de CNews, cette histoire est le "
symbole de l'impossible convergence des luttes"
. De son côté, Rachel Khan dépeint une "guerre larvée"
et évoque "le bras armé de ces idéologues qui veulent l'éradication de l'ensemble des juifs du monde".
Charge anti-LFI
Partie prenante de cette manifestation, LFI est aussi pris pour cible par les éditorialistes dans la presse locale : La Dépêche fustige "l
a passion de LFI pour la guillotine
". La Charente libre évoque "un acte de censure avec de forts relents antisémites
".
La Voix du Nord estime, dans un article cette fois, que "l
'extrême droite et LFI unies dans la même haine imbécile de Barbara Butch
".
Marianne, de son côté, dresse le parallèle entre cet événement et les attaques sexistes, grossophobes, lesbophobes et antisémites de l'extrême droite que subit la DJ depuis sa prestation lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris en 2024 (et qui a donné lieu à la condamnation de quatre hommes en novembre dernier). "La gauche radicale et la droite réac semblent d’accord sur un point : Barbara Butch ne devrait pas exister
" indique le magazine. "Qui est Barbara Butch, la DJ attaquée à la fois par LFI et par l’extrême droite ?
" titre aussi Le Nouvel Obs.
Dans une tribune publiée dans Libé le mardi 21 juillet, écrite par Jonas Pardo, directeur de l'association Boussole antiraciste, et signée par plus de "300 artistes et universitaires
", le même parallèle est dressé : "Des camps politiques censés être opposés désignent une même personne comme cible. Non pour ses créations, ses prises de parole ou ses actes, mais parce qu'ils projettent sur elle des fantasmes liés à ce qu'elle est : une femme juive et lesbienne
".
Certains articles aussi sont particulièrement accusateurs et énervés comme celui de L'Express titré "la défaite morale des Insoumis"
, sous-titré "le parti de Jean-Luc Mélenchon montre une fois de plus son vrai visage. Inquiétant"
et dont l'attaque est "Né avant la honte."
La course aux preuves
Au même moment, des journalistes commencent à enquêter. Mediapart livre dès le mardi soir le "récit d'un boycott qui dégénère
" en s'appuyant sur un rapport de police qui stipule que "plusieurs projectiles (sept comptés par les agents), notamment des bouteilles d'eau et des bouteilles en verre, sont jetés en direction de la scène
" et indique la "présence également d'individus aux visages dissimulés par des masques chirurgicaux et des casquettes
". Le média indépendant cite également la plainte d'un agent de la ville qui a "constaté des jets de bouteilles en verre, de mottes de terre et de gobelets en plastique" et une vidéo (qu'il ne diffuse pas) dans laquelle on voit "un projectile
" qui "tombe
" près de la console de Barbara Butch. L'article se fonde alors principalement sur des sources policières et sur les éléments diffusés par la DJ.
Sur les réseaux, de plus en plus de comptes mettent en doute l'existence de projectiles. Une course aux images et aux preuves est alors lancée. Samedi 25 juillet, Le Parisienrévèle"des images exclusives"
qui "donnent un nouvel aperçu des
violences". La voix off qui accompagne les images affirme qu'"on y voit et on y entend plusieurs jets de bouteilles en verre visant directement l'artiste sur scène
". Le tout accompagné et entrecoupé d'une interview de l'artiste et de son avocate : "Les gens mettent beaucoup trop d'énergie à essayer de prouver que je mens. Là les gens pourront constater par eux-mêmes que ces images existent, que ces violences existent
".
Sur les réseaux, sous les publications du Parisien, c'est un déferlement de commentaires suspicieux mettant en doute l'existence de jets de bouteilles en verre et de moqueries relativisant la gravité de ces projectiles.
Traitement disproportionné
Après une analyse approfondie du traitement médiatique de ce concert interrompu, la disproportion de la place prise par cette histoire dans l'espace médiatique français (JT mis à part) est flagrante. Certains médias multiplient les contenus sur le sujet au point de susciter une forme d'exaspération en interne, à l'instar de Libération qui du dimanche 19 au dimanche 26 juillet a publié 14 contenus sur le site (sans compter un article sur les menaces de mort reçues par Allan Brunon).
Mercredi 22 juillet, Libé consacre sa une à l'affaire et propose un entretien avec l'artiste (disponible en vidéo). Le titre, semblable à celui de la tribune publiée dans Le Monde la veille : "L'antisémitisme a pris un autre visage".
Le Point, par la voix de de son directeur, Etienne Gernelle dénonce "les apprentis pogromistes"
dont les "vociférations, publiques, désinhibées, devraient nous alarmer"
. Le site du magazine propose cinq autres papiers parmi lesquels "« Radioactif » comme un artiste juif en France
" ou encore "Barbara Butch, visage d’une nouvelle chasse aux sorcières
".
Même Le Monde, habituellement peu enclin à se laisser emporter par les polémiques, publie huit contenus sur le sujet en une semaine dont un éditorial qui estime que "les organisateurs
" de l'action de Grenoble "réduisent Barbara Butch à une supposée solidarité avec le gouvernement israélien sur le seul fondement de sa confession religieuse
" (ce qui est factuellement faux).
Toute nouvelle information, ou déclaration, sur le sujet est matière à un nouveau papier : "Qui est Barbara Butch, dont le concert a été interrompu par des militants propalestiniens ?
" (La Croix) ; "La maire de Grenoble (DVG) Laurence Ruffin annonce que la ville va porter plainte contre X
" (franceinfo) ; "LFI de nouveau accusée d'antisémitisme après le concert interrompu de la DJ Barbara Butch
" (France 24) ; "Mathilde Panot (LFI) condamne "les insultes" mais réfute les accusations d'antisémitisme" (BFM) ; "LFI n'arrive pas à se dépêtrer des accusations après le concert interrompu de Barbara Butch
" (Le Huff) ; "La direction de LFI agacée par la polémique Barbara Butch
" (Libé) ; "Barbara Butch va porter plainte après l'interruption de son concert
" (Radio France).
"Violence inouïe"
Les différentes prises de parole de l'artiste tout au long de la semaine ont aussi permis d'alimenter le feuilleton.
Dans Libération, le mardi 21 juillet, l'artiste raconte avoir fait face à une "foule hyper en colère"
chez qui elle dit avoir vu de la "haine dans les yeux"
: "des personnes prenaient du gravier à même le sol et l'envoyaient sur mes platines, je me prenais des liquides, du vin, de la bière"
. Butch assure qu'il n'y avait "rien de pacifique"
et que c'était d'une "violence inouïe"
. Questionnée sur sa signature de la tribune du Point en faveur de la loi Yadan, Barbara Butch répond qu'elle n'avait pas lu le projet de loi et qu'elle avait signé la tribune "car tout ce qui était écrit sur la lutte contre l'antisémitisme"
lui "parlait"
. Libé
est l'un des rares médias à l'interroger sur le concert qu'elle a donné à Tel Aviv en juin 2025. Elle répond y avoir été invitée par son "ami Frédéric Journès, ambassadeur de France en Israël"et que c'était "chez lui, dans sa résidence, pas dans un événement public
" , avant de rappeler qu'elle a la "majorité de sa famille
" qui vit en Israël.
Le mercredi 22 juillet, reçue sur BFM avec son avocate, elle se dit "toujours en état de choc"
et raconte les mêmes éléments : "c'était une manifestation violente"
; "bien sûr, j'ai eu peur, j'ai eu peur que ça dégénère"
; "une artiste n'a pas à subir la violence de personnes qui ne sont pas d'accord avec elle parce qu'on est quand même dans une République et dans une démocratie"
. Sur franceinfo le jeudi 23, elle raconte avoir eu un "tel choc"
qu'elle n'a "pas pu bouger pendant des jours
" comme si on lui avait "envoyé des coups de poing dans le plexus solaire
" et qu'elle a fini par aller voir un cardiologue. Auprès du Parisien, le vendredi 24, elle évoquera "une lapidation publique sans procès
".
"Procès abusif"
Quelques médias ont pris leurs distances avec ce traitement médiatique unanime en adoptant un angle plus critique. "Cet événement est utilisé pour prolonger un peu plus le procès abusif du mouvement de Jean-Luc Mélenchon en antisémitisme
", écrit par exemple L'Humanité.
On y retrouve, comme c'est beaucoup le cas dans les sphères militantes de gauche, la critique d'un "deux poids deux mesures
". "L'affaire Barbara Butch pose une question simple : où pose-t-on la frontière entre une contestation légitime et l'atteinte à la liberté d'expression voire le harcèlement ou la discrimination ? Une frontière dans le débat public qui semble varier selon l'artiste concerné, la cause défendue, et surtout selon le camp qui parle et celui qu'on cherche à abattre
" analyse Marion Lopez dans Le Média.
Sous la plume de Léane Alestra, Problematik (qui se décrit comme "queer et généraliste"
) propose un long papier d'analyse en partie historique qui cherche à comprendre "pourquoi le Parti socialiste a fait"
de Barbara Butch "un symbole de la liberté artistique, et ce qu'elle vient incarner, plus largement, dans son imaginaire libéral"
. Il décrit avec pertinence la DJ comme "une figure publique adoubée par nombre d'institutions culturelles"
et "fortement investie par le pouvoir politique"
qui serait une sorte de "médiatrice entre l'appareil socialiste et des cultures dont celui-ci demeure socialement éloigné"
.
Politis, qui n'a produit aucun article sur le sujet a, en revanche, publié en fin de semaine une tribune dans laquelle "organisations, personnalités et militants réaffirment que soutenir les droits du peuple palestinien, appeler au boycott ou dénoncer les politiques de l'État d'Israël ne constituent ni un crime ni un appel à la haine"
. Les signataires (parmi lesquels Urgence Palestine, Tsedek!, Palestine Action France, Blouses Blanches pour Gaza, ou encore la Fondation Frantz Fanon) y affirment leur soutien à leurs "camarades ciblés par une campagne politico-médiatique acharnée de délégitimation de leur engagement".
Contre Attaque, média indépendant nantais, dénonce également un "nouveau scandale fabriqué de toute pièce
" et "la nouvelle obsession des médias, de CNews à Mediapart
". Pour elleux, "derrière cette tempête dans un verre d'eau, c'est toute la logique du boycott qui est attaquée
".
Lundi 27 juillet, Le Média a publié un article qui entend "reconstitue[r] les faits, confronte[r] les récits et interroge[r] la confusion entre boycott, censure et répression"
. Il y livre un témoignage. Celui de Lola, militante LFI Grenoble qui a participé à la manifestation devant la scène du cabaret Frappé.
Dans une seconde partie, publiée ce 31 juillet, nous analyserons les biais et angles morts de ce récit médiatique. Avant de donner la parole, dans une troisième et dernière partie à des militants et citoyens qui ont pris part à la manifestation.
Contactées, Barbara Butch et son agente n'ont pas répondu à nos sollicitations.