Qui a saboté Nord Stream : enquêtes et brouillard de guerre

La rédaction - - Intox & infaux - Investigations - Coups de com' - Scandales à retardement - 58 commentaires

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- 15:02 Nord stream : qui a saboté les gazoducs ?

À cette question, on ne répondra pas… mais explorons ce que les médias et journalistes ont pu écrire sur le sujet. Tout commence lors du double sabotage des gazoducs Nord Stream, fin septembre 2022. Dans les médias, l'affaire n'est pas entendue : les accusations états-uniennes envers la Russie sont relayées, puis les russes envers les États-Unis. La BBC sous-entend la responsabilité russe, Deutsche Welle choisit de débunker un élément accusant (faussement) les États-Unis. Des enquêtes sont lancées dans les pays nordiques. Et puis, plus rien pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que le journaliste Seymour Hersh publie le 8 février un long billet sur la plateforme de blogs Substack, dans lequel il raconte par le menu une opération secrète états-unienne, menée sous couvert d'un exercice militaire. Tout en rappelant les avertissements, ou menaces, de Joe Biden ainsi que d'un membre de son gouvernement quelques semaines avant la guerre : en cas d'invasion, Nord Stream 2 n'entrera pas en service, avaient-ils affirmé.

Son récit de l'opération est extrêmement détaillé sur certains points. Son travail est relayé (avec prudence, voire méfiance, et plus rarement quelques louanges) par certains médias, en France comme ailleurs. Comme à son habitude, les dépêches AFP sont centrées sur les démentis officiels des États-Unis, ou le soutien de la Russie, plutôt que sur l'enquête elle-même. Revenons à elle : son niveau de détails précis est suffisant pour que la communauté du renseignement open source cherche à les vérifier. Ce qu'elle ne parvient pas à faire. Et certains de ses membres, comme le journaliste et fondateur de Bellingcat Eliot Higgins, rappellent que les enquêtes des années 2010 écrites par Hersh ont souvent ensuite été infirmées par les faits – on vous le racontait en 2015 à propos de l'usage de gaz de combat en Syrie. 

Le 7 mars, le New York Times, ainsi que Die Zeit et deux chaînes de télévision publiques allemandes affirment qu'un "groupe pro-ukrainien" non identifié serait derrière ce sabotage "sur la base d'informations consultées par le renseignement américain" et que "le journal ne détaille pas", résume l'AFP dans le Temps. "Plusieurs médias ont affirmé mardi que l’enquête avait permis d’identifier qu’un bateau était parti de Rostock, port du nord de l’Allemagne, en septembre avec une équipe de six personnes à bord transportant les explosifs destinés à faire sauter le gazoduc", indiquait de son côté l'Express en relayant ces révélations. Des révélations aussi floues qu'improbables, qui font dire au site d'enquête The Intercept qu'elles n'éliminent pas la possibilité que le propos central de l'enquête de Hersh – Joe Biden a autorisé un sabotage états-unien – soit vrai, malgré une enquête dont beaucoup d'éléments n'ont pu être corroborés. Une enquête du Spiegel"dévoile" alors l'identité du bateau à voile utilisé… mais ces éléments sont à leur tour mis en cause par des experts puis par les enquêteurs allemands, rapportent respectivement le Guardianle 10 mars, et le Washington Post le 3 avril – le quotidien rapporte l'immense gêne des pays occidentaux vis-à-vis du sujet, que cite un récent édito du Monde diplomatique.

L'épisode suivant passe quasiment inaperçu… au départ. On en trouve une trace le 27 mars dans un chat des lecteurs du Monde : "Un convoi de six navires russes a été détecté autour du site du sabotage cinq jours avant qu’il ne se produise", y compris un "navire de soutien aux sous-marins, le SS-750, équipé d’une grue et d’un mini-sous-marin AS-26 Priz, capable de plonger à 1 000 mètres", le tout surveillés par deux navires des marines danoise et suédois (selon le site allemand T-Online et un analyste d'informations open source), répond le quotidien. Mais l'information ne ressurgit que le 10 mai, à la faveur du travail de différents médias des pays du nord de l'Europe qui relaient l'avancée des différentes enquêtes officielles lancées autour du sabotage – celle menée par la Suède semble au point mort. Finalement, l'article le plus modeste (au sens positif du terme) n'est-il pas celui du Point, titré "Mystère en mer Baltique", qui se contente de raconter l'ambiance et les soupçons des habitants sur l'île danoise de Christiansö, située à proximité des sabotages ?

- 2:07:34 FAQ : dans les coulisses de l'émission sur Mayotte

Je reviens aussi sur l'émission animée (exceptionnellement en remplacement de Paul Aveline) à propos de Mayotte, pour vous raconter les coulisses de ce plateau animé.


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