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Sirdeck
Il me semble voir dans les commentaires des incompréhensions que j’ai pu avoir aussi. Je résume ce que je peux comprendre :
Le prisme d’Édouard Louis me semble le plus facile à appliquer : Il y a les persécutés et les protégés. Souvent, des minorités sont persécutées ; par exemple en France, la minorité des personnes issue des anciennes colonies française et en particulier d’Afrique du nord et subsaharienne.
Mais il y a des minorités protégées. Par exemple dans le monde, la toute toute petite minorité de Milliardaires en Dollars est très très protégée. À l’inverse, toujours au niveau mondial, il y a une majorité persécutée : les femmes.J’aborde maintenant la notion de race. L’universalisme est un objectif vers lequel les universalistes (les vrais) cherchent à tendre. L’égalité réelle de chacun devant la loi et son application nécessite d’identifier ce qui l’empêche et de le nommer pour lutter contre cela. La notion de race doit donc être nommée, même si elle n’existe pas objectivement. Ainsi, une personne caucasienne, qui a pris le nom de Mohamed après s’être convertie va être racisée. C’est la société qui le racise et le persécute. On comprend bien pourquoi tant de personnes d’origine juive (en Europe, des Européens convertis au judaïsme donc) ont adopté un nom plus « chrétien » après la seconde guerre mondiale. De même, les indigènes de la république ne se nomment comme cela que pour nommer cet état de personnes issues des anciennes colonies françaises que la société ramène à ses origines d’indigène (sous citoyen de l’empire français pendant la colonisation)… des persécutés.
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Jérôme Godard
Bonjour,
émission un peu molle, désolé de ce commentaire. Un contre-sens non corrigé : dans le débat entre Diallo et Roza, je ne pense pas que cette dernière soit "l'universitaire". Elle est philosophe, non spécialiste de la question traitée, et elle se prévaut tout autant du militantisme que Diallo. Mais bon.
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Nabokov
je ne sais trop que retenir de l'émission, que j'ai regardée avec intérêt hier soir...
si ce n'est que ces débats d'intersectionnalité, de racisés, de post-coloniaux (avec le tiret au milieu, je ne sais pas si cela renvoie quelque chose ou non) me passent un peu par-dessus la tête...
j'entends leur pertinence, mais souvent, je me dis que ça nous détourne du vrai problème : à savoir que nous sommes tous des dominés du système néo-libéral et que nous ne gagnons rien à nous fractionner ainsi...
j'ai vu récemment Mangrove de l'anthologie Small Axe : un très grand film sur l'histoire anglaise des "neuf de Mangrove" (je ne détaille pas ici l'affaire).. ça m'a beaucoup touché, voire plus, et je me disais que le film contenait en lui quelque chose qui nous fait terriblement défaut aujourd'hui : l'idée de communauté...
qu'on soit un avocat blanc, un restaurateur noir qui ne veut pas se mêler de politique mais s'y trouve poussé par la force des choses, une activiste Black Panther : on peut faire front ensemble...
aujourd'hui, malheureusement, ça me paraît bien illusoire..
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StephenSevenair
Pourquoi seule la jeune femme porte t'elle un masque ?
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Thomas
Bonjour et merci pour l'émission, agréable et apaisée.
J'arrive probablement après la bataille et d'autres l'auront certainement dit ici, mais il me semble que la dernière séquence de l'émission, sur "la nuance, luxe des dominants ?" confond deux choses : la nuance et la modération. On peut être très radical politiquement et aussi très nuancé. On peut être un bourrin modéré, obsédé idéologique de la modération.
Je suis pour la propriété collective des moyens de production, cela fait probablement de moi quelqu'un de radical, mais je peux l'expliquer de manière nuancée, et en débattre sans agonir mes adversaires d'injures et d'arguments d'autorité.
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Celine Langlet
En réponse à la fin de l'émission, peut-être que l'on peut dire que le débat s'hysterise sur les plateaux de CNews et consort, car les intervenants sont des militants qui ne disent pas leur nom. Au service de quelle organisation, je ne sais pas. Plus de l'extrême droite, c'est mon ressenti. Peut être au service d'intérêts personnels, ceux des intervenants réguliers sur les plateaux. C'est vendeur de faire du buzz et du clash. Et donc de ne pas être dans la nuance. Si cela est exact, c'est assez effrayant, car cela repose sur du vide...
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l'ôtre
Et sinon, l'autre, la tik-tokette, elle ne vous fait pas peur ? Et surtout le fait qu'elle ait tous ces "followers" ? Quelle dérive, que les "idées" passent par des guignol-ettes de ce type ! (enfin, j'enfonce des portes ouvertes...). Ce qui est marquant, en tous cas pour moi, c'est (une fois de plus) la prise de conscience de "communautés" parallèles, avec des points de vue aussi contrastés et antagonistes.
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Brenda Relax
Jamais vu de commentaires avec autant de mots, alors je vais faire simple.
Pour Diallo, ça m'aurait saoûlé pareil qu'on me dise que ce que je fais est pas efficace de cette façon.
Pour Pulvar, elle est vraiment à l'ouest, et elle ferait des fois mieux de s'interdire de parler elle-même.
Une émission intéressante en tout cas. -
nicole pavlowsky
Bravo pour cette émission!
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nicole pavlowsky
Pourquoi dit on " le racisme ET l'antisémitisme? L'anti sémitisme fait partie du racisme.
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Carnéade le Fataliste
Sur la dernière partie je trouve que DS inverse complètement le problème (au lieu de la problématique ce qui était le but) avec son "Finalement, est-ce que la nuance n’est pas un luxe de riches, matériellement et symboliquement ? Un luxe de dominants ?" (...) "Est ce que dans une guerre, un combat de classe les dominés peuvent se permettre le luxe de la nuance ?"
Déjà, comme pointé comme son invitée, cette question tend à uniquement confondre nuance et modération, quand un meilleur synonyme de nuance serait précision (ou recherche de compréhension pour la favoriser). Penser ou s'exprimer avec nuance c'est avant tout montrer une compréhension assez grande d'une problématique, y compris ce qui pourrait être opposé à son propre point de vue, pour le formuler de manière précise, et qui tienne le plus possible compte des objections légitimes à celui ci, diminuant les chances qu'il soit rejeté.
La question de la nuance peut être vue comme une question de moyens : intellectuels à comprendre les points de vue autres que le sien, les différents aspects d'un débat, et enfin à formuler correctement sa propre pensée de manière qui offre le moins d'angle pour la réfuter, en tenant compte des oppositions qu'elle va susciter (les intégrant, trouvant des compromis parfois, trouvant de meilleurs arguments contre, d'autres), auquel il convient d'ajouter une autre ressource : la volonté nécessaire à faire tous ces efforts intellectuels, à maîtriser sa manière de réfléchir ou parler pour en faire preuve.
Mais elle ne relève pas d'un luxe, plutôt d'une nécessité pour toute personne cherchant à convaincre. Si un propos manque de nuance il pourra facilement être caricaturé ou homme-de-paillisé sans que celui qui le porte ait beaucoup d'occasion de s'en défendre, son manque de précision, d'identification des contre-arguments et menace, le faisant facilement sombrer dans tout gouffre argumentatif.
Les gens à tendance classiste (ou raciste ou sexiste selon la domination dans laquelle on parle) tendent à penser que les dominés manquent de ces moyens intellectuels nécessaires (ce qui est hélas le cas parfois, mais il arrive que les dominants aussi, d'autant qu'ils sont souvent bien plus paresseux niveau volonté, sachant que des échecs à convaincre menacent bien moins leur existence de dominants). Typiquement le bas peuple sera représenté comme une espèce de horde barbare, incapable de toute pensée complexe et hystérique (n'oublions pas les femmes ;), et c'est la première image à laquelle ceux qui s'opposent à lui (aka chiens de gardes médiatiques, etc...) essayeront de ramener ceux qui parlent en son nom, s'ils offrent le moindre indice de manquer de nuance.
Moment d'une parenthèse sur "ceux qui parlent en son nom". La première chose qui caractérise les dominés en fait, c'est pas qu'ils parlent trop fort ou pas assez, mais plutôt qu'ils se taisent. Ce qui existe surtout, médiatiquement, et ce que DS et autres semblent confondre avec les groupes au nom desquels ils s'expriment, c'est une classe intermédiaire de représentants parlant au nom de groupes globalement plus dominés qu'eux mêmes, faisant typiquement partie de ceux étant à l'intersection du moins de discriminations, en plus de celle(s) sur lesquelles ils s'expriment (comme dirait Crenshaw qui semble étrangement peu intégrée par ceux qui la célèbrent le plus). Et qui à travers leurs prises de parole mêmes se soustraient temporairement à la domination qui les réduirait au silence d'habitude, voire même s'écartent peu à peu durablement du statut de dominés jusqu'à presque rejoindre la classe globalement dominante (faisant acte de leur capacité d'usage performatif et rituel du langage comme dirait Bourdieu, ils finissent typiquement reconnus par l'institution et en tirent un statut social n'ayant plus rien à voir avec la moyenne des groupes au nom desquels ils prétendent parler - jusqu'à finir journaliste au Washington Post pour certaine ;). S'il y a parfois quelques exceptions, de vrais représentants de la base ne devant qu'à leur engagement et aux circonstances une fonction de porte parole des opprimés, c'est plutôt rare. Généralement le porte-parolat se caractérise par un milieu intellectuellement supérieur lui même découlant d'un milieu socialement supérieur, ou au moins d'un certain éventail de compétences extrayant ces individus de la masse. Même dans les mouvements sociaux les plus absolument populaires, comme les gilets jaunes, c'est un ensemble de compétences (là une maîtrise technique et des codes des réseaux sociaux et une aisance à s'y exprimer) qui ne sont pas données à tous les concernés, qui détermina les élus à la fonction de réprésentants (dont certains qui en tirèrent un nouveau statut social).
N'étant pas de cerveau de DS qui parle de "luxe de la nuance" sans en préciser le cadre où elle devrait ou pas s'exprimer, j'interprète peut être mal celui dont il voudrait parler (mais je doute qu'il s'agisse de "faut il nuancer les slogans lors d'une révolution"). Mais si c'est celui de la parole médiatique accordée à des représentants de groupes dominés (et d'une parole médiatique assez longue pour faire de la nuance) elle ne l'est qu'à des porte paroles qui ont les moyens dont je parle plus haut, ou elles n'auraient juste pas accédé à ce statut (ne serait ce que pour être reconnu par le groupe x composé d'individus dominés différents dont il convient de prendre en compte les idées pour en donner un résumé qui les satisfassent, il faut a priori en faire preuve).
Enfin donc, cette question de la capacité de nuance étant écartée, il reste celle du choix d'en user ou pas pour des gens en ayant a priori tout à fait les moyens, dépositaires de la parole du groupe souvent accusé d'en avoir moins. Les seuls à avoir ce choix, qui est le seul luxe dans l'histoire (évidemment les non représentants peuvent être nuancés ou non nuancés, mais vu que ces anonymes n'auront droit à aucune attention, à part peut être une citation de leurs propos les moins nuancés dans un florilège de réactions montrant la stupidité haineuse des foules -tradition de la presse twitterisée-, ils n'ont pas vraiment le "luxe" d'une nuance qui serait écoutée).La bonne question me semblerait alors "Est ce que dans le monde actuel (qui ne se caractérise pas par un combat de classe autre que larvé, mais plutôt une large dépolitisation accompagnée d'une large domination médiatique de droite déterminant de plus en plus les représentations mentales de tout le monde) ceux qui prétendent parler au nom des dominés doivent se permettre le luxe de l'absence de nuance (sachant qu'on ne les ratera pas au tournant, et avec eux le groupe au nom duquel ils s'expriment) ?"
Formulée ainsi elle semble complètement inclure sa réponse, mais en fait pas tout à fait.
Évidemment comme dit plus haut, tout manque de nuance, tout ce qui pourra prêter le flanc à des accusations de simplisme dangereux, haineux, etc... sera exploité, à la fois contre le porte parole, et pour renforcer l'image négative du groupe au nom duquel il parle. Et c'est une responsabilité assez terrible pour ceux qui ont un tel statut de contribuer à des oppressions qu'ils subissent personnellement un peu moins que les lambdas, en se montrant d'une contre-productivité qui rejaillit sur les groupes qu'ils prétendent défendre.
Mais si on se situe dans le vrai cadre (tel que décrit plus haut) plutôt que dans les fantasmes d'un peuple politiquement conscientisé qui semblent parsemer la pensée Daniellienne, celui d'un public à la fois largement dépolitisé et dans un vague rejet global du "système" (et y compris des personnes prétendant parler en son nom auquel il laisserait la parole) on peut trouver quelque vertu aussi à la non-nuance, au moins occasionnelle.
Déjà dans un contexte où la principale bataille n'est pas la lutte des classes (enfin c'est plus vraiment un combat là, c'est à sens unique depuis 30+ ans, on est plus dans l'acharnement sur adversaire assomé) mais une lutte pour l'attention de quidams largement anesthésiés quant à celle ci, sortir un peu de la forme ronronnante à laquelle tend à conduire trop de nuance, dramatiser même un peu abusivement pour indigner, n'est pas forcement la pire tactique pour éveiller ces dormeurs (si cette tactique du seau d'eau froide me semble par contre bien moins productive pour certaines idéologies axées sur la dénonciation de la domination théorique de groupes très larges, que les seaux d'eaux glacés ne réveillent que pour se conscientiser comme personnes ayant quelque chose à perdre s'ils ne s'y opposent pas).
Ensuite, précisément car le manque de nuance est quelque chose de guetté et systématiquement exploité par la chiennerie de garde, un tel "dérapage" est une garantie de publicité (ce qui m'évoque le cas Alice Coffin, sans son choix de certaines formules à l'emporte-pièce, permettant judicieusement à la presse de "tronquer" son propos en les citant, pas grand monde n'aurait jamais parlé de son livre, probablement pas même celles qui s'indignent naïvement qu'elle ait eu droit à ce sort). Ou encore la stratégie médiatique gagnante de pas mal de politiques, qui s'avère généralement plutôt payante, devenir le meilleur client de médias adverses en quête de moments de radicalité "trop radicale" et autres sorties tonitruantes à exploiter (ce qui me semble avoir aussi bien réussi à Mélenchon et AOC qu'à Trump ou Sarkozy, dans leurs registres respectifs si opposés soient ils).
Et enfin car le peuple n'est pas le dernier à voir jusqu'à sa propre représentation du peuple influencée par l'image que lui en renvoient les "élites" (si on peut appeler ainsi les médias bolloïsés). Le manque de nuance populaire, la radicalité dangereuse des foules, le simplisme des gens simples, il tend à s'y identifier assez largement, et plus encore à ceux qui en sont accusés.
Pour ce que j'appelle plus haut la classe représentante, il peut donc y avoir un mérite, pour combler le fossé entre eux et les représentés, à se conformer à cette image que ces derniers peuvent avoir d'eux mêmes, viendrait elle surtout du classisme (ou autre isme) de ceux qui leur renvoient cette image. Et un autre à être attaqués comme représentants "manquant de nuance" du peuple indécrottablement populaire, et de se voir attribuer les clichés à son sujet, suscitant la solidarité de ceux qui les subissent quotidiennement.
Finalement comme je disais la nuance est une nécessité pour convaincre mais l'autre question qui se pose est "convaincre qui", traiter sans nuances ceux qu'on ne souhaite pas inclure dans le groupe à convaincre, cliver, désigner et traiter comme des ennemis ceux qui ne sont pas conciliables, peut être quelque part une expression de nuance au sens d'avoir un point de vue précis et tenant compte des oppositions, pour mieux convaincre le groupe auquel on s'adresse.
Pour toutes ces raisons, s'exprimer sans nuance peut être vu comme tactiquement défendable dans certains cas. Mais précisément déterminer quels sont ces certains cas nécessite de la nuance. Une personne qui ne sait pas ce qu'elle défend exactement, ne saisit pas les problématiques sur lesquelles elle s'exprime, ignore les autres points de vue et arguments qui lui seront opposées, à quel public elle s'adresse et qui elle cherche à convaincre, n'a aucune chance de correctement choisir quand ne pas se montrer nuancé.
En résumé même si s'exprimer sans nuance peut parfois être payant, penser sans nuance par contre ne se justifie jamais (ou en tout cas pas dans ce cadre de gens espérant faire avancer des causes ; et je pense plutôt encore moins dans celui d'universitaires dont le boulot est précisément de penser la complexité, et de convaincre leurs pairs de la justice de leurs analyses - ce qui rend la recherche de nuance particulièrement absurde à reprocher à l'un d'entre eux).
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Hallucined Imposteur
OUBLI :
ZONE SYSTEM = Ceci
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Hallucined Imposteur
Bôahf, le problème de Rokaya Dialo c'est le Dialo-gue !!!
La nuance, de la modération ?
Dans un débat "civilisé", pourquoi pas et encore.
M'enfin, dans le réel, au quotidien -en rue, dans le métro, au boulot- comment doit-on rester nuancé/modéré devant les injustices, la violence et aussi les petits chefs en uniforme ou pas ?
Un passionné scie la branche sur laquelle il est assis ; je suis un passionné.
On ne se refait pas ...
Il y a 250 nuances de gris pour l'oeil humain.
Avec le "Zone System" de Ansel Adams, le photographe, ils n'en restent que 10 (compressées)
Du Noir le plus dense au Blanc transparent
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Carnéade le Fataliste
Merci pour l'émission (d'autant que j'avais suggéré d'inviter Wieviorka, que je trouve définitivement plus intéressant que les ultra-radicaux des divers camps idéologiques s'affrontant sur ces questions).
Deux choses que je trouve très pertinentes dans son discours (mais sur lesquelles il aurait mérité d'être plus relancé), sont comment il replace les choses dans le contexte de la crise de la représentation politique, et ce qu'il dit de la volonté d'éliminer les "esprits intermédiaires" (ceux ouverts au débat avec toutes les tendances) en les assimilant aux extrêmes (si je verrais cette tendance tout autant dans la cancel culture se réclamant de "la gauche" que dans les anathèmes du centre droit dominant, mais c'est peut être qu'on ne parle pas des mêmes sphères).
Ça me semble assez clair que le climat délétère actuel vient avant tout de la perte de foi dans la gauche et la droite classiques, dans leur capacité à influer assez sur l'économico-social (ou désir de le faire) pour changer les choses pour le plus grand nombre (ou même rester fidèles aux modèles qu'elle prétendent préserver). La mondialisation ayant fait apparaitre absurdes ce genre de prétentions à l'échelle nationale cela conduit à une crise du militantisme sur ces questions (hors oppositions ponctuelles à des mesures précises) et un déplacement de la première source d'engagement politique vers les revendications sociétalo-identitaires (le sociétal demeurant un domaine où la politique peut sembler conserver quelque pouvoir - et encore la mondialisation culturelle le menace également), ce tandis qu'il recule aussi globalement, avec de plus en plus de gens dans un désintérêt total et revendiqué de celle ci.
Tenter de re-passionner ce public dépolitisé est ce qui conduit naturellement à la surenchère pour essayer de lui faire peur, dramatiser des trucs jusqu'à obtenir son attention, et ça se fait sur les sujets identitaires qui sont devenus le cœur du débat politique (typiquement en brandissant la terrible menace des identitaires d'en face -la perspective "d'une révolution culturelle" ou "d'un backlash nous ramenant des décennies en arrière"- ou même de ceux qui en refusant l'ultra-dramatisation des questions de société qu'ils soulèvent feraient leur jeu) sachant que sur les autres, les gens seraient ils inquiets ils ne croiraient pas pour autant que les politiques puissent y faire quelque chose (enfin en tout cas pas tous ceux qui donnent dans le "il n'y a pas d'alternative" vis à vis de tout ce qui découle de la mondialisation).
C'est à ce dernier niveau (caricaturé en "acceptation réaliste" ou "opposition stérile/démagogique" à la mondialisation) que la classe dominante cherche à situer la nouvelle frontière entre le "centre" (très droit) et des "extrêmes" (de plus en plus larges), mais après avoir un peu tenté de mettre explicitement en avant cette division du monde (la campagne opposant les partisans de "l'ouverture" et de la "fermeture" du temps de la dernière présidentielle) elle semble avoir réalisé que ce discours risquait surtout de se retourner contre elle (avec la reformulation de ce débat en opposition de gagnants et de perdants de la mondialisation qui menaçait de faire réapparaitre une conscience de classe).
En conséquence le centre a décidé de changer son cheval de bataille, et plutôt que celle de la "fermeture" agiter la peur de "l'extrémisme" y compris en se plaçant lui-même sur une base de... fermeture aux "idées venues d'Amérique" ou à celles venues de minorités issues de l'immigration, manière de se réapproprier un peu du sentiment anti-mondialisation (sa forme culturelle).
(si notre centre très droit a tendance à s'en prendre moins à l'extrême-droite, on notera d'ailleurs qu'il a aussi adopté la fermeture quand il le fait, agitant la peur de la mythique "alt-right" ou de l'influence Russe, pour la présenter également comme un dangereux parti de l'étranger)
Pour en revenir à l'agitation du problème "islamo-gauchisto-wokiste-whatever" par le "centre", une difficulté pour celà demeure que la France accuse un certain "retard" par rapport aux délires des wokes américains ou de la gauche ultra-communautariste anglaise, c'est pas nos trois militants et quatre intellectuels qui s'y sont convertis qui peuvent vraiment terrifier grand monde. D'où la nécessité de taper bien plus large que ceux qui pourraient légitimement en être accusés, essayer d'y assimiler toute personne ayant un vague intérêt intellectuel ou militant pour les mêmes thématiques.
C'est ainsi qu'on est entré dans ce qu'on pourrait appeler la phase 3 du Plantuisme, après avoir exploité les excès des deux cotés pour assimiler l' "extrême" gauche à l'extrême-droite et les renvoyer dos à dos (en assimilant au passage la gauche radicale mais non révolutionnaire à l'extrême-gauche, ce qui est déjà un contresens), puis avoir décidé d'inverser la problématique opposant partisans et adversaires de la mondialisation en faisant une opposition entre une culture républicaine française et des extrêmes influencés par l'étranger. On est maintenant dans une entreprise de repousser vers ces extrêmes infréquentables le plus d'intellectuels/universitaires possibles (des cibles faciles vu que pas grand monde ne les lit :) pour grossir leur problème.
A commencer évidemment par ceux qui oseraient considérer que des voix un peu radicales (et fussent elles suspectes de développer des points de vus culturellement non français) pourraient avoir des choses intéressantes à dire, ou mériteraient au moins de voir leurs points de vue débattus, pour renforcer le "il n'y a pas d'alternatives" que le centre droit (pour les gens "raisonnables" se méfiant, d'aventurismes politiques pouvant mal tourner).
Le risque de tout ça, au delà des questions de politique politicienne où il s'agit de favoriser la réélection de Macron ou le règne éternel d'autres pensant pareil, c'est une espèce de stérilisation des idées.
Autant il peut être légitime de se méfier dans une certaine mesure des aventurismes politiques, ceux qui consisteraient à absolument donner raison à telle ou telle idéologie radicale et vouloir soumettre la réalité/les vivants à la manière par nature imparfaite dont elle l'intellectualise, autant l'aventurisme intellectuel, penser hors de la boîte, adopter de nouveaux angles de vue, conduiraient ils parfois à développer des idéologies radicales, est lui absolument nécessaire au progrès de la compréhension du monde. Et n'a pas à être limité autrement que par le débat rationnel, qui se chargera de pointer les imperfections d'une représentation du monde, ou dangers des préconisations à laquelle elle conduit.
Une idéologie serait elle profondément mauvaise et intolérante, la seule chose qui justifierait de l'exclure des débats comme trop extrême serait qu'elle en refuse le principe même (rejette la rationnalité, soit dans une approche purement rapport de force vis à vis de ses contradicteurs), comme le dit Karl Popper dans la vraie version du paradoxe de la tolérance (à ne pas confondre avec son horrible résumé en meme pour antifas avec batte).
(Il peut y avoir un léger shenanigan à ce niveau pour certaines dérives extrêmes d'approches postmodernes où quelques penseurs rejettent la rationnalité elle même comme "blanche", expression des dominants, etc... mais de une ils sont ultra-marginaux même au sein des tendances que la droite qualifierait de "wokes", et de deux, même en admettant que celà rende le débat impossible avec ceux ci, il conviendrait d'autant plus de tenter d'en avoir avec eux, pour mettre en lumière la manière dont ils refusent de se soumettre à ses règles, et mieux les contrôler par l'opinion publique (le plan B du paradoxe de la tolérance, à ne pas oublier avant le C, qui serait de vouloir interdire des idées, uniquement quand plus rien n'arriverait à en limiter l'influence - ce dont on est très loin ici).)
Quant à la tendance qui s'obsède de "d'où les gens parlent" plutôt que du fond de ce qu'ils disent, elle peut être fatigante, surtout quand ce "d'où" se résume de critères essentialistes manquant de finesse et servant un brin à s'accorder des arguments d'autorité innés (coucou Rhokaya), mais tant qu'elle ne fait qu'interroger ainsi les biais potentiels des gens, elle n'est pas à confondre avec une opposition au débat rationnel, elle peut au contraire se justifier dans une certaine mesure par une demande de d'avantage d'objectivité qui y participerait.
Enfin c'est déjà long, et à part cette allusion tardive à un de ses épisodes, je me suis déjà pas mal écarté de l'émission, mais c'est un peu comme ça que je verrais l'articulation entre la crise du politique et le pourrissement du débat qui caractérise celui intellectuel dernièrement. Indépendamment des raisons légitimes à mon avis de critiquer le wokisme, ou celles qu'il pourrait y avoir de s'inquiéter de complaisances envers l'islamisme si elles existaient non anecdotiquement, c'est le résultat d'une stratégie du "centre" pour exploiter ce qui marche le mieux politiquement (l'appel à l'identité française, avec son coté émotionnel qui peut encore motiver même les plus dépolitisés). Ce en se repositionnant dans une forme d'opposition à la mondialisation culturelle, pour atténuer son aspect de parti de la mondialisation tout court, et avec pour victimes collatérales les intellectuels/universitaires pouvant être accusés d'être un peu trop ouverts aux tendances "étrangères" (même si ils sont en fait surtout attachés aux penseurs français qui les inspirent).
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jammrek
A propos de la controverse Rokhaya Diallo Stéphanie Roza je propose une astuce personnelle. Lorsque vous tombez sur quelqu'un qui joue du violon sur le thème de je suis universaliste, on est tous égaux, je ne vois pas les couleurs, etc ... posez lui cette simple question :
Puisque vous pensez que tous les hommes sont égaux, en tirez vous la conclusion que les palestiniens expulsés de leur maison entre 1948 et aujourd'hui ont le droit absolu et inconditionnel de retourner y vivre dès maintenant ?
99 fois sur 100 vous les verrez se perdre dans de pitoyables arguties et finir par vous insulter. Le plus drôle évidement étant lorqu'ils vous citent la Bible. Contentez vous de les regarder se ridiculiser en prenant un air narquois.
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Asinaute sans pseudo 09085
La dernière séquence de l'émission est très intéressante et je salue l'initiative de M. Schneidermann. Ses remarques m'ont remis en mémoire la lettre de Luther King du 16 avril 1963 écrit depuis la prison de Birmingham. La réponse de M. Wieviorka, dont j'apprécie par ailleurs la mesure et l'intelligence, qui semblait être que face au spectre de la violence et du chaos, un champ social asymétrique mais apaisée pouvait être préférable fait écho à ce que le Révérend King critiquait chez une part des libéraux américains blancs. Je pense que tout dépend du degré et de la forme de radicalité et de disruption de l'ordre en question e, mais je vais laisser les mots de M.L.K à votre considération (la trad. est de moi) :
" D'abord, je doit confesser qu'au fil des dernières années j'ai été gravement déçu par les modéré blancs. J'ai presque atteint la regrettable conclusion que le plus grand obstacle de l'homme noir dans sa marche vers la liberté n'est pas [...] le membre du Klan, mais le modéré blanc qui à plus de dévotion pour l'ordre que pour la justice ; qui préfère une paix négative, qui est l'absence de tension, à la paix positive qui est la présence de justice ...] "
Je n'ai pas d'opinion arrêté sur la question mais comme le dit M. Wieviorka ce n'est pas idiot comme critique. La piste de Mme Safaris, qui fait la distinction entre l'honnêteté intellectuelle et le en même temps qui consiste simplement à toujours chercher un milieu entre des positions qui ne sont pas nécessairement également respectables, si on y ajoute l'importance qu'accorde M. Wieviorka à la recherche de la vérité me fait dire qu'être réellement nuancé exige parfois une forme de radicalité.
Autrement dit, ce n'est pas tant qu'à mes yeux la nuance est un luxe que seuls peuvent avoir les dominants mais que parfois depuis leur position dominante ils perçoivent des teintes de gris lorsqu'en réalité il est véritablement question de choisir entre un mal et un bien. Inversement, depuis la position du dominé, l'expérience de la domination peut rendre aveugle à la complexité de certains aspects du champ social.
Bref, je pense que la nuance est une valeur à préserver mais qu'elle peut également servir d'éteignoir commode comme le suggérait l'animatrice radio cité dans l'émission.