Mobilisation du 17 octobre : bienvenue, camarade Rizet !

Pauline Bock - - Sur le gril - 13 commentaires

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Il est 22 h 30 sur BFMTV ce 14 octobre et Maxime Switek accueille ses invité·es dans la deuxième partie de BFM Grand soir : le secrétaire fédéral Sud-rail Fabien Villedieu, l'ancienne présidente de l'Union syndicale lycéenne Sofia Tizaoui, et l'écrivain Alexandre Jardin. "On vous a invités tous les trois parce que vous avez un point commun : c'est que vous serez tous les trois dans la rue samedi !" déclare Switek.

Dominique Rizet, le consultant police-justice de BFM, est également en plateau, et rebondit sur "l'agrégation de toutes ces colères", et l'annonce d'une mobilisation d'ampleur à venir le 17 octobre, complétée notamment par les agricultrices et agriculteurs. "C'est mon monde, le monde de l'agriculture", explique Rizet, qui vient de Saône-et-Loire. "Ma famille, c'est des agriculteurs." Il explique qu'à cause du "terrifiant" prix du gazole, il y a "des gens qui souffrent vraiment", y compris dans sa famille : "Les agriculteurs, les retraités..." Rizet se lance dans une tirade inhabituelle, pour lui comme pour ses confrères éditorialistes de chaînes d'info : une tirade de colère et, surtout, de soutien et d'empathie pour un mouvement social. "Moi, j'ai 67 ans, j'ai travaillé toute ma vie", dit-il, en énumérant les petits boulots qu'il a faits dès ses 14 ans, et jusque durant ses études de journalisme ("des gardes de nuit, trois nuits par semaine"). "Et maintenant, on me dit : «monsieur Rizet, on va vous baisser votre retraite». On ne doit pas me baisser ma retraite !" Il poursuit : "Alors, peut-être un jour, un 17 octobre, au lieu de faire un plateau sur BFMTV, j'irai les rejoindre."

Maxime Switek prend cette déclaration à la rigolade : "Ah, on a des révélations sur ce plateau !" Mais Rizet explique qu'il est "très sérieux" : "C'est tellement concernant, que même nous, maintenant, les journalistes à la TV, qui gagnons bien nos vies, on est impactés. Donc je ne sais pas comment fait le cheminot, comment fait l'agriculteur, je ne sais pas comment font les autres. Parce que si même nous, on commence à sentir le vent du boulot (sic), ça veut dire que derrière nous, il y a des gens qui doivent souffrir depuis tellement longtemps..."

Alors, oui, effectivement : les gens souffrent depuis longtemps, et manifestent depuis longtemps, aussi. Dominique Rizet devrait le savoir : il est à BFM depuis 2011, et rappelle lui-même avoir passé "28 samedis" en plateau pendant le mouvement des gilets jaunes. À cette époque, il était surtout empathique du travail des forces de l'ordre, dont il défendait fermement le travail jusqu'à l'IGPN, et dont il est tellement proche qu'il a animé "gracieusement" le congrès annuel du syndicat Alliance en 2023.

Mais en 2026, "dans la France de Macron", tout va tellement mal, semble-t-il, que même des gens comme Dominique Rizet mesurent la gravité de la situation. Et font leur mea culpa en direct sur BFM : "Je m'en veux", dit-il, "parce que je n'ai pas vu ça arriver. Même les étudiants, alors que j'ai cinq enfants, qui sont grands... À un moment, j'ai vu arriver Parcoursup, je n'ai rien compris : c'est leur mère qui s'en est occupée, parce que moi, je ne comprenais pas." (Une pensée pour l'épouse de Dominique Rizet, et pour toutes ces femmes qui portent seules le poids de l'éducation des enfants du couple, des devoirs jusqu'à Parcoursup. Pères qui nous lisez : faites votre part maintenant, plutôt que de regretter dans quinze ans.) Toujours est-il qu'il regrette, Dominique Rizet, et que des regrets qui paraissent sincères, sur les chaînes d'info, on n'en entend pas tous les jours : "Vraiment, cette souffrance...", soupire-t-il. "Le gouvernement n'a pas écouté les gilets jaunes, et voilà où on en est aujourd'hui." Maxime Switek n'a rien d'intelligent à répondre, alors il ironise : "Il est prêt à vous rejoindre, Alexandre Jardin..." Et Jardin dit : "On est dans une immense crise du mépris."

Le débat continue sur BFM. Mais la digue qui séparait il y a quelques minutes encore les "invité·es" (concerné·es par le sujet d'actualité dont on débat, donc forcément biaisé·es) des "journalistes" (planant au-dessus de la mêlée de l'info tels des aigles de l'objectivité) est tombée. Dominique Rizet commence à comprendre, parce qu'enfin, ça le touche, lui, directement. Rappelez-vous de vos cours d'histoire : c'est lorsque la bourgeoisie bascule du côté du peuple que la Révolution française s'embrase. Alors, mieux vaut tard que jamais ? Bienvenue, camarade Rizet !

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