France - Maroc : la guerre civile annoncée par Cnews n'a pas eu lieu

Élodie Safaris - - Déontologie - Sur le gril - 14 commentaires

Énorme coup dur ce matin pour CNews, la guerre civile post-match France-Maroc n'a pas eu lieu. Et pourtant, la chaîne bolloréenne en était persuadée, l'apocalypse ou plutôt la "guérilla" (sic) allait tout saccager. Des sujets, des micro-trottoirs et surtout beaucoup beaucoup de commentaires en plateau, de plus en plus inquiétants à mesure que le match des quarts de finale de la Coupe du monde approchait.

"On se prépare à la guerre, j'espère que ça ne le sera pas" lance Gauthier Le Bret à son meilleur client en dingueries, Yoan Usaï. "On se prépare à une forme de guerre civile" renchérit ce dernier qui reconnaît lui-même, dans un éclair de lucidité, que toutes ces projections relèvent pour l'heure du fantasme : "Est-ce que ça aura lieu cette nuit ? On n'en sait rien". Mais ? "Mais le simple fait qu'on l'envisage, qu'on soit amené à en parler, montre qu'il y a un énorme problème dans ce pays""Et je vais vous dire, si ce n'est pas ce soir, ce sera le 14 juillet" prédit encore l'éditorialiste d'extrême droite. "Si la France gagne le 19 juillet, c'est la guerre" abonde le porte-parole du syndicat Unité Police, Reda Belhaj.

Les discussions unanimes annonçant l'apocalypse ciblent toujours les mêmes personnes : "Y'a comme une coïncidence malheureuse entre l'identité de ces émeutiers et le fait qu'ils cassent en toute impunité" (Paul Amar) ; "C'est les racailles qui gouvernent la France, qui nous emmerdent" (Jules Torres) ; "On a vu s'installer cette délinquance ludique, on voit une prise de territoire des grandes villes (...) Y'a vraiment une France qui fait sécession" (Véronique Jacquier). "C'est parce que c'est France - Maroc" insiste Gilles-William Goldnadel pour "rentrer dans le vif du sujet".

Attention hein, "il ne s'agit pas stigmatiser qui que ce soit" prévient Yoann Usaï. ... Mais ? "Mais dire que l'immigration non choisie / subie - une partie en tout cas - a conduit la France dans la situation que nous connaissons aujourd'hui".

La faute à qui tout ça ? À LFI bien sûr ! "La détestation de la France c’est un sacré moteur pour ces personnes-là, assure encore Yoann Usaï, une partie des descendants d'immigrés ont été largement influencés par l'extrême gauche qui leur a appris à détester la France qui est pourtant leur pays, je tiens LFI comme responsable de cette situation".

"À cause d'une minorité de racailles nous sommes punis, nous ne pouvons plus vivre ces moments de festivité de manière spontanée" déplore Naima M'faddel ("essayiste"), quand Jules Torres nous apprend qu'il ne prendra pas son scooter pour aller voir le match de peur qu'on le lui crame.

Verdict, vendredi soir ?

 "Ici à Châtelet l'ambiance est au beau fixe" rapporte le journaliste Augustin Donnadieu dans son direct post-victoire de la France peu après minuit. "La police craint des débordements mais pour le moment ici tout se passe bien, c'est plutôt une effervescence de joie". AH. Vingt minutes plus tard, encore raté : "Tout se passe très bien pour le moment ici dans la capitale, les gens fêtent cette victoire de la France". Images de liesse, joie de supporters - franco-marocains compris. Drôle de façon de manifester sa "détestation de la France" pointée par Usaï quelques heures plus tôt ou encore le "sentiment de désappartenance sur lequel se greffe la délinquance" comme décrit par Eugénie Bastié. 

Le lendemain matin, les bandeaux de la chaîne ne collent pas plus aux fantasmes réactionnaires prédits la veille : "La France en demi-finale : une nuit de ferveur" ; "Une nuit sans heurts à Paris". Tout de même, "des débordements, 10 interpellations" peut-on lire dès 8h du matin sur un bandeau accompagnant la liste des quelques violences remontées sur l'ensemble du pays. "Globalement ça a été une soirée plutôt festive que violente" annonce le journaliste police-justice de la chaîne.

Qu'à cela ne tienne ! Le porte-parole d'Unité Police est de nouveau en plateau pour nous expliquer à quel point le risque est grand pour les futurs matchs et pour rappeler que c'est grâce aux "huit mille policiers à Paris et vingt mille sur toute la France" que le chaos annoncé n'a pas eu lieu. Autre info du jour pour agiter les esprits, à défaut de pouvoir faire le récit d'une guerre civile imaginaire : "la France dégringole dans le classement des pays les plus sûrs du monde" pour arriver 99e au classement du Global Peace Index (GPI) publié par l'Institute for Economics & Peace (IEP). Un classement "fourre-tout" qu'il faut pourtant "lire avec des pincettes" prévient Le Parisien, tant les critères retenus sont aussi divers que le sentiment d'insécurité des populations, la militarisation, le budget de la défense ou encore les conflits internes et internationaux. Mais pourquoi s'embarrasser de nuance et des faits quand on peut faire peur si facilement ? 

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