Erik Tégner ("Frontières"), dernier repris de justice de CNews
Pauline Bock - - Sur le gril - 10 commentairesTous les samedis, l'édito médias envoyé dans notre newsletter hebdomadaire gratuite, Aux petits oignons : abonnez-vous !
Erik Tégner, le fondateur du "média" (on met des guillemets) d'extrême droite et pro-russe Frontières, est un repris de justice. Ça n'est pas nouveau : en octobre 2025, déjà, il a été condamné en première instance pour "injures publiques à caractère raciste" en tant que directeur de la publication de son "média", dans lequel la polémiste Marguerite Stern avait déclaré que "les personnes issues de l'immigration (...) africaine et moyen-orientale" agresseraient "plus les femmes que les Français de culture française". Il a fait appel.
Mais son casier judiciaire s'est alourdi ce jeudi 18 juin : Erik Tégner a été condamné en première instance à six mois de prison avec sursis et à 30 000 € d'amendes et de dommages et intérêts. Cette fois, il s'agit d'une enquête de Frontières sur "ces avocats qui font du business sur les clandestins", publiée dans un hors-série de janvier 2025 titré "Invasion migratoire : les coupables". Dix avocats d'associations d'aide aux migrants comme Utopia 56, la Ligue des droits de l'homme ou encore le MRAP y étaient non seulement décrits comme des "militants idéologiques" qui seraient "coupables" de la crise migratoire, mais aussi listés avec leur nom, prénom et ville dans laquelle ils exercent. Les associations avaient porté plainte. C'est pour avoir divulgué les données personnelles de ces avocats que Tégner a été condamné, le président du tribunal ayant jugé que Tégner "ne pouvait ignorer que la publication était susceptible de causer des comportements violents à l'égard des avocats".
À l'annonce du jugement, Tégner, qui officie désormais régulièrement sur CNews dans l'émission 100% Frontières, s'est bien entendu précipité sur la chaîne de Bolloré pour en parler. Gauthier Le Bret, qui co-anime l'émission avec Tégner, était bien entendu scandalisé de cette condamnation : "Vous êtes condamné pour le simple fait d'avoir nommé des avocats dans un article de presse ?!"
D'ordinaire, la loi et l'ordre, c'est plutôt leur truc, sur CNews. Mais là, scandale : un chroniqueur de CNews devrait-il donc répondre de ses actes ? Tégner se victimise : Frontières, dit-il, a fait "une immense enquête" sur un "sujet d'intérêt général", et lui a été condamné parce qu'il "en a parlé" : "Et pour ça, je risque potentiellement la prison si un jour je réitère, parce qu'on veut faire en sorte que je ne continue pas mon travail." Non, Erik : "on" veut simplement éviter le harcèlement d'avocats qui, eux aussi, ne font que leur travail. Le jugement souligne exactement cela : ces avocats "ne faisaient qu'exercer la mission qui leur était confiée par la République". (Et leur mission, contrairement à celle de Tégner, ne consiste pas simplement à crier très fort "immigration = danger", mais ça, c'est un autre sujet.)
Tégner et l'équipe de Frontières ont été invités sur la tranche quotidienne de 10 heures sur CNews en février dernier, après le départ de Jean-Marc Morandini, définitivement condamné pour détournement de mineurs. Décidément, ça n'est pas de chance pour CNews : ses chroniqueurs sont tout simplement har-ce-lés par la justice ! Ou alors, la chaîne de Bolloré recrute des gens peu scrupuleux qui n'ont pour la loi qu'un respect de façade. Mais ce n'est qu'une hypothèse.