Des voitures de police foncent sur des lycéens et ça ne fait pas la Une

Pauline Bock - - (In)visibilités - Sur le gril - 16 commentaires

Ces derniers jours, en France, des voitures de police foncent sur des enfants. Si vous n'aviez pas suivi l'info, ça n'est pas très étonnant : la presse locale en a parlé, mais hormis quelques titresnationaux, cela a peu été relayé, voire presque pas du tout à la télé. Des voitures de police foncent sur des jeunes mineurs et c'est presque un non-événement.

Les faits sont pourtant choquants et nombreux. Lundi 5 octobre, à Dunkerque, près de deux lycées de centre-ville bloqués pendant le mouvement lycéen, un 4x4 de police a "roulé à plusieurs reprises à vive allure en direction des lycéens", selon le Monde. Sur les vidéos, les lycéen·nes, qui érigeaient une barricade sur la chaussée avec quelques poubelles, se dispersent, en courant et en hurlant. Le parquet de Dunkerque a ouvert une enquête pour "mise en danger d'autrui", et la préfecture du Nord a annoncé l'ouverture d'une enquête administrative. La Voix du Nord a précisé dans son article que "les forces de l’ordre venaient d’essuyer des jets de pavés", comme si cela pouvait expliquer le choix policier de foncer, en voiture, sur des mineurs.

Le même jour, dans un parc à Bourgoin-Jallieu (Isère), "une voiture de police banalisée a surgi sur les pelouses et foncé vers les jeunes" qui manifestaient, rapporte ICI Isère, qui a filmé la scène. "Au volant, un policier casqué, fenêtre ouverte. Un gyrophare est posé sur le toit, mais il est éteint : pas de sirène, pas de signal lumineux", raconte Antoine Balandra, journaliste à ICI Isère, qui était sur les lieux. "Le véhicule effectue le tour du parc à vive allure, sur les allées comme sur l'herbe. Trois minutes plus tard, la voiture fonce à nouveau vers les élèves, entre les arbres, en multipliant les embardées. Les jeunes courent dans tous les sens." Selon ICI Isère, la police assure "que sa voiture est restée loin des lycéens, sans aucune volonté de les percuter", et que celle-ci venait en aide à "un équipage à pied en difficulté à l'entrée du parc".

Le 1er octobre, soit quatre jours plus tôt, une voiture de police avait déjà effrayé des lycéen·nes, mobilisé·es aux abords de leur lycée Marie-de-Champagne, au centre-ville de Troyes. Des vidéos montrent"une voiture banalisée de couleur sombre, se dirigeant à vive allure vers un groupe de lycéens", tandis que les policiers à bord "diffusent du gaz lacrymogène par les fenêtres", selon Libération, qui a vérifié plusieurs vidéos et parlé à un lycéen, qui raconte que "la matinée était jusque-là assez «calme», même si des grenades lacrymogènes avaient été sporadiquement «utilisées par les forces de l’ordre»", et que la police a soudain"changé de méthode".

Seul média à avoir jusqu'ici consacré un sujet global à ce "dangereux manège des voitures de police", Mediapart estime que "loin de dissiper un malentendu, les explications fournies par les autorités pour chacun des cas médiatisés ont plutôt participé du déni" et déplore des comportements policiers "dangereux et disproportionnés". Encore. Vous avez survécu aux mâchoires brisées, aux mains mutilées, aux yeux crevés ? Voici les voitures-béliers. Dans les rues des villes de France, des voitures de police foncent sur des enfants, et cela ne fait la Une d'aucun journal, ni d'aucun JT.

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