Climat : Sur Inter, dissonance cognitive de l'info

Pauline Bock - - Sur le gril - 47 commentaires

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Il y a des jours où les sujets d'actualité n'ont aucun lien les uns avec les autres. Et puis il y a le journal de 13 h du 15 février 2024 sur France Inter, où la dissonance cognitive et l'absence d'analyse entre deux actualités aussi clairement corrélées laisse pantois·es.

Dans le journal d'info du 13/14 ce jeudi, l'animateur Jérôme Cadet nous parlait de la grève des contrôleurs à la SNCF, qui débutait le soir même. "Les trains vers et au départ des stations doivent être priorisés pour la SNCF, qui fait avec le moyen du bord pour assurer le trafic sur les autres lignes", explique Cadet. Le PDG de SNCF Voyageurs Christophe Fanichet a en effet promis en début de semaine que la SNCF fera "partir un maximum de trains à la neige".

Mais pourquoi donc ? Maxime Debs, journaliste éco pour France Inter, apporte l'explication : "S'il a été décidé de prioriser les trains vers et au départ des stations, c'est que les locations s'y font à la semaine en pleine saison, dit-il. Quand vous avez réservé jusqu'au samedi, pas évident voire impossible de trouver de quoi vous loger une nuit supplémentaire si vous devez en définitive prendre un train le dimanche. Sans compter que les trains vers les Alpes sont pleins à craquer en cette période, davantage que les autres, justifie la SNCF." Bref : si votre train est supprimé, c'est pour prioriser les skieurs, mais surtout le tourisme et l'économie locale des stations de ski. Un business d'avenir sûrement, puisqu'il passe avant tout le reste ?

Pourtant, le doute est permis. Quelques minutes plus tard, après avoir discuté de la constitutionnalité "d'interdire le droit de grève pendant les vacances scolaires" comme proposé par le Sénat (spoiler : c'est très peu constitutionnel), autre sujet d'actu : "Les mois avec des températures au-dessus des normales de saison s'enchaînent depuis deux ans." Et c'est "du jamais vu depuis les relevés climatologiques", précise le météorologue interviewé : le mois de février 2024, nous dit-on, sera "le 25e mois de suite à enregistrer des températures au-dessus des moyennes de saison."

Il va faire "24 degrés à Biarritz, 19 degrés à Clermont-Ferrand au cœur du massif central", annonce Jérôme Cadet, "ce qui pose la question du manque de neige". Pour s'en assurer, reportage dans les Vosges : on apprend qu'à la station de ski de la Bresse, le directeur a déplacé en camion "70 tonnes de neige" d'un sommet voisin afin d'ouvrir une piste – seulement une sur trois, faute de neige naturelle dans cette station située à "seulement 900 mètres d'altitude". La démarche n'est pas illégale, mais des écologistes locaux s'y opposent. L'un d'eux explique au micro de France Inter : "Il est temps de repenser collectivement l'activité touristique du massif, on ne pourra pas tenir comme ça des décennies."

Se pourrait-il donc que "prioriser les trains vers et au départ des stations" pendant la grève à la SNCF soit une aberration commerciale, visant à faire vivoter coûte que coûte des stations de ski en fait condamnées par le dérèglement climatique ? N'y aurait-il pas là une analyse politique, sociale et économique autrement plus intéressante à proposer au journal de 13 h ? En attendant d'écouter un tel sujet sur France Inter, vous pouvez toujours revoir notre émission sur les stations de ski face au changement climatique.

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