Liban : les 300 visages du "sale boulot"
Daniel Schneidermann - - (In)visibilités - Obsessions - 7 commentaires
Au premier jour du cessez-le-feu entre l'Iran et les Etats-Unis, le 8 avril, l'armée israélienne a mené 100 frappes en dix minutes au Liban. Le bilan se monte à plus de 300 morts et au moins 1150 blessés. Le gouvernement israélien a prétexté vouloir porter un "nouveau coup" au Hezbollah.
Plusieurs personnalités justifient les bombardements israéliens sur le Liban, en expliquant que Israël fait "le sale boulot"
pour les Occidentaux.
"Il y a beaucoup de gens au Liban qui sont très contents qu'Israël fasse le sale boulot de débarrasser le Liban du Hezbollah"
, a expliqué sur BFM Olivier Rafowicz, porte-parole de l'armée israélienne.
"Israël fait le sale boulot pour nous tous"
expliquait l'an dernier le Chancelier allemand Friedrich Merz.
Le sale boulot. "Un nouveau coup"." Jusqu'au bout". Ces mots, toujours les mêmes. Le journal libanais L'Orient Le jour
s'est placé à l'extrémité de la chaîne, pour rendre leurs visages à quelques unes de ces 300 victimes collatérales du "sale boulot"
. Des visages et des bribes de biographies ramassées à la va vite, au téléphone ou sur les réseaux sociaux. En voici quelques uns.
Cette victime du "sale boulot" se consacrait à une association en mémoire du massacre du 4 août 2025.
Cette victime du "sale boulot" était maitre torréfacteur.
Ces victimes du "sale boulot" étaient réunies dans le logement au moment de l'impact
Cette victime du "sale boulot" se trouvait dans une pharmacie pour acheter des médicaments à distribuer aux déplacés de la guerre.
Cette victime du "sale boulot" s'était rendue à la pharmacie pour acheter du lait pour ses deux fillettes
Ces victimes du "sale boulot" ont été tuées dans un appartement qui était devenu le refuge familial élargi.
Cette victime du "sale boulot" manquera profondément à tous ceux qui l'ont connu
Cette victime du "sale boulot" n’a pas crié, il n’a pas pleuré, il ne s’est pas plaint. Il était silencieux d’une manière douloureuse. Sur ses vêtements, il y avait de petites taches de nouilles (...)restes d'un repas inachevé.
Et tous les autres.
Le même jour, Le Monde
publiait une enquête consacrée aux progrès que permet l'Intelligence Artificielle, dans l'optimisation des bombardements. Cette enquête est centrée sur l'entreprise Palantir, en pointe dans le secteur.
"La montée en puissance de l’IA coïncide avec une hausse sans précédent du nombre de frappes : l’armée américaine en aurait réalisé 2 000 dans les quatre premiers jours de la guerre en Iran, soit environ le même nombre que dans les six premiers mois de l’offensive alliée en Syrie et en Irak en 2014, selon Jessica Dorsey, chercheuse de l’université d’Utrecht (Pays-Bas),
citée par le
Financial Times
.
Le 8 avril, lors de l’annonce du cessez-le-feu avec Téhéran, le département de la guerre américain a évoqué 13 000 frappes en trente-huit jours dans la guerre contre l’Iran. Il vise à terme
« 1 000 décisions par heure »
pour
« choisir ou écarter des cibles »
,
a assuré, en mai 2025, Frank Whitworth, directeur de la National Geospatial-Intelligence Agency."
"
La massification des frappes a également été pointée du doigt à Gaza
, dans des enquêtes du magazine
+972
dénonçant des systèmes d’IA nommés Lavender ou Habsora et utilisés pour proposer comme cibles des milliers de personnes jugées liées au Hamas. Palantir n’est
« nullement associé »
à ces logiciels, insiste l’entreprise, tout en assumant son soutien actif à Israël depuis
l’attaque du 7-Octobre et en donnant peu de détails sur sa collaboration avec l’armée israélienne".