Raphaël Arnault au concert antiraciste de LFI : "Quotidien" sans frontières

Élodie Safaris - - Déontologie - Les énervé·es - 68 commentaires

"Quotidien fait du Frontières", tacle le compte X de gauche Real Marcel à la suite de l'émission du programme de TMC diffusée ce lundi 22 juin. "On dirait du Frontières, mais de centre droit" ironisait un autre internaute sous l'extrait Instagram publié par l'émission, à l'instar de très nombreux autres commentaires sur les réseaux.

Outrances islamogauchistes ou clairvoyance ? Une chose est sûre : la séquence concernée a de quoi inquiéter quant au traitement médiatique de l'année présidentielle que proposera l'émission d'info-divertissement... Une séquence qui se divise en deux. D'abord, l'échange entre le journaliste Paul Moisson et le député insoumis et militant antifasciste lyonnais, Raphaël Arnault, croisé à l'occasion du concert antiraciste organisé par LFI pour la fête de la musique à Paris. Une interview qualifiée de "discussion un peu houleuse" par le compte Instagram de l'émission. Et d'autre part, les réactions en plateau à la suite de ces "3 minutes 22" que le journaliste "trouvait intéressant" de montrer "en entier, sans coupes". Frissons. 

"Pourquoi c'est important de faire une fête de la musique ici place de la République ?", questionne d'abord le journaliste. "Partout c'est toujours important de célébrer la musique, la culture" répond le député du Vaucluse avant de lâcher une pique : "Mais ça vous dérange pas trop que ça soit contre l'extrême droite, le [sic] Quotidien ? Jean-Michel Apathie ça le dérange pas trop la mobilisation contre l'extrême droite ?" .

"Le truc un peu questionnable je trouve, c'est : vous assumez de politiser un évènement comme celui de la fête de la musique. Est-ce que le risque, à terme, c'est pas que les gens ne dansent plus jamais ensemble ? Que si même le jour de la fête de la musique, il faut choisir un camp, on n'arrive plus jamais à danser ensemble ?". Ne plus jamais parvenir à "danser ensemble" : voilà une inquiétude journalistique légitime ! Une question mi-naïve, mi-sotte mais raccord avec la ligne centriste de l'émission quotidienne, visant à dépolitiser un paquet de sujets, et à tirer à boulet rouge sur la France Insoumise, comme depuis de nombreuses années. 

"C'est vous qui êtes en train de diviser, là, y'a tout le monde qui est ensemble" rétorque Raphaël Arnault, arguant que c'est justement "parce qu’on reste ferme sur nos positions antifascistes, fermes contre l'extrême droite, qu'on ne réussira pas à diviser le peuple français".

Le journaliste de Quotidien entame ensuite une série de question sur le "retour" public de Raphaël qui s'est montré discret médiatiquement depuis la mort du jeune néofasciste Quentin Deranque et alors que deux de ses anciens collaborateurs parlementaires sont mis en cause (dont l'un, Jacques-Elie Favrot, mis en examen pour "complicité d'homicide volontaire par instigation"). 

"Vous allez parler de la Jeune Garde ?" ; "Pourquoi vous avez mis si longtemps à ressortir ?" ; "Ça fait bizarre de vous voir là, quand même ?" ; "Vous allez soutenir Mélenchon ?" ; "Vous allez être au premier rang pour soutenir sa campagne ?" ; "Vous allez participer aux meetings, participer aux déplacements ?" ; "Vous avez l'impression qu'ils veulent de vous aujourd'hui ?" ; "Après toutes les polémiques qu'il y a eu, ils continuent à vous soutenir, à vous mettre en avant ?" ; "Aujourd'hui la Jeune Garde, elle est un peu moins fréquentable qu'avant ?"

"La Jeune Garde c'est un outil comme plein d'autres outils, l'important c'est que l'antifasciste perdure, voilà, j'ai rien d'autre à vous dire" conclut Arnault sans s'étendre sur le sujet, ni sur la mort de Quentin Deranque et la séquence politico-médiatique qui a suivi (qu'il avait déjà largement commentée dans un long entretien accordé à Blast en avril dernier - entretien déjà raillé par Quotidien à l'époque).

Retour en plateau. Yann Barthès donne la parole à Jean-Michel Aphatie, l'air très grave : "Est-ce que tu veux répondre, il te met en cause, il nous met en cause, est-ce que tu veux répondre ou pas ? ". Evidemment ! 

"Un homme est mort" lâche d'emblée le chroniqueur politique avant de se tromper sur le prénom de Quentin Deranque. Ça la fiche mal pour donner des leçons d'humanité mais il poursuit : "Un homme est mort, ça n'a pas l'air de peser sur sa conscience". Aphatie sait lire dans les consciences. Il note également qu'Arnault est "très à l'aise" et dit avoir "du mal" à s'imaginer "représenté" à l'Assemblée nationale "par cet homme-là" et que "si Jean-Luc Mélenchon pense que c'est en accueillant des gens comme Raphaël Arnault qu'il va rassembler 51 % des Français", à mon avis, il se trompe". Pour le chroniqueur, l'échange entre Paul Moisson et Raphaël Arnault est "plutôt de nature à renforcer l'effroi que peut susciter dans une partie de la population, la France insoumise"On aimerait savoir ce qui dans les mots du député LFI peut provoquer un tel "effroi", alors qu'il ne fait que répondre de façon plutôt très convenue aux questions insistantes du journaliste.

Mais la saillie la plus surprenante, qui jure encore plus avec les propos anodins de Raphaël Arnault, resté par ailleurs très souriant - bien que taquin - tout au long de l'échange, est le commentaire d'un autre journaliste présent en plateau, Paul Gasnier : "Jean-Luc Mélenchon le fait monter sur scène, c'est pitoyable. Il fait le cake devant la caméra en traitant en plus les journalistes qu'il estime ne pas être de son côté de fascistes sans avoir effectivement un mot pour la famille de Quentin Deranque. C'est pitoyable"

"Pitoyable", donc, répété DEUX FOIS pour évoquer la prise de parole de Raphaël Arnault lors de l'évènement LFI. On n'est pas si loin des éléments de langage du site d'extrême droite Boulevard Voltaire qui titre "Le retour sur scène de Raphaël Arnault : le déshonneur a un nom" ou du Figaro qui ose affirmer que "Raphaël Arnault a donc donné une cible à la foule : les «fachos»", et que "la Fête de la musique a pris soudain un petit parfum de guerre civile".

"Merci à mon camarade Raphael Arnault d'avoir si bien répondu aux questions de Jordan Florentin" avait tancé le député LFI d'Essonne, Antoine Léaument, en voyant la séquence. "Inspirer Quotidien n'était pas dans mon bingo 2026 : ils vont enfin faire du vrai journalisme" a réagi ce matin le directeur de la publication de Frontières. Étonnant, non ? 


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