CNews : Dassier, Florentin, et les frontières de l'acceptable

Robin Andraca - - Les énervé·es - 28 commentaires

CNews aurait-elle des limites ? Après le départ de Jean-Marc Morandini, définitivement condamné pour corruption de mineurs, voilà que le chroniqueur Jean-Claude Dassier a été écarté "jusqu'à nouvel ordre" de CNews et Europe 1, suite à des propos "intolérables" sur les étrangers emprisonnés en France. 

Les propos en question, tenus sur le plateau de 100% politique début février, remontés à la surface des réseaux un mois plus tard : "On les jette en... on les met en Méditerranée, on les met où ?", s'était interrogé Jean-Claude Dassier. Avant d'ajouter : "L'Algérie n'en veut pas, la Tunisie n'en veut pas, le Maroc n'en veut pas."

Jeter des gens dans la Méditerranée, c'est visiblement la ligne rouge sur CNews, même si ses dirigeants ont attendu que la séquence déclenche l'indignation sur les réseaux pour suspendre Dassier. En plateau déjà à l'époque, l'animateur Gauthier Le Bret avait sermonné son chroniqueur : "C'est horrible ce que vous dites […], vous racontez n'importe quoi […], vous ne pouvez pas dire ça, à la télévision, «on les jette dans la Méditerranée», vous vous rendez compte de ce que vous dites ?". Enfin, Jean-Claude, comment osez-vous ? 

CNews, sanctionnée récemment à hauteur de 100 000 euros pour deux séquences diffusées à l'été 2025 pouvant inciter à la discrimination des musulmans et des Algériens, serait-elle en train de se déradicaliser ? Pas du tout, au contraire même. Il suffit de voir par qui la chaîne a remplacé Morandini pour s'en convaincre. Depuis le 23 février, c'est en effet le même Gauthier Le Bret qui a pris la suite de l'animateur. Celui qui s'indigne que l'on puisse penser à jeter des gens dans la Méditerranée, anime désormais du lundi au jeudi une émission aux côtés du patron du média identitaire Frontières, Erik Tegnér, baptisée – ils étaient visiblement pressés – 100% Frontières. 

Sans surprise, l'émission décline les mêmes obsessions que le magazine : insécurité, immigration, islam, et LFI. Offensive israélo-américaine oblige, l'émission a rapidement dû basculer en édition spéciale "Guerre en Iran", avec un envoyé très spécial : Jordan Florentin, directeur de publication de Frontières depuis peu, plus connu jusque-là pour ses micro-trottoirs délibérément provocateurs avec des militants de gauche. 

Tandis que les bombardements redoublent à Téhéran, il se promène à Tel-Aviv, caméra au poing, pour interviewer une israélienne qui se sent "plus en sécurité en Israël qu'en France", ou souligner le "fort patriotisme" présent dans ce pays. Et va ensuite répéter la même chose sur les plateaux de la chaîne israélienne i24news, où on loue son "honnêteté intellectuelle et morale". Sans jamais rappeler évidemment – ça ferait tache – qu'en 2021, le même Jordan Florentin s'était présenté dans un théâtre avec un pass sanitaire au nom de "Adolf Hitler", comme nous l'avions révélé à l'époque

Jordan Florentin ne dira probablement jamais à l'antenne qu'il faut jeter des gens dans la Méditerranée. Il incarne cette nouvelle extrême droite, plus agressive, plus décomplexée, plus agile, mais aussi plus polie, plus consciente des limites de l'acceptable, ce qu'on a le droit de penser, mais plus de dire. Ce qu'on peut déplier au quotidien dans son travail, ses magazines, ses émissions, mais qu'il ne faut jamais clamer trop haut, trop franchement. La haine mais à bas bruit, bien brossée, avec le sourire. En déclassant Jean-Claude Dassier, et en attribuant une émission quotidienne à un collectif identitaire, la chaîne info de Bolloré ne fait pas le ménage.  Elle continue en réalité à se radicaliser. 

Lire sur arretsurimages.net.