Apolline de Malherbe, Bally Bagayoko, et "la ville des Noirs"

Robin Andraca - - Déontologie - Les énervé·es - 31 commentaires

Même après des années à écouter les matinales, disséquer les questions des éditorialistes, on est encore parfois surpris. La surprise d'abord, puis la révolte et une pincée d'écœurement. 

Ce matin, 17 mars, deux jours après le premier tour des élections municipales, Apolline de Malherbe reçoit dans son émission quotidienne sur RMC Story, Apolline Matin, Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis, élu triomphalement dès le premier tour. 

Angle d'attaque de la journaliste : interroger le néo-maire sur l'expression "Nouvelle France", utilisée par Mathilde Panot à son propos la veille, et théorisée depuis plusieurs mois par Jean-Luc Mélenchon dans ses discours. Réponse de Bagayoko : "Cette Nouvelle France, ce sont celles et ceux qui sont héritiers de l'immigration, moi je n'aime pas trop le terme racisé, ce sont celles et ceux qui en fin de compte sont les enfants de la République, et qui l'assument en tant que tel, et qui marchent sur leurs deux jambes."

C'est ensuite que les choses se compliquent, et qu'on bascule dans une autre dimension. Relance de Malherbe : "Donc pour vous c'est important, vous l'avez dit d'ailleurs, alors qu'un de mes confrères vous interrogeait sur la ville des rois, vous disiez que c'est aussi la ville des Noirs, est-ce que ça, ça compte pour vous ?"

Réponse digne de Bagayoko : "C'est pas la ville des Noirs, c'est la ville donc des Rois, et du peuple vivant, c'est ça le terme complet en fin de compte qui a été rappelé." Il est ensuite coupé par la journaliste, qui revient sur son appréciation du terme "racisé". 

Il faut souligner la dignité de la réponse, tant la question ne l'est pas, et tant le maire de Saint-Denis était en droit de se permettre plus. Et pour cause : Bally Bagayoko n'a jamais dit que Saint-Denis était "la ville des Noirs". 

La journaliste fait référence à un échange qui s'est bien tenu dimanche soir sur LCI entre Bally Bagayoko, à peine élu, et Darius Rochebin. Peu avant minuit et demi, tandis que la soirée électorale bat son plein et que le maire fête sa victoire entouré de ses soutiens, Rochebin se lance : "Tout à l'heure sur ce plateau, il y en a qui rappelaient que, évidemment, Saint-Denis, c'était la ville des rois. Aujourd'hui, c'est toujours la ville des rois, mais c'est aussi la ville où..."

Il est alors coupé par le nouveau maire de Saint-Denis : "La ville des rois, et du peuple vivant", articule-t-il distinctement deux fois de suite à l'antenne. La seconde fois est clairement plus audible, et ne laisse aucun doute sur ce qu'a voulu dire Bagayoko. Lequel n'est d'ailleurs pas repris par Rochebin, ce qui aurait probablement été le cas, si le maire fraîchement élu avait parlé de "ville des Noirs". 

D'où sort donc cette grossière intox, qui viserait à prouver qu'un maire noir est forcément ségrégationniste ? De l'extrême droite. Des comptes X de Gilbert Collard, de Jean Messiha, mais aussi d'Emmanuel de Villiers, frère de, et chroniqueur aux Grandes Gueules (sur RMC aussi) qui ont tous poussé, sur leurs réseaux respectifs, cette fausse information grotesque. Et raciste, disons-le. 

L'extrême droite est raciste, et ment. Jusque-là, rien de bien nouveau. Mais qu'Apolline de Malherbe reprenne cette intox, face à l'homme qui en a été victime, dépasse l'entendement. A-t-elle seulement écouté cette séquence ? Ou, comme l'interview le laisse penser, a-t-elle seulement vu passer cet extrait sur les réseaux sociaux, et fait confiance à ceux dont le métier est précisément de mentir ? Contactée par ASI, par téléphone puis par texto, elle n'a pas souhaité répondre à nos questions. 

Mais sur X, elle a publié ce message d'excuse à 12h43 : "J'ai reçu ce matin Bally Bagayoko, nouveau maire de St-Denis. Dans le brouhaha du duplex j'avais mal entendu ses propos dimanche soir minuit, et j'en suis désolée. Ses mots exacts etaient « ville des rois et du peuple vivant ». Il a eu l'occasion de le dire ce matin à mon micro." 

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