Présidentielle US : sur Fox, CNN et Wikileaks

Daniel Schneidermann - - Le matinaute - 53 commentaires

Si l'on ne connait pas encore le vainqueur, on connait déjà le vaincu de la présidentielle américaine :

la confiance dans la démocratie, cette vieille lune du suffrage universel, éclairé par un débat public loyal dans les medias, pour désigner les dirigeants d'un pays. De bout en bout, cette interminable campagne aura produit de l'écoeurement, et Sylvie Kauffmann, éditorialiste au Monde, signale à juste titre que les dirigeants chinois, ou russes, ont toutes les raisons de faire la fête, devant le combat de boue qui s'achève.

Mais, s'agissant des medias, qui nous intéressent ici, qui est responsable ? Peut-on renvoyer dos à dos la propagande pro-Trump de Fox News, et la propagande pro-Clinton de CNN ? Dernière révélation en date de Wikileaks parmi beaucoup d'autres : l'Etat-major démocrate aurait tenté de souffler au journaliste de CNN Wolf Blitzer des questions embarrassantes à poser à Trump, au cours d'une émission, au printemps dernier. Ainsi, brique par brique, se confirme la conviction que de grands media mainstream ont fait la campagne de Clinton, contre Trump.

Après tout, dira-t-on, ils n'ont fait que tenter d'équilibrer la propagande quotidienne pour Trump de la puissante Fox News. C'est vrai. A une différence près. La propagande pro-Trump de Fox News, où se succèdent des éditorialistes qui crachent leur haine de Clinton, est avouée, revendiquée, à visage découvert. La propagande pro-Clinton de CNN, au moins dans les derniers mois de la campagne, aura été clandestine, inavouée, sournoise. On en est là, à la fin de cette interminable campagne dans la démocratie la plus emblématique du monde. C'est entre deux modes de propagande, qu'il faut décider laquelle est la moins détestable.

Reste le rôle de Wikileaks. Pour qui tentera de reconstituer l'histoire de cette campagne, l'un des mystères les plus aigus restera l'instrumentalisation, ou non, de l'organisation de Julian Assange, qui a empoisonné goutte à goutte les dernières semaines de la campagne Clinton, par le gouvernement russe. Qu'en sait-on vraiment ? Rien, évidemment. Il est vrai que Wikileaks n'a pas beaucoup embêté Trump. Mais après tout, c'est peut-être seulement parce que ses serveurs sont mieux défendus que les serveurs démocrates. Pour la presse pro-Clinton française, pas de doute pourtant : les Russes sont derrière. Pour Damien Leloup, journaliste au Monde, "il est possible, et même probable, que les documents du Comité national démocrate publiés par l’organisation proviennent d’un piratage orchestré par un groupe proche du Kremlin". Quelle preuve ? Aucune. Ah si. La preuve irréfutable renchérit Sylvie Kauffmann : les "services de renseignement américains l'affirment". Alors s'ils le disent, pourquoi ne pas les croire ? Oui, la démocratie est atteinte. Mais la presse pro-Clinton n'y est pas pour rien.

Election US : couverture du magzaine allemand Der Spiegel

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