Pourquoi le crash Levavasseur devrait inquiéter tous les partis

Daniel Schneidermann - - Le matinaute - 70 commentaires

Ce devrait être le titre principal du matin. Au moins, un des titres principaux : Ingrid Levavasseur a annoncé hier sur LCI, chez Pujadas, sa renonciation à conduire une liste RIC aux Européennes. Entre les désistements, les menaces, et le "coup de Montargis", la liste était déjà morte. Cependant, l'ambulancière d'Evreux ne renonce pas aux élections européennes. Elle se propose simplement de "lisser le nom RIC", tout en assurant dans une autre interview que "la France a besoin de l'Union Européenne", ce qui lui vaut foudres et sarcasmes des souverainistes. Comprenne qui pourra.

Pourquoi ce devrait être le titre principal ? Parce que cela veut dire que la seule tentative, à ce jour, des Gilets jaunes, de s'insérer dans les institutions de la Ve République, s'est fracassée sur...Sur quoi ? Sur les calculs, les égos, les indisciplines, l'amateurisme, les pesanteurs, le machisme peut-être (une seule femme sur la photo des mutins de Montargis). Il serait parfaitement logique d'en conclure que ces institutions sont, à brève échéance, condamnées, du fait de leur incapacité à accueillir de nouveaux mouvements politiques.

Pour cette raison, le crash de la tentative Levavasseur devrait fortement inquiéter les représentants des partis qui, aujourd'hui, jouent le jeu de ces institutions, même s'ils les critiquent. Il devrait inquiéter Le Pen, Wauquiez, Ferrand, Macron, Faure, Hamon, Mélenchon, et les autres. J'ai peut-être mal tendu l'oreille, mais je n'entends pas d'inquiétude particulière. Je serais tenté de dire qu'ils s'en foutent. D'ailleurs, ce n'est pas aux radios du matin que je l'ai appris, mais sur mon réseau addictif préféré.

Ce silence, c'est le même qui accueille, depuis la publication de son livre à l'automne, la solution que propose l'économiste Julia Cagé, notre invitée de la semaine dernière, de réforme du système actuel de financement des partis politiques, favorable aux partis des riches et des installés. Une solution pour favoriser, sans que cela coûte un sou, l'émergence de nouveaux mouvements politiques, et leur insertion dans le jeu politique. Je ne vais pas vous la re-résumer. Je l'ai déjà fait dans une précédente chronique. L'émission, votée par nos abonnés, est désormais en accès libre. Et pour les paresseux, en voici un résumé en vidéo. 

Cette solution a plusieurs graves inconvénients. Elle est d'abord trop simple. Elle a ensuite le tort d'être à la fois réaliste et radicale, en mettant en oeuvre un dégagisme réel, sans slogans, sans hurlements, sans effusion de sang. C'est certainement la raison du silence assourdissant des Le Pen, des Wauquiez, des Ferrand, des Macron, des Faure, des Hamon, des Mélenchon, et des autres.

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