L'enfant, ennemi public
Daniel Schneidermann - - Le matinaute - 172 commentaires Télécharger la videoTélécharger la version audio
Il est un lieu de la République qui défie toute exploration
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tout décryptage, qui conserve tous ses mystères, à travers les mois qui
passent, c'est le cerveau de Xavier Darcos, ministre de l'Education.
Dans quelle rubrique classer le nouveau fumigène de Darcos, proposant
devant les parents d'élèves d'autoriser les conseillers d'éducation à
fouiller les cartables des écoliers, pour y dénicher des armes ? Il
parait que Darcos s'ennuie, et souhaite quitter son poste. Est-ce une
manière d'obliger Sarkozy à l'exfiltrer du ministère, et à lui proposer
une autre affectation ? Mystère. |
Eût-il parlé, par exemple, de sacs à dos, la proposition aurait sonné différemment. Mais les "cartables" des bouts de choux ! D'autant que la proposition tombe en même temps que l'interpellation par la police de deux enfants de six et dix ans, soupçonnés (à tort) de vol de vélos, et qui a fait l'ouverture des 20 Heures du pont de l'Ascension. Darcos n'y est pour rien, mais le mélange de ces représentations aboutira sans doute à dissiper la fumée de ce fumigène, sans doute plus rapidement encore que les autres.
Les deux nouvelles, conjuguées, dessinent un paysage. Dans ce paysage, un nouvel ennemi public : l'enfant. L'enfant voleur de vélos, et au cartable lourd de menaces. Darcos, comme les autres ministres, disposant certainement d'une batterie de sondages circonstanciés effectués par d'éminents spécialistes, il faut conclure qu'il doit y avoir un public, demandeur de cette représentation-là. Un public qui accueille favorablement la proposition (enterrée depuis) d'incarcération à partir de douze ans. Un public qui envisage favorablement la recherche des armes au milieu des taille-crayons. Il doit y avoir une France qui souhaite ça, une France qui ne parle pas à la radio, ni à la télé. Mais qui vote, ce qui explique bien des choses.