Le homard est sans pitié

Daniel Schneidermann - - Le matinaute - 118 commentaires

Eh, Fabrice Arfi, pas si vite ! Où est passé le bon vieux temps où Mediapart laissait passer quelques jours entre chaque épisode des grands feuilletons des années 2000 ? Où on savourait les grands crus Bettencourt et Cahuzac gorgée par gorgée, en les faisant tourner en bouche comme ils le méritaient ? J'ai à peine eu le temps de digérer les homards de François de Rugy à l'Assemblée, en compagnie de mon ami Aphatie, que je me réveille avec le limogeage de sa directrice de cabinet, la préfète Nicole Klein, qui a conservé 12 ans un HLM parisien où elle n'habitait pas. Et alors que j'attaque cette chronique, voici qu'on me fourre le nez dans le dressing à 17 000 euros de Mme de Rugy au ministère de l'écologie. Pas si vite ! Laisse-moi le temps au moins de finir ma chronique avant le prochain épisode ! (Accessoirement, pendant ce temps, qui parle de l'affaire que nous révélons nous-mêmes ici, les "ménages d'entreprise" du patron de l'Opinion, Nicolas Beytout ? Hein ? Qui relève que le quotidien du business est acheté par le business ? Ah, si seulement Beytout avait lui aussi dîné au homard, avec Aphatie, quand il animait les réunions de l'Union des Entreprises des Alpes de Haute Provence !)

Cela dit, le homard est sans réplique. Le homard a tuer Rugy, comme le répète Twitter depuis hier en se gondolant sous le hashtag #homardmatuer. Le homard est l'arme ultime, de dernier recours (comme le cireur de chaussures, que convoquait à l'Elysée le conseiller de Hollande, comment s'appelait-il déjà, ah oui, Aquilino Morelle, poussé à la démission par une accusation de conflit d'intérêt, avant d'être plus tard blanchi par la Justice. C'est si loin !) Une affaire de dilapidation de fonds publics ne scandalise pas, si elle ne s'accroche pas au détail qui tue, le homard, le dressing (donc les robes longues, les chaussures à talons aiguille, et tout ce qui va avec), ou le dîner de la Saint Valentin avec pétales de roses sur la table.

La déconstruction des narrations médiatiques étant la raison d'être de ce site, j'ai néanmoins écouté consciencieusement les réponses de François de Rugy au (premier) scoop de Mediapart lors du compte-rendu du Conseil des ministres. C'est ici, à partir de 29'50''. Vous pouvez écouter si le coeur vous en dit. Mais je sais que vous n'écouterez pas. Car Rugy est condamné d'avance. Condamné pour punition de sa trahison de Hamon en 2017. Condamné surtout pour avoir accepté ensuite de remplacer Hulot dans son rôle de ministre en carton pâte, de leurre du business pendant que la planète brûle, et que l'espèce court à sa perte, ce qui est une suffisante raison d'être totalement indifférent à son sort. Même si les homards ne sauveront pas la planète.

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