Glypho-lobbying à Bruxelles : enfer, ce n'était pas une fake news !

Daniel Schneidermann - - Intox & infaux - Le matinaute - 50 commentaires

Et pour une fois, les fact-checkeurs donnèrent raison à Marine Le Pen. Ou presque. Reprenons du début. "Les lobbies, comme Bayer-Monsanto, financent les partis politiques européens, notamment ALDE le parti d'Emmanuel Macron au Parlement", lance Le Pen sur RTL, le 7 mars.

Le parti d'Emmanuel Macron financé par le fabricant du glyphosate ?  L'un après l'autre, les fact-checkers fact-checkent (Libé dès le 7 mars, Franceinfo cinq jours plus tard) et, ô surprise, c'est vrai. Ou presque. Ce n'est pas "le parti d'Emmanuel Macron", qui reçoit des fonds d'une kyrielle de multinationales, dont Bayer, mais le groupe parlementaire européen centriste ALDE, auquel LREM, a manifesté son intention de s'affilier dans le nouveau Parlement. Intention exprimée l'automne dernier au cours d'un congrès du groupe à Madrid, dont Bayer, en effet, comme d'autres multinationales, était un des "sponsors". 

Ce "sponsoring" lui donnait le droit de participer aux débats et aux tables rondes. Selon Le Monde (article du 10 mars) le "sponsor" Bayer, par exemple, a participé à un débat sur "l'avenir du commerce, des investissements et de l'innovation", aux côtés d'une commissaire européenne, d'une ministre et d'un député européen. Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes de glypho-lobbying possibles. Sur tous les détails cocasses de cet exocet lepéniste (le directeur de campagne de LREM, Stéphane Séjourné, scandalisé par la révélation, l'eurodéputé centriste français Jean Arthuis découvrant la pratique et expliquant "ce ne sont pas des sommes extraordinaires, mais c'est ridicule parce que ça fait naître des suspicions absurdes"), reportez-vous à vos fact-checkeurs préférés, par exemple cet article du 12 mars de Franceinfo. Aux dernières nouvelles, le groupe ALDE, sous pression de LREM, a renoncé à ses dons d'entreprises, mais LREM se ferait prier pour renouer le partenariat. Bref, à suivre. Résultat des courses : l'enquête de France 2 du 11 mars, ci-dessous, est propagée triomphalement par la lepenosphère (beaucoup moins prompte à re-tweeter le tout-venant des intox lepénistes, comme par exemple celle-ci).

Les cris d'orfraie des eurodéputés français sont cocasses.  Ainsi donc, ils ne s'étaient aperçus de rien ? Ils ne lisaient pas les brochures de leurs propres congrès ?  Et les protestations françaises de vertu, sur le mode "interdit chez nous", le sont tout autant. Dans la vie politique française, en effet, un aimable sponsoring désintéressé comme celui de Bayer est interdit. Ce ne sont pas les multinationales, qui donnent, mais, à titre personnel, leurs états-majors, leurs cadres supérieurs ou moyens, leurs actionnaires. Ce qui aboutit au résultat brillamment démontré par l'économiste proche du PS Julia Cagé (regardez-la ici exposer sa solution pour sortir de ce système), d'un gouvernement aux mains, non pas de Bayer en particulier, mais des riches en général. Ce qui change tout.

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