Europe : comment décourager les derniers amoureux

Daniel Schneidermann - - Le matinaute - 181 commentaires

En cherchant bien, il doit bien rester en Europe quelques amoureux sincères de la construction européenne, du drapeau bleu aux étoiles d'or, de l'hymne à la joie et des trois quarts de siècle sans guerre (ou presque) sur le continent. Sans doute les mêmes sont-ils aussi amoureux des institutions démocratiques, du régime social, et des "valeurs" de la vieille Europe. Une poignée, sans doute. Mais apparemment encore trop pour la nouvelle présidente de la commission, l'Allemande Ursula von der Leyen, qui a présenté hier sa toute nouvelle commission, et a manifestement décidé de les décourager. 

Aux côtés de "l'icône anti-GAFA" Margreth Vestager, cette commission comprend ainsi un "commissaire en charge de la protection de notre mode de vie européen". Pour les malcomprenants, ce commissaire, un ex-fonctionnaire européen de nationalité grecque, Margaritis Schinas, est notamment en charge des migrations. De là à déduire que pour la nouvelle présidente, les immigrants portent atteinte à "notre mode de vie européen" (noter le possessif) il n'y a qu'un pas, qu'un europhile aussi convaincu que Raphaël Glucksmann a déjà franchi, plus vite en tous cas que la presse française la plus pro-européenne (notamment Le Monde et Libération) qui, à l'heure où écrit le matinaute, n'a pas encore réagi. 

Et pourtant, dans l'intitulé xénophobe, on n'avait pas fait mieux de puis le "ministère de l'identité nationale" de Sarkozy.

On peut nuancer, en remarquant que la lettre de mission de Schinas ne lui demande pas de rejeter les migrants à la mer mais souligne la nécessité d'une "attention soutenue à l'intégration", d'une "immigration légale bien organisée,  à la fois une chance et une nécessité pour l'Europe", tout en estimant qu'il faut "apaiser et se confronter" ("to adress and allay") aux "peurs et aux préoccupations légitimes quand à l'impact de l'immigration irrégulière sur notre économie et notre société". Comprenne qui pourra ce qui s'est joué entre le bureau chargé de la dénomination du commissaire, et le bureau chargé de la lettre de mission. S'il y a bien une constante de la langue techno-européenne c'est, comme disait l'autre, le cousinage avec le volapük.




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