Cartographie du bourrage de crânes
Daniel Schneidermann - - Le matinaute - 77 commentaires Télécharger la videoTélécharger la version audio
Soir après soir, on se familiarise avec la carte du Mali.
Attends, Konna, c'est où déjà ? Et Tombouctou ? Ah oui, voilà Tombouctou. Et les pays frontaliers ? Tu en cites combien, de mémoire ? Algérie ? Mauritanie ? Tchad ? Et le Sénégal, et la Guinée ? Frontière, ou pas frontière ? La géographie, en attendant l'histoire, et les studieuses révisions à venir. La colonisation du Mali, quand ? Dans quelles circonstances exactes ? Et la décolonisation ? Et les Touaregs ? Qui donc pourrait me faire, en trois minutes, les Touaregs pour les Nuls ?
Mais il est une autre cartographie, qu'il va falloir établir: celle des sources d'information (et nous avons modestement commencé ici). Comme dans toute guerre, on va voir s'ouvrir des robinets à propagande, on va voir jaillir des sources de ricanement automatique. Il faudra identifier les sources les plus crédibles au sein de l'armée française. Les canaux d'information les plus fiables de "l'Ennemi", qu'il faut aussi écouter. Chercher à la lanterne les informations de bonne foi. Au septième jour de la guerre, un candidat sérieux au podium du bourrage de crâne semble être Bernard Guetta, de France Inter, qui matin après matin semble vouloir convaincre les auditeurs qu'il travaille sur une radio d'État, et pas sur une radio publique. Ce matin encore, il fallait l'entendre répéter que l'intervention française était "préparée de longue date", et conclure sur un fier cocorico: "la France n'est pas seule, et le sera de moins en moins". Le Petit journal, "comme à Valmy", 1914 |
La France, pas seule ? Il suffit de lire tous les jours les dépêches, pour constater que si les pays européens se bousculent avec enthousiasme pour prêter à la France des "moyens logistiques", un avion par-ci, deux avions par-là, ni Merkel, ni Cameron, ni Obama, ne manifestent la moindre velléité d'envoyer des soldats. Quant à l'opération "préparée de longue date", j'admets ici que je n'en sais rien, bien moins que Guetta lui-même, qui a évidemment accès permanent aux réunions les plus secrètes de l'État major. Mais je lis. Par exemple le blog de Frédéric Helbert, que nous avons plusieurs fois invité (par exemple ici), et qui dispose de bonnes sources, volontiers râleuses, à des niveaux variés de la hiérarchie militaire. Le blog de Helbert n'est certes pas vérité d'évangile, et il n'est pas à Bamako, mais les récits que l'on lui rapporte des arrivées d'unités sur l'aéroport de Bamako, par exemple, ne donnent pas l'impresssion d'une préparation minutieuse. Quant au verbe de Hollande lui-même, par exemple quand il répond à chaud que le but de guerre est de "détruire" les terroristes, il ne donne pas non plus l'impression d'une stratégie ni d'une tactique finement ciselées. Tout ceci, j'en suis d'accord, est très impressionniste. Ne me croyez pas sur parole. Explorez, recoupez, surfez. Pour quelques temps, on va tous être condamnés à un certain impressionnisme.