Comptes 2025 : deux ans que ça va mieux. Et après ?
Antoine Streiff - - Financement des medias - La vie du site - 41 commentairesPour la deuxième année consécutive, les comptes d'Arrêt sur images sont bénéficiaires. Nos abonnements repartent, un nouveau revenu est apparu, et nous dormons mieux. Mais l'échéance de 2027 nous rappelle sur quoi, au fond, nous voulons nous appuyer.
Commençons par la bonne nouvelle, elle en vaut la peine : 71 179 euros de bénéfice en 2025, après 98 057 euros en 2024. Deux exercices dans le vert d'affilée.
Ceux qui nous lisent depuis longtemps savent d'où l'on revient. En 2022, nous perdions 101 429 euros. En 2023, annus horribilis, le trou atteignait 248 946 euros et nous avions passé l'année à faire les comptes en apnée. Ce n'est plus le cas. Nous terminons 2025 avec 610 000 euros en banque et aucune dette bancaire. Cela ne veut pas dire que tout est réglé — vous verrez plus bas que la suite s'annonce compliquée — mais cela veut dire qu'on peut enfin travailler sans avoir un œil rivé sur le solde du compte. Après trois ans de rouge, c'est un changement considérable.
Nos abonnements repartent
C'est le chiffre qui compte le plus à nos yeux, parce que c'est le seul qui ne dépende que de nous et de vous : nos abonnements ont rapporté 1 097 592 euros en 2025, contre 1 045 676 en 2024. Une progression de 5%, après celle de 15,6% l'année précédente.
Deux années de hausse consécutives. Nous ne sommes plus qu'à 6% de notre niveau de 2021, avant la dégringolade. La pente s'est inversée et elle tient.
Une partie de ce redressement, nous la devons à Brief, la société qui commercialise pour nous les abonnements collectifs. C'est un travail que nous étions bien incapables de faire correctement nous-mêmes — démarcher des structures, gérer des abonnements groupés, assurer le suivi — et qui apporte aujourd'hui des abonnés que nous n'aurions jamais eus autrement.
Les droits voisins, tombés à pic
Nouveauté 2025 : nous avons encaissé 51 269 euros au titre des droits voisins de la presse.
Rappel pour ceux qui auraient manqué l'épisode : il s'agit de la rémunération que les plateformes numériques — Google en tête — doivent verser aux éditeurs de presse lorsqu'elles reprennent leurs contenus. Un droit arraché de haute lutte, longtemps contesté, et dont les premiers versements réels mettent du temps à arriver jusqu'aux petites structures comme la nôtre.
Ces 51 269 euros tombent à pic. Sans eux, notre bénéfice serait à peu près nul. Et la bonne nouvelle, c'est que ce montant a vocation à progresser dans les années qui viennent.
2027 en ligne de mire
Reste la question qui nous occupe vraiment, et elle n'est pas comptable.
L'an dernier, nous vous expliquions que notre retour à l'équilibre tenait pour l'essentiel aux subventions publiques que nous avions décidé de solliciter, comme beaucoup d'autres médias indépendants.
Car ces aides ne relèvent pas du droit acquis. Elles dépendent d'arbitrages budgétaires, donc de majorités, donc de rapports de force politiques. Elles ont déjà été gelées, rabotées, suspendues. Et 2027 approche.
Il n'est pas nécessaire de dérouler le scénario en détail pour comprendre le problème. Un média dont l'existence dépend, ne serait-ce que partiellement, de la bienveillance du pouvoir en place, est un média vulnérable. Pas nécessairement corrompu — nous n'avons jamais changé une ligne de notre éditorial pour un euro de subvention, et nous ne le ferons pas. Mais vulnérable. Il suffit qu'un ministère décide de resserrer les critères d'éligibilité, ou simplement de ne rien décider du tout, pour que la ligne disparaisse d'un exercice à l'autre.
D'où la conclusion, qui est aussi une demande.
Nous devons, plus que jamais, faire reposer Arrêt sur images sur ses abonnés. Un abonnement ne se négocie pas dans un cabinet ministériel. Il ne dépend d'aucune majorité. C'est le seul revenu qui nous rende réellement insensibles aux alternances.
Nous en sommes encore loin. Sortez de nos comptes les subventions et notre exploitation reste déficitaire. L'objectif des prochaines années est clair : réduire cet écart, année après année, jusqu'à ce que nos abonnements suffisent. Cela suppose de continuer à en gagner, et à les garder.
Rendez-vous l'an prochain pour le prochain point. D'ici là, si vous souhaitez nous soutenir et contribuer à notre indépendance, faites un don défiscalisable !