Lunettes connectées : souriez, vous êtes doxxées

Thibault Prévost - - Clic gauche - 26 commentaires

Dix ans après la fronde anti-Google Glass, les lunettes connectées seraient en train de se démocratiser. En partie grâce aux efforts de Meta et de ses Ray-Ban, qui compte bien transposer son métavers raté dans l'espace public - au prix du harcèlement, du doxxing et de la surveillance de tous par tous.

C'est, dixit Le Parisien, le  "succès éblouissant" de l'été, et son dossier high-tech de la semaine. Oyez, oyez, mesdames et messieurs, et venez admirer, dans les pages du quotidien, l'ode aux lunettes connectées, cette technologie qui, après des années de tâtonnements, est enfin parvenue à maturité, à l'image des 7 millions de paires de Ray-Ban Meta vendues en 2025 dans le monde (soit la moitié du marché). Un modèle dont "les ventes en France ont doublé au second trimestre en un an, c’est une performance exceptionnelle portée par un partenariat entre la technologie et le design", s'extasie (toujours dans le quotidien francilien) le directeur général d’EssilorLuxottica France, sans aller jusqu'à donner des chiffres de vente précis qui, comme chacun sait, ont souvent tendance à abîmer un discours marketing fabriqué avec amour. On ne saura pas, donc, combien de nos compatriotes ont sauté le pas - tout au plus saura-t-on, nous dit un Parisien sociologue, qu'il s'agit d'un "public plutôt jeune et connecté, mais pas uniquement". Il y a, apprend-t-on, les chauffeurs de la RATP, qui s'en servent pour écouter légalement de la musique en conduisant, des artisans et créateur·ices qui filment leur activité, un homme handicapé pour qui les lunettes sont synonymes d'autonomie. Bref, de l'individuel, du concret, du "concernant", en patois journalistique.

Alors certes, dans une seconde partie, on s'interroge bien un peu sur les questions politiques de vie privée et de droit à l'image, on rappelle fort à propos que la Cnil, avec son habituelle férocité, a appelé le 11 mai à la "vigilance collective renforcée", et que selon ses propres chiffres, 67% des Français interrogés considèrent ces dispositifs comme un risque d'atteinte à la vie privée, mais quand même, quel succès industriel éblouissant. Tant pis si l'éditorial de ce même Parisien rappelle qu'on "distingue encore mal l’horizon des besoins auxquels ces lunettes répondront demain", et qu'un autre article, le même jour dans le même magazine, angle sur l'impact social de ces appareils sur les femmes, désormais forcées d'intégrer une nouvelle menace à leur perception de l'espace public, et de renforcer encore le niveau de vigilance permanent qu'implique déjà leur prétention à exister dans les villes bâties par une société patriarcale. 

Quel succès éblouissant, quelles promesses merveilleuses que celles d'un futur augmenté où, promettent en choeur la presse économique et le prophète Mark Zuckerberg, les lunettes remplacent définitivement le smartphone, objet totémique de l'humain numérisé au XXIe siècle, "d'ici 2030".  L'histoire bégaie : en 2013, le PDG transhumaniste de Google de l'époque, Sergueï Brin, promettait, lunettes de cyborg sur le front, la fin prochaine d'un smartphone jugé "castrateur". À l'inverse, donc, des Google Glass, un outil de surveillance, de voyeurisme et d'objectification indéniablement masculin, conçu par et pour le male gaze, décrit comme l'une des "inventions de l'année" 2014 de Time Magazine. Fronde générale et flop total : un an et un détour par le monde réel plus tard, exit les lunettes de tech bro, balancées au purgatoire des gadgets inutiles par la vox populi. La tournée médiatique triomphale et le défilé Diane von Furstenberg n'auront pas pesé lourd, raconte en 2015 le New York Times, face au Tumblr "White Men Wearing Google Glass", aux pancartes "No Google Glass" affichées en vitrine des magasins new-yorkais, et au stigmate social lié au statut de "Glasshole" - un sobriquet particulièrement bien trouvé.

Surprise! Dix ans plus tard, les lunettes connectées et les cyborgs pervers, foutus à la porte du corps social, reviennent par la fenêtre. Évidemment, l'IA générative est désormais intégrée à cette nouvelle génération d'appareils, éternellement à l'écoute et prête à vous éviter tout effort cognitif superflu. Les lunettes de pervers rencontrent la machine à bullshit, et c'est le coup de foudre. Reconnaissance vocale, traduction instantanée, lecture d'un document en langage naturel : oui, ces fonctions ont le potentiel d'améliorer la vie d'un paquet de gens en situation de handicap. Le problème, comme d'habitude, n'est pas la technique en soi, mais qui la déploie, de quelle manière, dans quel but, avec quels effets sur le plus grand nombre, au profit de qui, et au détriment de quoi. Et quand c'est Meta qui régale, c'est rarement une bonne nouvelle pour l'intérêt général.

L'accessoire du ragebait

En 2026, les lunettes connectées, que beaucoup dans le monde anglophone ont décidé de rebaptiser "lunettes de pervers" (pervert glasses), sont un véritable cas d'école des rapports de force actuels entre l'oligopole de la tech, les corps intermédiaires (pouvoirs publics et presse, notamment), et le corps social des citoyens-consommateurs. Le premier impose ses fantasmes toxiques, les seconds oscillent entre déférence craintive et enthousiasme ignare, et le dernier adhère, par intérêt ou résignation.

Si l'inutilité de l'outil est moins évidente que celle de l'IA générative, sa toxicité sociale est en revanche beaucoup plus concrète. Il y a d'abord le risque, pour les femmes surtout, d'être filmées sans consentement, dans la rue ou dans leur intimité, avant que ces vidéos ne soient publiées sur Internet dans un type inédit de revenge porn. Meta et les autres le promettent : une LED clignotera toujours pour signaler que les lunettes filment, et il sera impossible de lancer un enregistrement si la LED est cachée. Dans la vraie vie, il suffit d'obstruer la caméra et la diode simultanément pour que la vidéo se lance, Amazon vend pléthore de "caches de confidentialité" sur-mesure, et certains proposent carrément un petit mod (abréviation de "modification") des lunettes pour désactiver voire physiquement enlever la diode contre 60 dollars, dixit 404 Media. Bref, du pur stalkerware - du matos de voyeur, en français.

Et cette nouvelle génération de lunettes de pervers, dopée à l'IA générative, propose encore pire en terme de voyeurisme. En 2024, déjà, deux étudiants d'Harvard démontraient qu'il était possible de coupler les Meta Ray-Ban à un système de reconnaissance faciale automatisée, faisant de l'appareil une véritable machine à doxxing - le fait de révéler l'identité de personnes, leur lieu de travail ou leur domicile, sans leur consentement. Bingo : deux ans plus tard, on apprenait que Meta envisageait d'intégrer la fonctionnalité aux lunettes, cinq ans après avoir officiellement "désactivé" la reconnaissance faciale de ses réseaux sociaux, prouvant une nouvelle fois la tendance de la Big Tech à prendre des dystopies pour des modèles d'affaires (un phénomène connu, sur les réseaux, sous le nom poétique de Torment Nexus). Bien entendu, 70 associations états-uniennes de protection des libertés civiques ont immédiatement rédigé une lettre ouverte pour supplier l'entreprise de renoncer au projet, arguant (à juste titre) que la fonctionnalité Name Tag armerait les prédateurs sexuels et mettrait à peu près tout le monde en danger, particulièrement les victimes de violences domestiques, les personnes immigrées et les personnes LGBTQ+. 

Ces risques sont bien réels, le phénomène du "Ray-Ban Meta Creep" (le mec chelou en Ray-Ban Meta) déjà à l'œuvre, et déjà mesurés : en août, une équipe de recherche de l'université de Sydney démontrait, centaines de vidéos à l'appui, comment la communauté des influenceurs pick up artist (PUA) utilisait les lunettes de Meta pour "entretenir une culture du harcèlement" misogyne sur Instagram et TikTok. D'autres les utilisent pour produire du contenu ragebait- la mise en scène des actes ou propos volontairement choquants, souvent illégaux, pour monétiser l'attention négative générée. En France aussi, ces vidéos prank en caméras cachées, illégales, se sont multipliées au point de devenir un phénomène d'actualité, et d'apparaître au 20h de France 2 ce 28 août. En 2026, la Meta Ray-Ban s'est imposée comme le it accessoire de l'influenceur toxique, dernier chapitre d'une interminable bromance entre tech californienne et masculinisme.

Certes, ces comportements, comme la folie des vidéos en vue à la première personne (first person view, FPV)  préexistent aux lunettes connectées – nous vivons, après tout, à l'ère du panopticontent, perpétuellement sous la menace de voir nos réactions transformées en contenu mémétique viral. Mais cette atmosphère socialement toxique a été largement construite et entretenue, depuis vingt ans, par Facebook/Meta, dont l'empire repose sur la déréliction et la marchandisation des interactions humaines. Selon plusieurs employés de la firme, qui témoignent dans le documentaire de la BBC Inside the Rage Machine, Meta demande à ses employés d'augmenter la visibilité des contenus ragebait, au nom de la croissance et de la course à l'"engagement". En Australie, rapporte ABC News, la firme a rémunéré des créateurs de contenu neonazis et antivax. Toute décision, tout nouveau produit ou service commercialisé par la firme doit être compris dans ce contexte. 

Disons-le clairement : les lunettes connectées sont l'interface technique qui permet à Meta de faciliter un peu plus son projet de refonte des interactions humaines à des fins mercantiles – transposer à la réalité physique les codes et comportements sociopathes encouragés sur ses plateformes, puis imposer son modèle panoptique dans l'espace public jusqu'à la normalisation de l'inacceptable. Or plus nous traitons "les gens comme des choses, y compris nous-même" (Terry Pratchett), comme des accessoires de spectacle, plus nous traitons les interactions comme du "contenu", plus Meta assure sa prise sur la société.

Métavers, le retour

Croit-on une seconde que Meta, une entreprise qui a déposé des dizaines de brevets pour intégrer à son casque de réalité virtuelle des dispositifs d'analyse du mouvement de vos rétines et de vos expressions faciales pour monétiser chaque seconde de votre attention dans son métavers pixellisé, une firme dont 10% du revenu 2024, soit 7 milliards de dollars, provient de publicités pour des arnaques et des marchandises illégales, allait se préoccuper de la moralité de son modèle d'affaires ? En juin, Wired découvrait que le code permettant cette fonctionnalité avait été discrètement ajouté à l'application Meta AI, couplée aux lunettes.  Cinq jours après la publication de l'article, le morceau de code avait disparu, et Meta affirmait que la fonctionnalité n'existait pas. Le 14 août, 404 Media révélait qu'un autre brevet avait été déposé par la firme : un système intégré aux lunettes qui identifie automatiquement les gens que vous regardez, génère un clip vidéo lorsqu'ils effectuent un mouvement, et vous propose une compilation individuelle à la fin de la soirée. Un dernier brevet, déposé en juillet, permettrait aux lunettes d'identifier automatiquement tout objet ou personne que l'utilisateur fixerait pendant un certain temps. (Certes, un brevet n'est pas une fonctionnalité, mais Meta a largement les moyens techniques de déployer celles-ci.) Cerise sur le gâteau, le logiciel de reconnaisance faciale est fourni par Rank One Computing, un sous-traitant du Pentagone qui compte dans son comité de direction d'anciens hauts gradés de la CIA et du FBI, révèle Wired. Le pipeline entre capitalisme de surveillance et État panoptique se porte toujours bien.

Mark Zuckerberg tente à nouveau de nous faire accepter l'idée d'une hybridation entre nos corps et sa multinationale. En septembre 2025, l'entreprise dévoilait les Ray-Ban Display, sa première paire de lunettes connectées à écran intégré - le cahier des charges de notre dystopie nulle est parfaitement respecté : l'écran est minuscule (600x600 pixels) et les lunettes trop lourdes. Elles sont fournies avec un bracelet de commande, le Neural Band, qui fonctionne via électromyographie, en surveillant l'activité électrique de vos muscles pour en déduire un mouvement. Toujours plus de données biométriques collectées, qui serviront également – vous l'aurez deviné – à entraîner Meta AI, qui utilisera en retour vos interactions pour vous proposer des publicités toujours plus individualisées, dans une sorte de boucle cybernétique infernale. C'est aussi pour perfectionner Meta AI que vos flux vidéos sont parfois visionnés par les sous-traitants kenyans de Meta, révélaient les magazines suédois  Svenska Dagbladet et Göteborgs-Posten en février 2026.  Une information confirmée, depuis, par l'action collective de justice en cours aux États-Unis, selon Fortune.

Ces scandales ne sont pas, comme se défend Meta, de simples "projets exploratoires" : mis bout à bout, ils dessinent l'orientation stratégique inchangée d'une firme, Facebook, bâtie en 2004 sur le piratage des trombinoscopes ("face books") de l'université Harvard, dont le premier site mettait deux photos d'étudiantes face à face pour nous proposer de cliquer sur la plus "sexy". Et qui vient de passer vingt ans à affiner sans cesse sa méthode d'extraction et de marchandisation de la vie sociale, personnelle et intime au travers de services numériques aussi toxiques pour la santé mentale individuelle que pour la santé collective du corps social.

Mark Zuckerberg n'a pas récemment dépensé 80 milliards pour rien ; son "métavers" ridicule version réalité virtuelle et avatar sans jambes est peut-être mort, mais le projet sous le vernis pixellisé – une interface numérique privée, gérée par Meta, qui substitue au réel une alternative artificielle et marchande – s'est simplement déplacé dans le champ de la réalité augmentée (une fonction que proposait déjà le casque balourd et inquiétant Meta Quest 3,au design que n'aurait pas renié David Cronenberg, mais aussi le casque/masque Vision, flop monumental d'Apple, en 2023). La Big Tech ne veut plus substituer brutalement le sublime au réel, mais adjoindre à ce dernier une couche de vernis numérique, de plus en plus épaisse à mesure que l'écocide se concrétise – ironiquement, comme l'a formulé un tweet célèbre, par "une série de catastrophes naturelles filmées au téléphone, de plus en plus proches, jusqu'à ce que ce soit vous qui filmiez." Dans le futur de Zuckerberg, le progrès, c'est que vous aurez les mains libres pendant que ça se produit. Et que les lunettes auront été dessinées par Kylie Jenner, égérie de la campagne de l'été 2026 – et même Vogue a du mal à digérer la dystopie d'un capitalisme de surveillance version luxe. Nous venons de terminer le hot surveillance summer millésime 2026, l'été le plus frais et le moins surveillé de nos vies futures.

Ruée sur l'espace public

Une fois n'est pas coutume, c'est la Cnil, dans le rapport déjà cité par Le Parisien, qui résume le mieux les enjeux de l'introduction de ce nouvel appareil technique dans l'espace public : "Les lunettes connectées ne sont pas de simples outils technologiques. (...) L’essor des lunettes connectées pourrait engendrer un important risque de surveillance généralisée et une forme de banalisation de celle-ci (...) Cette mutation, d’une surveillance fixe, signalée et encadrée (que nous connaissons tous et sommes capables d’identifier) à une surveillance mobile, quasi invisible et omniprésente, pourrait induire une transformation profonde de nos sociétés." Le backlash contre les Google Glass, rare victoire du sens commun contre l'absurdité du futur technophile, aura finalement servi de ballon-sonde. 

Dix ans plus tard, plus connectés et filmés que jamais dans l'histoire humaine, ils semble bien que nous soyons mûrs. Les Snapchat Spectacles - un prototype / cheval de Troie planqué derrière la distance ironique de ses caméras hypertrophiées -  ont entre temps confirmé le changement d'atmosphère. Nous étions mûrs pour le véritable produit, mûrs pour bâtir notre propre panoptique et accepter de payer très cher pour en devenir un agent. Mûrs pour faire d'un outil d'extraction de données un signe extérieur de coolitude - en tout cas, ceux qui estiment encore n'avoir "rien à cacher. Certes, il y a bien quelques remous de contestation collective, recense Mathilde Saliou pour Next : des campagnes d'affichage aux États-Unis et au Royaume-Uni qui montrent Epstein affublé de Ray-Ban Meta, une plainte déposée en Allemagne par une association de défense des libertés numériques, une pétition en ligne, une appli iOS qui vous alerte d'un ping lorsque vous vous trouvez à proximité d'un pervers augmenté. Il y a bien quelques poches de résistance institutionnelle - en juillet, l'État de New York a interdit les lunettes connectées dans ses tribunaux, et la Norvège réfléchit à une interdiction pure et simple dans l'espace public. Mais globalement, il semble que nous soyons mûrs. Mûrs pour que s'installe la surveillance de tous par tous, mûrs pour accepter que des multinationales captent massivement nos données biométriques afin d'entraîner leurs modèles d'IA générative à se représenter le monde physique (les "world models", perçus comme l'antidote aux limites structurelles des grands modèles de langage actuels), histoire de poursuivre leur dessication informatique des existences. 

Nous sommes mûrs, visiblement, pour un État techno-policier où chaque agent peut vous identifier d'un seul regard, comme l'ICE états-unienne et ses "ICE glasses" propriétaires (qui remplacent les Meta Ray-Ban jugées... trop peu sûres). En France, c'est illégal mais la police le fait déjà, avec de gros smartphones NEO qui nécessitent de photographier la personne au préalable, ce qui est autrement moins pratique. Et n'en doutez pas une seconde : aux États-Unis, où les forces de l'ordre se branchent déjà constamment sur les images des sonnettes connectées Ring (fabriquées par Amazon) et les caméras de surveillance Flock, comme en France, les services de police et de renseignement ne résisteront pas à la possibilité d'exploiter les flux de données captées par ces lunettes (les vôtres, ou simplement celles des gens que vous avez croisés). Après la généralisation du smartphone-mouchard, voici venue l'ère des lunettes-caméras : en 2026, c'est à nouveau Noël pour la technopolice.

L'industrie aussi a senti l'ouverture ; Google va lancer de nouvelles montures avec Samsung à l'automne ; OpenAI travaille avec le designer Jony Ive depuis 2025 pour embarquer ChatGPT dans un accessoire wearable ; fin août, Apple a dévoilé des écouteurs AirPods... équipés de mini-caméras. Autant d'entités prédatrices qui oeuvrent, entre autres choses, à transformer l'espace public, temple de la vie sociale, en carrière de données à ciel ouvert. Un lieu où tous les corps, tous les visages et les mouvements peuvent à tout moment être captés, transformés et monétisés sur le grand marché du spectaculaire, peu importe le consentement du sujet et les séquelles sociales résultant de l'opération. Un monde de flics, de mascus, de harceleurs et d'influenceurs ragebait - qui sont même, parfois, tout ça à la fois. 

Comme chaque nouvelle disruption sociotechnique, la généralisation des lunettes connectées et de leur monde est présentée comme naturelle, inévitable et synonyme de progrès (technique). Comme chaque nouvelle disruption sociotechnique, elle est le résultat de choix politiques, le reflet d'un rapport de forces entièrement à l'avantage des corporations de la tech, avec la complicité d'un état néolibéral dont la mue autoritaire est alimentée par ce même arsenal de gadgets panoptiques – aux États-Unis, terre de réalisation du technofascisme, il n'y a pas d'ICE sans la Silicon Valley.  En cette année d'élection présidentielle, il sera urgent de le garder à l'esprit : le COGIPpunk, le nom donné par le journaliste Benjamin "Bolchegeek" Patinaud à notre dystopie foireuse, n'a rien d'inévitable. Les lunettes de pervers et l'état de surveillance généralisée non plus.

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