Violence scolaire et son "mythe" (Libération)

Gilles Klein - - 0 commentaires

Bruno Mattei, professeur de philosophie honoraire de Lille, s'interroge sur "la violence scolaire et son mythe" dans une tribune publiée par Libération.

"Le pic médiatique à propos de «la violence à l’école» que nous venons de connaître n’est que le dernier en date d’une question qui occupe avec insistance le champ social et politique. Cela aurait dû suffire à nous alerter sur son éminente valeur de symptôme d’un profond malaise et nous amener à nous interroger sur le mythe collectif voulant qu’il y ait quelque chose que l’on pourrait nommer la «violence-à-l’école», propre à des acteurs identifiés et à l’espace institutionnel que sont l’école et ses périphéries immédiates. Au reste, deux décennies de «plans antiviolences scolaires» et de ses jumeaux «antidélinquance» ne sont pas parvenues à entamer l’irrésistible ascension et, aujourd’hui, on nous annonce la grande alliance citoyenne de la peur sécuritaire. (...) Formuler l’hypothèse qu’il n’y a pas à proprement parler de violence scolaire, c’est regarder autrement la scène sociale et politique. Outre que le dogme d’une violence scolaire attribuée à certaines catégories de jeunes réactive le mécanisme archaïque et commode du bouc émissaire, il occulte le constat pourtant simple à établir que la «violence-à-l’école» n’existe pas en dehors d’une relation dont l’un des termes est tout de même bien l’enseignant, et par extension, l’institution scolaire. Il faut être solidement accroché à son imaginaire, ses peurs, à sa panique, pour penser que cette violence-là advient «en-soi et pour soi» et qu’on est devant elle comme un spectateur désolé, impuissant, et imprécateur."
Libération jeudi 11 mars 2010picto

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