Un journaliste togolais brutalisé
Laure Daussy - - 0 commentaires
La liberté de la presse au Togo est décidément loin d'être acquise. Didier Ledoux, le photojournaliste qui avait été pris à partie par un colonel français, dont la vidéo avait buzzé sur internet, a été brutalisé mercredi devant le Palais de justice de Lomé, cette fois-ci par des gendarmes togolais. Le journaliste avait été pris à partie par un officier français, qui lui demandait d'effacer une photo de lui |
Ledoux était venu couvrir pour son journal Liberté, proche de l'opposition, mais aussi pour l'Humanité, plusieurs procès de journaux , tous mis en cause par le pouvoir. "Je suis sorti du Palais de justice pour prendre une photo du bâtiment", raconte-t-il à @si. Au moment d'entrer à nouveau, "un gendarme m’a apostrophé et a tenté de me traîner vers leur véhicule pour me dire quelque chose, puis une dizaine de gendarmes s'est approchée de moi, ils m'ont demandé d'annuler ma photo. Ils m'ont fait tomber, m'ont donné des coups de matraque et des coups de poing." Il poursuit : "iIs m'ont ensuite jeté dans leur véhicule, sans me dire où ils m'emmenaient. Finalement, ils m’ont largué dans un autre quartier de Lomé, juste avant d’atteindre la gendarmerie".
"On a voulu m'intimider", explique Ledoux. "Je suis dans le collimateur du pouvoir". Le journaliste écrit depuis 2007, dans le journal Liberté, des articles critiques vis-à-vis du pouvoir et des forces de police et de gendarmerie. "Je pense que j'aurais pu être tout simplement enlevé si mes confrères n'avaient pas vu que j'étais emmené par la police'.
Pourtant, il ne pense pas porter plainte : "Je n'ai pas confiance en la justice de mon pays", explique-t-il. Il se dit à présent "réfugié" dans son propre pays. Il affirme ne plus rentrer chez lui, par peur pour sa sécurité.
La presse privée togolaise traverse ces derniers mois une période de trouble marquée par plusieurs procès en diffamation. Au moins une dizaine de dossiers sont en cours, selon des responsables du Conseil national des patrons de presse (Conapp), cité par l'AFP.
Tribune d'Afrique, Independant Express, Magna Libéré, Chronique de la semaine, Forum de la semaine comparaissaient devant la justice ce mercredi, à Lomé, tous traînés devant les tribunaux par le pouvoir. "Tribune d'Afrique," par exemple, était poursuivi pour avoir mis en cause l'un des frères du président togolais, Faure Gnassingbé, dans une affaire de trafic de drogue. Le journal a été condamné à verser 91.469 euros (60 millions de F.CFA) de dommages et intérêts au frère du président pour "diffamation" et 4.573,47 euros (3 millions de F.CFA) pour "diffusion de fausses nouvelles". Le journal est en outre interdit de distribution au Togo. "L'independant Express", quant à lui, était poursuivi pour "diffamation, injure, atteinte à l'honneur", pour avoir écrit un article révélant la relation du président avec la femme du capitaine de l'équipe nationale de football. Le jugement a été renvoyé au 29 août prochain.
