Thèse plagiée : Étienne Klein perd son doctorat

Loris Guémart - Jean Abbiateci - - Médias traditionnels - Déontologie - Pédagogie & éducation - Scandales à retardement - 59 commentaires

Peu après les révélations de plagiat dans la thèse d'Étienne Klein par "Arrêt sur images" en 2024, l'Université Paris Cité avait ouvert une enquête. À la suite de 20 mois de procédure, elle a découvert des copier–coller dans deux tiers des pages. L'université a décidé de lui retirer son doctorat. La sanction lui a été notifiée il y a quelques jours.

Le doctorat en philosophie des sciences d'Étienne Klein va lui être retiré par l'Université Paris Cité en raison de plagiats massifs identifiés dans sa thèse soutenue en 1999, selon les informations d'Arrêt sur images. Il lui est aussi interdit de se réinscrire en doctorat. Cette double sanction lui a été signifiée au début du mois de juin.

Depuis plus de deux décennies, Étienne Klein est l'une des figures les plus médiatiques de la science. Il vulgarise la physique pour le grand public à travers des livres, des chroniques, des conférences. On l'invite pour l'entendre parler d'Albert Einstein, de l'intelligence artificielle ou des fake-news. Il anime aussi l'une des principales émissions françaises de vulgarisation scientifique à la radio, avec La conversation scientifique sur France culture. En 2022, il connait un buzz mondial pour un canular sur Twitter, faisant passer une tranche de chorizo pour une étoile.

Étienne Klein a obtenu un DEA (équivalent d'un Master 2, ndlr) en physique en 1982. Il a décroché en 1999, à 41 ans, un doctorat en philosophie des sciences grâce à une thèse soutenue à propos du concept d'unité en physique. Ce doctorat lui a permis de passer une Habilitation à diriger des recherches (HDR) en 2006, puis de fonder et de diriger le Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière (Larsim) en tant que directeur de recherche au Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Étienne Klein est également membre du Conseil scientifique de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), dont la mission est "d'éclairer" les parlementaires français. 

En août 2024, ASI identifiait des plagiats, souvent de grande ampleur, dans 20 % des pages de sa thèse, ensuite publiée en 2000 aux Presses universitaires de France sous le titre L'unité de la physique. Nos révélations ont entraîné l'ouverture, à la rentrée 2024, d'une instruction pour manquement à l'intégrité scientifique par l'Université Paris Cité, établissement dans lequel Étienne Klein avait soutenu ce travail doctoral

Menée par les référents à l'intégrité scientifique de Paris Cité et du CEA, avec l'aide d'experts du plagiat, cette instruction s'est achevée en novembre 2025. Elle a confirmé les plagiats identifiés par ASI. Et en a identifié de nombreux autres : selon nos informations, des passages plagiés ont été détectés dans environ deux tiers des pages de la thèse. Dans le monde de la recherche, le plagiat constitue, avec la fabrication et la falsification de données, l'une des trois principales formes de fraude scientifique.

Le résultat a été transmis à la section disciplinaire de l'université, composée de membres du corps enseignant et d'étudiant·es. Étienne Klein a été auditionné en présence de ses avocats, et sanctionné, par cette même commission. L'Université Paris Cité a décidé du retrait de son diplôme de thèse et donc du titre de docteur. Il a aussi l'interdiction de se réinscrire en doctorat. Le vulgarisateur scientifique a la possibilité de déposer un recours auprès de l'université, voire devant le tribunal administratif. Contacté par ASI le 10 juin par courriel et par téléphone, Étienne Klein n'a pas répondu à nos sollicitations. 

Dans un texte partagé en août 2025 sur son compte X (supprimé quelques heures après), Étienne Klein reconnaissait – et se disait même "à deux doigts de clamer" qu'il revendiquait – les emprunts identifiés dans le texte de sa thèse. Sans jamais employer le terme "plagiat", il les justifiait au nom de sa mission de vulgarisation, et évoquait aussi un contexte académique des années 1990 dans lequel auraient été tolérés, voire encouragés, les emprunts mot pour mot à d'autres scientifiques. 

En 2014 sur France Inter, Étienne Klein proposait cependant un récit bien différent, lorsqu'il décrivait la fabrique de sa thèse de 1999 : "Dans le manuscrit qu'on est censé rendre, on doit veiller à ce que chaque phrase soit logiquement reliée à la précédente, on doit vérifier que ce que l'on dit n'a pas déjà été dit par quelqu'un d'autre, si c'est le cas, il faut donner la citation, on apprend donc la rigueur…"

Au matin du 12 juin – après publication de cet article –, Étienne Klein a posté un commentaire sur les réseauxsociaux, similaire mais pas identique à celui diffusé en août 2025. L'une des nouveautés de ce long texte concerne le fait qu'il "assume pleinement" désormais les emprunts de sa thèse : "Agissant ainsi, je considérais très exactement que je faisais comme il fallait faire." Il n'y dit pas un mot du retrait de son doctorat par l'Université Paris Cité.

Jointe par ASI, l'Université Paris Cité confirme avoir "prononcé des décisions individuelles à l'encontre de l'intéressé qui lui ont été notifiées", mais "n'entend pas faire davantage de commentaires sur une situation individuelle". Le CEA, employeur d'Étienne Klein, qui l'avait nommé directeur de recherche lors de la création du Larsim après l'obtention de son HDR – pour laquelle il est indispensable d'être titulaire d'un doctorat –, en avait fait un ambassadeur de la science physique. Contacté par ASI, l'organisme répond avoir "pris connaissance" des sanctions prises par l'université, et  assure qu'il "agit en conséquence",mais "ne souhaite pas communiquer sur cette situation individuelle".

La thèse plagiée d'Étienne Klein s'inscrit dans un continuum de révélations journalistiques sur ses plagiats, que ce soit dans ses livres, ses articles, ses chroniques ou ses conférences. En 2016, l'Express dévoilait ses emprunts à de grands auteurs et à des physiciens, au sein de l'ouvrage Le pays qu'habitait Albert Einstein tout juste publié chez Actes Sud, et dans des chroniques écrites pour la Croix. Cette enquête avait coûté à Étienne Klein la présidence du tout nouvel Institut des hautes études par les sciences et la technologie (IHEST).

En 2021, l'ancienne directrice des magazines scientifiques Sciences et Avenir et la Recherche, Dominique Leglu, racontait sa découverte de nouveaux plagiats d'Étienne Klein dans l'ouvrage collectif L'urgence de l'intégrité académique. Les deux titres qu'elle dirigeait "avaient été victime de plagiat et d'autoplagiat massif", écrivait–elle à propos de ces copier–coller dont le détail n'a jamais été rendu public.

En avril 2024,Arrêt sur images dévoilait l'habitude qu'avait Étienne Klein de réutiliser son propre travail au sein de chroniques dans la presse, de livres et d'émissions de radio – y compris lorsqu'il comprenait des plagiats déjà mis au jour par l'Express en 2016. Confrontée à ces faits, la direction du magazine l'Express, qui lui avait confié une chronique scientifique en 2022, mettait fin à sa collaboration. France Culture et Philosophie Magazine lui ont maintenu leur confiance. Ces médias continuent à travailler avec Étienne Klein jusqu'à aujourd'hui.

Depuis l'identification par ASI en 2024 de nombreux plagiats au sein de sa thèse de 1999, le journaliste Jean Abbiateci, coauteur de ces lignes, a poursuivi l'examen de ses productions médiatiques, des livres, des conférences, et même de plusieurs productions du CEA. Il a mis au jour des dizaines d'autres copier–coller sur une période s'étendant de 1991 à 2025. Plus de cent auteurs ont ainsi été plagiés, de Luc Ferry au Prix Nobel Werner Heisenberg, en passant par le journaliste du Monde Stéphane Foucart, ou l'astrophysicien vulgarisateur Trinh Xuan Thuan. Les plus récents emprunts sont issus de son livre Transports physiques, édité chez Gallimard en 2025.


Lire sur arretsurimages.net.