Suisse : pédophile piégé, 20 Minutes blâmé
La rédaction - - 0 commentairesLe Conseil suisse de la presse a admis aujourd'hui une plainte contre 20 minutes, jugeant que le quotidien gratuit avait fait usage de "méthodes déloyales" dans un article publié en avril dernier, rapporte Le Matin. L'article rapportait les avances faites par un enseignant et élu politique genevois à un "adolescent" sur un site gay. Un "adolescent" qui n'était autre que le journaliste lui-même.
"Loyauté de la recherche / Omission d’informations importantes /Respecter la sphère privée" : telles sont les règles déontologiques enfreintes par l'article publié par 20 minutes en avril dernier, selon le Conseil suisse de la presse. En cause, la "méthode déloyale" utilisée par le journaliste, qui s'était fait passer pour un adolescent de 15 ans sur un site gay, dans le but de piéger un enseignant et élu genevois, déjà suspecté par ailleurs de "dérives" similaires.
L'article expliquait ainsi comment l'enseignant-élu a proposé à ce "mineur de 15 ans" d'avoir des relations sexuelles, photo du "chat" à l'appui. Nom et photo de l'enseignant étaient en outre mentionnés. L'article paru en avril dernier Le journaliste, sous les traits du mineur, dit avoir reçu de cet homme des "avances crues" qui "dévoilent une face encore inconnue de cet élu socialiste". L’article notait ensuite que "l’homme a pourtant été révoqué de son poste d’enseignant le 31 mars suite à une enquête administrative qui a pointé ses dérives". L'enseignant se serait en effet payé les services d’une prostituée lors d’un voyage scolaire en 2006 à Prague, et aurait embrassé un garçon de 17 ans deux ans plus tard dans l’enceinte de son école, après l’avoir contacté via le site gay. |
Le 28 juin 2011, l'enseignant porte plainte devant le Conseil suisse de la presse. "Il estime que 20 minutes et son journaliste Shahïn Ammane ont contrevenu aux chiffres 3 (omission d’informations importantes), 4 (loyauté de la recherche) et 7 (respecter la sphère privée) de la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste»" rapporte le Conseil suisse de la presse. Selon lui, le "chat" n'a pas été relaté dans son intégralité, et le journaliste n'a pas dit que l'enseignant avait mis fin à la discussion en invitant l'"adolescent" à "se méfier des prédateurs sexuels qu’il pourrait être amené à rencontrer sur Internet". La recherche cachée n’était pas non plus justifiée et la publication de son nom et de sa photo sont une atteinte à sa vie privée, selon le plaignant.
Le 11 juillet 2011, à la suite d'un article publié par La Tribune de Genève,20 minutes réfute la plainte au motif, entre autres, que "la protection des mineurs, plus particulièrement la lutte contre la(cyber-)pédophilie, représente un intérêt public de la plus haute importance qui prime incontestablement sur l’exigence de transparence. (...) Dès lors que les moyens d’investigation traditionnels étaient incontestablement à l’échec (...) la dissimulation de la qualité du journaliste comme ultime recours se justifiait donc pleinement". Selon le quotidien, il n'y a pas atteinte à la vie privée, puisque l'homme "n’est pas un inconnu car, outre son activité de professeur, il occupait également des fonctions politiques à l’époque des faits décrits dans notre article".
Le Conseil suisse de la presse a donné raison au plaignant. Selon le Conseil, il n'est pas acceptable que l'article se base sur une "recherche cachée dans laquelle un journaliste s'est fait passer pour l'adolescent". Ce type de recherche ne peut avoir lieu qu'exceptionnellement, dans les cas où l'affaire relève de l'intérêt public. L'enseignant ayant démissionné de ses fonctions politiques, l'intérêt public ne peut être invoqué. En outre, "20 minutes a commis une faute en se gardant de citer une partie de la conversation qui aurait permis de relativiser les propos de l'ex-enseignant."
Enfin, c'est sur le respect de la sphère privée qu'insiste l'organisme. L'article de 20 minutes est le premier à donner son nom, dans un contexte, qui plus est, sans lien avec sa fonction, "alors que d'autres médias avaient traité auparavant de sa révocation sans le mentionner".
Une affaire qui touche à la déontologie journalistique, et qui rappelle un précédent survenu à la télévision française. Des pédophiles et des dealers présumés avaient été arrêtés après des enquêtes de TF1 et France 2. Les équipes avaient en effet dénoncé les suspects à la police.Et c'est ici.
(Noëmie Le Goff)
