Sipa News, victime de la crise de la presse allemande
Gilles Klein - - 0 commentairesÀ peine née, l'agence de presse écrite Sipa News vient d'être mise en liquidation. Cette agence française (qui voulait concurrencer l'AFP), est la victime des ennuis de son propriétaire, l'agence allemande DAPD, qui est elle-même en difficulté sur un marché des médias allemands en crise.
allemands en crise.
Pour comprendre la fin rapide de l'agence Sipa News, agence de presse française de texte et de photos qui voulait concurrencer l'AFP, il faut remonter aux sources. L'agence DAPD, basée à Berlin, diffuse textes et photos. Elle est née en 2010 de la fusion de l'agence DDP avec l'est-allemande ADN et avec la filiale allemande de l'agence américaine AP.
En juillet 2011, DAPD rachète l'agence photo Sipa Press. DAPD recrute ensuite un ancien de l'AFP pour créer une nouvelle agence de presse en France avec comme ambition de casser le quasi monopole de de l'AFP en France, et de proposer des abonnements nettement moins chers : c'est Sipa News, qui fait le buzz en juin 2012 avec des journalistes venus de la filiale française de l'agence AP et d'autres recrutés directement, comme le patron de la rédaction Jean-Luc Testault, venu de l'AFP.
Pour se faire connaître, Sipa News offre un essai de trois mois gratuits à une trentaine de médias.
En octobre dernier, DAPD se met en faillite. Le dépôt de bilan concerne 299 salariés sur un total de 515. Ce qui aboutira à une suppression d'une centaine de postes. DAPD est victime de la crise qui touche le marché allemand des médias : fermeture du quotidien Financial Times Deutschland (100 000 exemplaires) dont le dernier numéro est paru le 7 décembre (voir par là), dépôt de bilan du Frankfurter Rundschau (120 000 exemplaires, 500 salariés), etc.
Mais en novembre, DAPD, son actionnaire allemand, décide brutalement d'abandonner Sipa News. Quatre-vingts députés PS et écologistes demandent alors par lettre remise à la ministre de la Culture que le gouvernement aide Sipa News en lui achetant des abonnements. Leur désir était que "l'État accompagne cette agence par de la commande publique".
Pendant ce termps, la concurrence ne reste pas inactive : le 14 novembre dernier, la première agence de presse allemande DPA signait un accord avec l'américaine AP pour que la première reprenne les infos de la seconde en Allemagne et en Autriche. Mais DAPD porte plainte devant un tribunal américain afin d'empêcher AP de l'abandonner. Le 27 novembre, un juge de New York lui donne raison et bloque le nouvel accord entre DPA et AP USA.
Début décembre, enfin, Sipa News, victime des ennuis de son actionnaire allemand DAPD, est mise en liquidation et cesse de produire : "Héritier du fil français d’AP et de ses traditions de rigueur et de neutralité qui existait depuis 1945, le fil de Sipa mettait à votre disposition depuis octobre environ 800 photos et 250 dépêches et papiers par jour, grâce à une équipe de 50 journalistes texte et de pigistes dédiés" explique, le 7 décembre, Sipa News en annonçant l'arrêt de son service.
L'agence photo Sipa Press est, quant à elle, placée en redressement judiciaire et lutte pour survivre.