"Si Lanzmann disparait demain matin..."

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(lecture en libre accès), cette contribution.


Bonjour, Si Claude Lanzmann disparaît demain matin, Frédéric Ferney sera historiquement responsable de ne pas l'avoir laissé répondre à la question vitale posée par Judith Bernard, et dont personne au monde, à part Claude Lanzmann, ne connaît la réponse.

Je reprends dans l'ordre chronologique :

1°) Judith Bernard demande à Claude Lanzmann pourquoi les images de décapitations doivent être montrées, et pourquoi des images de chambres à gaz doivent être détruites. (La formule célèbre de CL : "Si je trouvais des images je les détruirais".) C'est une question vitale, la plus importante peut-être de notre époque, celle qui conditionne toute réflexion sur l'image ("arrêt sur images", avez-vous dit ?) et toute tentative d'écriture ("dans le texte", dites-vous ?)

2°) Lanzmann commence par répondre à l'aspect le moins intéressant (contestant le mot "obscène", franchement on s'en fiche), et nous attendons, le coeur battant, qu'il donne LA réponse, celle qui serait la clef de son opposition à Didi-Huberman, et au-delà, la clef de voûte de toute discussion philosophique aujourd'hui (car selon la réponse qu'on donne, détruire ou pas détruire, cela entraîne un changement complet de système.)

3°) L'auteur du plus grand film de tous les temps (y compris futurs) s'apprête enfin à répondre, semblant même dire que c'est assez simple, qu'il n'y a pas de contradiction et qu'il va nous expliquer tout ça (le coeur bat alors d'autant plus que personne, j'insiste là-dessus, n'est capable de seulement imaginer ce qu'il va bien pouvoir répondre de très simple et d'évident à ce qui semble, au contraire, représenter une insurmontable contradiction.)

4°) A ce moment précis, Frédéric Ferney dit "stop". Frédéric Ferney a un truc à dire. Frédéric Ferney a une question, lui. Frédéric Ferney dit à Claude Lanzmann, par deux fois, "attendez que je pose MA question". (C'est moi qui majuscule.) Frédéric Ferney jure même que cela a un rapport, et là, il dit un truc tellement fade, avec une histoire de film avec Dita Parlo dont il s'agit soudain de retrouver tout le casting, que lui-même, se sent gêné je crois et finit par noyer la question, en tout cas il ne pose aucune question. Et c'est fini ! Et Lanzmann décroche à ce moment, et laisse l'émission sombrer. La panique s'empare des deux animateurs, qui s'interrompent entre eux, se contredisent, répondent à la place de l'invité.

La provocation du "casse-couille" n'est qu'un minuscule épisode par rapport au drame qui vient de se jouer. Chronométrez le temps de parole de Claude Lanzmann sur toute l'émission. Si vous obtenez dix minutes, ce sera déjà beaucoup. Que faire pour rattraper le coup ? J'aurais bien une idée, un possible sauveur : Dan Israël. Car enfin, il est temps de rendre hommage au professionnalisme et au talent de ce garçon. Eh bien, j'imaginerais parfaitement Dan Israël rappeler Claude Lanzmann, aller le voir avec une petite caméra, lui poser la question : "pourquoi faut-il montrer les images d'un côté, et les détruire de l'autre, pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ? parce que personne ne comprend, mais vous, Monsieur Lanzmann, qui le savez, allez sûrement nous l'expliquer". Seul Dan Israël me semble posséder les qualités techniques (intelligence, réactivité, rigueur) et la souplesse de caractère (affronter Lanzmann qui doit l'avoir un peu mauvaise après ce naufrage), pour sauver cette question de Judith Bernard, qui n'est pas seulement une question de Judith Bernard, mais LA question. J'espère que d'autres asinautes relaieront ma suggestion. Autre possibilité : vous réinvitez Claude Lanzmann, cette fois à "Arrêt sur images", puisqu'il s'agit d'image, et cette fois par pitié vous le laissez parler, même si ça vous paraît lent, parce que les mots qu'il prononce sont chargés de tellement de sens qu'ils méritent d'être entourés d'un peu de silence, de respect, et même de politesse. Troisième suggestion : vous envoyez Naulleau (je finis sur une blague, mais franchement j'ai plutôt envie de pleurer.) Sylvain.


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